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Espagne: les plaies de la dictature franquiste toujours pas refermées

En Espagne, le passé franquiste est toujours visible avec des villages au nom du "Caudillo" et les plaies de la dictature encore ouvertes, 44 ans après la mort de Franco qui doit être exhumé jeudi.

"Évidemment, lorsqu'il y a plus de 100.000 disparus dans des fosses communes, faisant de l'Espagne le deuxième pays au monde avec le plus grand nombre de disparus (après le Cambodge), les plaies sont encore ouvertes", explique à l'AFP Alejandro Quiroga, historien à l'université de Newcastle.

Le mausolée monumental du "Valle de los Caidos" - où a été enterré Franco près de Madrid après avoir dirigé l'Espagne de 1939 à 1975 - est le symbole le plus flagrant de la présencé du passé franquiste dans l'Espagne démocratique.

Ce complexe monumental, qui n'a pas d'équivalent dans d'autres pays ayant été dirigés par des dictateurs comme l'Allemagne, l'Italie ou le Portugal, fait de l'Espagne "la grande anomalie de l'Europe occidentale", souligne Julian Casanova, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Saragosse.

Le gouvernement socialiste a fait de l'exhumation du "Caudillo" une priorité depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018 afin que ce mausolée, où des nostalgiques se réunissent ou célèbrent des messes, ne puisse plus être un "lieu d'apologie" du franquisme.

- Villages et rues -

Pour les historiens interrogés par l'AFP, cette exhumation sera un pas en direction d'une normalisation du pays, où 44 ans après la fin du franquisme, des villages portent encore le nom du dictateur comme Alberche del Caudillo ou Llanos del Caudillo (centre) et de nombreuses rues celui de dignitaires de son régime.

Cette "anomalie" espagnole est d'abord due, selon eux, au fait que contrairement à Adolf Hitler ou Benito Mussollini, Franco a survécu à la Seconde guerre mondiale, à laquelle il n'a pas participé, et est décédé trente ans plus tard alors qu'il était toujours à la tête de son pays.

A sa mort, la transition vers la démocratie "a maintenu les élites, politiques, sociales et économiques du franquisme", et a été fondée "sur l'idée selon laquelle le passé franquiste ne devait pas être un motif d'affrontement politique", détaille M. Quiroga.

Résultat, une partie de "la haute fonction publique et de la magistrature ont gardé un profil très conservateur durant une grande partie de la démocratie", souligne Marc Gil, historien à l'université ouverte de Catalogne.

L'amnistie décrétée lors de la transition a entraîné la libération des prisonniers politiques, mais empêché dans le même temps les enquêtes sur les crimes du régime.

- La question de la mémoire divise -

Ce n'est qu'en 2007, sous l'impulsion du socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero, que le parlement espagnol approuve une "loi sur la mémoire historique" visant à reconnaître les victimes du franquisme et à retirer tous les symboles de la dictature des lieux publics.

Mais depuis la question divise toujours profondément en Espagne, la droite accusant la gauche de vouloir rouvrir les blessures du passé.

La mise en oeuvre de cette loi a été bloquée durant des années par le Parti populaire (PP), au pouvoir de 2011 à 2018 avec Mariano Rajoy, et issu d'une formation fondée par d'ex-ministres de Franco.

Bien souvent, les associations recherchant les restes des disparus "ont creusé dans la plus grande solitude", ajoute M. Gil.

M. Rajoy se vantait ouvertement de ne pas avoir dépensé un euro d'argent public dans l'application de la loi de 2007.

Et son successeur à la tête du PP, Pablo Casado, a lancé lundi qu'il ne perdrait pas "une seule minute à parler de ce qu'il s'est passé en Espagne il y a 50 ans, d'une histoire qui est aujourd'hui heureusement dépassée".

"Quand on parle de Franco et de l'histoire, le Parti populaire revendique une attitude qui n'a rien à voir avec celle d'un parti démocratique. C'est une grande exception en Europe", juge Julian Casanova.

La position du parti d'extrême droite Vox - qui a fait son entrée au Parlement espagnol en avril et pourrait devenir la troisième force au parlement après les législatives du 10 novembre, selon un récent sondage d'El Mundo - est encore plus radicale. Son leader, Santiago Abascal, a qualifié l'exhumation de Franco de "profanation".

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