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Que choisir chez son libraire en cette rentrée foisonnante

 
 

Beaucoup, beaucoup de romans, et c'est tant mieux, paraissent en cette rentrée: 701 très exactement dont 497 français. Petit tour d'horizon d'une quinzaine d'ouvrages qui devraient être parmi les plus remarqués et pourquoi pas couronnés un peu plus tard par un prix.

Difficile d'échapper au nouveau roman de Michel Houellebecq "La carte et le territoire" (Flammarion, sortie le 8 septembre), un cru savoureux qui tranche avec la désespérance de ses précédents ouvrages. Même si l'auteur ne se départit pas de ses obsessions sur la mort, le sexe ou la reproduction. Fondé sur l'autodérision et la mise en abyme de son propre personnage, le Houellebecq 2010 a du corps et de l'esprit.

L'écrivain sud-africain J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, crée lui aussi dans "L'été de la vie" (Seuil) son propre double caricatural, mélange le faux et le vrai et se met à mort.

Lancé le 18 août avec un tirage de 220.000 exemplaires, "Une forme de vie" (Albin Michel) d'Amélie Nothomb caracole déjà en tête des ventes. Ce nouveau roman de la dame au chapeau noir met en scène un soldat américain posté à Bagdad qui écrit à son auteur favori... Amélie Nothomb. Une réflexion sur le statut de l'écrivain, la littérature mais aussi l'obésité: en Irak, "on grossit comme des porcs", avoue le militaire.

Le roman décapant de Virginie Despentes "Apocalypse bébé" (Grasset), attendu depuis quatre ans, jette lui un regard ironique sur une société déboussolée. L'auteur de "Baise-moi" y déploie le grand jeu et un savoir-faire romanesque mêlant thriller trash, peinture sociale et obsessions sexuelles. Pudibonds, s'abstenir!

Apocalypse d'une autre genre dans "Ouragan" (Actes Sud) de Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004. L'auteur ne nomme jamais le monstre qui s'abat sur La Nouvelle-Orléans. Beaucoup fuient. D'autres restent. Et affrontent la fureur du ciel.

L'Américaine Amanda Boyden campe aussi "En attendant Babylone" (Albin Michel) à la Nouvelle-Orléans. Dans cette fresque, les destins s'entrecroisent avec brio mais l'héroïne du roman reste cette ville attachante et décadente.

Une autre Américaine, Elizabeth Strout, brosse dans "Olive Kitteridge" (L'Archipel), prix Pulitzer 2009, le portrait cruel et follement drôle d'une femme originale, vraie force de la nature, qu'elle suit sur 30 ans.

En prise directe avec l'actualité sociale, "L'Enquête" (Stock) de Philippe Claudel plonge le lecteur dans un monde effrayant. Chargé d'enquêter sur une vague de suicides dans une grande entreprise, l'Enquêteur vit lui-même un cauchemar. Une fable irrésistible, pessimiste et prophétique, à la manière d'un Aldous Huxley ou d'un Kafka contemporain.

L'entreprise malade a également inspiré Nathalie Kuperman qui dépeint dans "Nous étions des êtres vivants" (Gallimard) la restructuration brutale d'un groupe de presse.

Dans "L'amour est une île" (Actes Sud), Claudie Gallay déroule aussi son intrigue habile dans un festival d'Avignon en plein conflit social.

C'est une crise intime qui habite "Le coeur régulier" (L'Olivier) d'Olivier Adam, pèlerinage sensible sur les traces d'un frère qui a mis fin à ses jours.

Quant à Marc Dugain, dans "L'insomnie des étoiles" (Gallimard), il immerge le lecteur dans l'horreur du nazisme ordinaire, tricotant habilement vérité historique et fiction.

Autre guerre, autre temps: dans "Salaam la France" (Gallimard), Bernard du Boucheron dresse en phrases coups de fouet le tableau de l'Algérie à la veille de l'insurrection, n'épargnant ni les colons, ni les colonisés.

Et dans "Demain j'aurai vingt ans" (Gallimard), l'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou livre une sorte de "Vie devant soi" à l'Africaine, avec une langue réjouissante, pleine d'images cocasses.




 

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