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Van Gogh en immersion à l'Atelier des Lumières

La magie du numérique pour faire redécouvrir la peinture: après Klimt, l'Atelier des lumières lance à Paris sa deuxième exposition immersive qui plonge dans l'univers de Van Gogh. Nouveau succès garanti pour ce jeune lieu en vogue.

Installé dans l'ancienne fonderie Plichon à Chemin-Vert, ex-quartier ouvrier de l'est de Paris devenu bobo, cet espace ouvert en 2018 par la société Culturespaces, à l'écart des zones touristiques, s'est avéré une idée de génie. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 1,2 million de visiteurs pour l'exposition immersive Klimt, d'avril 2018 à janvier 2019. Elle avait dû être prolongée.

"Van Gogh, la nuit étoilée" devrait connaître d'ici fin décembre un succès équivalent si ce n'est plus grand, en vertu de la plus grande notoriété du peintre. L'exposition immersive est aussi proposée aux "Carrières de lumière" des Baux-de-Provence, atelier ouvert depuis 1912 dans le Midi.

Un quatuor soudé d'Italiens enthousiastes, le concepteur Gianfranco Iannuzzi, le metteur en scène Renato Gatto, le vidéaste Massimiliano Siccardi et le compositeur Luca Longobardi ont travaillé pendant un an à ce projet.

Pendant une demi-heure, ce sont des milliers d’images multipliées qui se fondent, projetées au sol, sur les murs, au plafond, jusqu’à 10 mètres de haut, sur 3.300 m2 à l’aide de 140 vidéoprojecteurs.

Aucun ajout, aucune tricherie, tout est tiré scrupuleusement des tableaux de Van Gogh, seulement agrandis, mis en mouvement, joués en symphonie, insistent les quatre artistes. Un nirvana de couleurs mais aussi d'émotions, accompagné de musiques bien connues: "Peer Gynt" de Grieg, "O mio babbino caro" de Puccini, "Le Bourgeois Gentilhomme" de Lully, "Kozmic Blues" de Janis Joplin...

La palette démultipliée de Vincent Van Gogh (1853-1890) enveloppe d'abord dans l'obscurité le spectateur, qui verra se succéder ses univers tourmentés. Ciels, champs de blés, vagues, marines, mais aussi visages extrêmement expressifs - comme les mangeurs de pommes de terre-- témoins de la misère sociale.

Une autre immersion poétique de dix minutes est proposée avec "Japon rêvé, image du monde flottant", en cette fin des manifestations "Japonismes" à Paris.

- Expérience familiale -

Gianfranco Iannuzzi, directeur artistique de La nuit étoilée, qui a déjà réalisé l'exposition Klimt, voit dans le recours à l'immersion "un outil qui permet de toucher la partie la plus émotionnelle et la moins rationnelle du cerveau".

"Une expérience collective, qui oblige à se plier à l'espace, sans porter individuellement un casque ou des lunettes spéciales", décrit-il à l'AFP.

Et Van Gogh se prête à l'exercice, tant, dit-il, "ses couleurs éclatent, sa palette évolue des teintes sombres à la lumière éclatante du Midi, tant la matière qu'il met sur la toile dit sa frénésie de transmettre quelque chose".

Pour Klimt, plus d'un visiteur sur cinq était étranger (22%).

Le concept des immersions, a contrario d'une approche intellectuelle et classique, attire les familles. Les jeunes avaient été particulièrement nombreux à découvrir la Sécession viennoise autour de Klimt: 24 % de 25 à 35 ans, 12 % de moins de 25 ans. Sans compter l'âge mur et le troisième âge: 25 % avaient plus de 55 ans.

Créée en 1990, Culturespaces, qui gère 14 sites en France, du Théâtre antique d'Orange au Musée Maillol, est un acteur culturel privé pour la gestion de monuments et musées, la création de centres d'art et l'organisation d'expositions temporaires et numériques immersives.

En 2018, Culturespaces, en partenariat avec l'entreprise sud-coréenne TMONET, a ouvert un centre numérique de 1.550 m2 à Jegu, en Corée du Sud: le "Bunker de Lumières", où l'exposition Klimt a aussi été projetée.

La ville de Bordeaux a confié à Culturespaces sa base sous-marine datant de la Seconde Guerre mondiale pour accueillir "Les Bassins de Lumières". Ils seront grands comme cinq fois l’Atelier des Lumières. Signe que ce média numérique est en plein essor. Ouverture au printemps 2020.

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