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Verrouillez votre smartphone et ne le donnez pas à vos enfants: en quelques minutes, ils peuvent dépenser une fortune avec de simples jeux vidéo

Verrouillez votre smartphone et ne le donnez pas à vos enfants: en quelques minutes, ils peuvent dépenser une fortune avec de simples jeux vidéo

Les années passent mais les habitudes ne changent pas: nous continuons de recevoir régulièrement, à la rédaction de RTL info, des témoignages de parents surpris par des factures indésirables liées à des abonnements souscrits ou des applications achetées à leur insu. Et qui se cache derrière ? Un enfant de la famille à qui papa ou maman a confié son smartphone un peu trop longtemps. Voici les règles de base pour éviter les ennuis.

Ces dernières années, les développeurs de chez Google et Apple ont fait un gros travail pour sécuriser l'accès à un smartphone. Et pour d'excellentes raisons: achats en ligne, emails, messages, réseaux sociaux, photos, banques: les applications font désormais partie intégrante de votre vie quotidienne… et de votre vie privée.

C'est pourquoi Android et iOS, les systèmes d'exploitation de l'écrasante majorité des téléphones, vous obligent pratiquement à choisir une méthode de déverrouillage: un code PIN, un schéma ou, pour les téléphones qui ont cette option, un empreinte digitale (les modèles Android à partir de 199€ sont désormais généralement équipés d'un tel capteur).

Malgré tout, certains parents sont encore un peu trop confiants à l'égard de leurs enfants. Beaucoup d'entre eux leur donnent accès au smartphone, pour qu'ils puissent regarder une photo ou une vidéo, jouer à un jeu. Ils ne se doutent pas qu'il y a de gros risques liés à ce simple geste.

Le classique: acheter plus de salsepareille pour son village Schtroumpf

Le premier risque lié au fait de confier son smartphone à un enfant, ce sont les achats dit "in-app". En effet, le modèle commercial de l'application mobile a bien changé depuis le premier Angry Birds. Désormais, une grande partie des jeux est gratuite au téléchargement, mais vous devez payer pour avoir des options, pour avancer plus vite, pour avoir des objets inédits et attrayants. Ce modèle est nettement plus rentable que les 0,89 centimes du jeu qui consistait à lancer des oiseaux en l'air…

On arrive alors au problème de la salsepareille pour le village des Schtroumpf, en référence à un article que nous avons écrit il y a longtemps déjà. Utilisant l'iPad familial sur lequel il jouait régulièrement au jeu Village des Schtroumpfs, le fils de 4 ans d'Olivier avait acheté pour 320€ de cette ressource qui permettait d'agrandir plus rapidement le village virtuel dédié aux petits hommes bleus de Peyo. La raison ? Son frère lui avait donné le mot de passe du magasin d'applications…

Plus sournois: un abonnement hebdomadaire pour des jeux en illimités

L'autre risque lorsque vous cédez votre smartphone à un enfant, c'est qu'il fasse n'importe quoi. L'insouciance des plus jeunes, le manque d'expérience et de méfiance, peuvent les amener à appuyer sur n'importe quel lien. "Jouez en illimité à plus de 150 jeux" est l'un des liens qui entraîne in fine un abonnement hebdomadaire ou mensuel. Une jeune victime s'était confiée à nous dans cet article.

Dans ce cas-ci, on quitte l'environnement (plus ou moins) sécurisé des magasins d'applications, et on dérive vers des offres que l'on vous conseille d'éviter. Moyennant des sommes assez importantes (jusqu'à 7 euros par semaine, voire plus), on peut accéder à des jeux en ligne, via le navigateur d'un smartphone (mais aussi d'une tablette ou d'un ordinateur).

Une méthode d'autant plus sournoise qu'on peut s'abonner en entrant son numéro de téléphone et en acceptant les SMS reçus. La facturation se fait via l'abonnement de l'opérateur mobile (Proximus, Base, Orange), et peut donc passer inaperçu durant quelques mois !

Comment éviter les ennuis ?

Comme le rappelle régulièrement Test-Achats, "aucune des possibilités intégrées à l'appareil ne suffit à protéger complètement un enfant", et a posteriori à éviter les factures indésirables. L'entreprise qui protège le consommateur a raison d'ajouter que "l'éducation est primordiale, car les enfants apprennent vite à contourner les systèmes de contrôle".

De plus, les smartphones ne sont pas des tablettes ou des ordinateurs. Il est donc difficile, voire impossible, de créer un utilisateur supplémentaire et d'en faire un compte 'enfant' avec seulement quelques applications disponibles.

Mais il y a bien entendu des conseils à suivre. Voici ce qu'on vous recommande de faire:

  1. NE PAS DONNER SON SMARTPHONE aux enfants (du moins sans surveillance). Désolé, on est en 2016, il y a trop de choses sensibles sur un smartphone que pour le confier à sa progéniture. Et une fois qu'il est déverrouillé, un téléphone est presque complètement accessible. Essayez d'opter pour une tablette ou un ordinateur familial, où des comptes limités peuvent être configurés. Voir quelques options particulières sur notre article du mois d'avril consacré au harcèlement.

  2. VERROUILLER certaines applications. Sur Android, où de nombreuses versions et surcouches de constructeur coexistent, c'est compliqué. Le plus simple est de passer par une application tierce, comme Serrure (AppLock), qui vous permet d'exiger un mot de passe pour telle ou telle application. Vous devrez donc, vous aussi, dessiner un schéma à chaque ouverture du navigateur ou du magasin d'application, par exemple. Fastidieux. Sur l'iPhone, c'est nettement plus simple. Allez dans Réglages > Général > Restrictions. Certaines applications - d'Apple seulement (appareil photo, FaceTime, navigateur internet Safari, etc…) - peuvent être cachées si les Restrictions sont activées (on les désactive via le même menu, avec un code PIN). Il est également possible de bloquer l'installation/désinstallation d'application. Notez enfin que certaines applications, comme Facebook, proposent à leur niveau l'option d'un mot de passe demandé à chaque ouverture. Pensez-y.

  3. SECURISER les magasins d'applications. Par défaut depuis quelques temps, heureusement, aucune application payante / achats in-app ne peut être effectué(e) sans l'encodage de votre mot de passe Google ou Apple, qui est par définition sécurisé (et à ne donner à personne). Pour vérifier si c'est bien le cas, dans le Google Play Store (Android), allez dans Paramètres > Commandes utilisateur > Exiger l'authentification pour les achats. Activez l'option 'Pour tous les achats'. Pour l'App Store (iPhone et iPad), allez dans Réglages > iTunes Store et App Store > Réglages du mot de passe. Sous Achats et Achats intégrés, appuyez sur 'Toujours demander le mot de passe'. Bien entendu, cela ne sert à rien si vous avez donné votre mot de passe à votre famille. Remarque: même si vous avez activé le paiement via la facture de l'opérateur (Proximus, Base ou Orange), il faudra entrer le mot de passe Google ou Apple.

  4. LIMITER ou DESACTIVER les achats via la facture de l'opérateur. Dans notre deuxième exemple de risque lié à l'utilisation du smartphone d'un adulte par un enfant, il est question d'un abonnement hebdomadaire ou mensuel à des jeux via navigateur, et facturé via votre opérateur mobile. Nous avons trouvé la parade: il est possible de limiter, ou mieux encore, de désactiver l'option de paiement mobile. Chez Proximus, une fois connecté à MyProximus, il faut aller dans 'Mobiles > Services > Proximus M-Pay', et limiter ou désactiver cette option. Dès lors, impossible de s'abonner par accident en laissant trainer son numéro. Voici la procédure chez Orange. Chez Base, il n'est pas certain qu'on sache le faire.


Que dit la loi ?

Nous avons demandé à des juristes spécialisés dans le droit numérique leur avis sur la question. Ils précisent d'emblée que le droit de rétractation légal de 14 jours, pour tout achat, n'est pas applicable dans le cas présent. Voici pourquoi :

"Les applications pour smartphone sont considérées comme du 'contenu numérique non fourni sur un support matériel' (contrairement à un jeu vidéo vendu sur CD par exemple qui est considéré comme un 'contenu numérique fourni sur un support matériel'). Il existe une exception spécifique au droit de rétractation pour les 'contenus numériques non fournis sur un support matériel' (article 53, 13° CDE)", nous a expliqué Céline Wulleman, qui travaille pour lesjuristes.be.

"Théoriquement, le consommateur a le droit de se rétracter de son achat tant que l’exécution du contrat n’a pas encore commencée, c’est-à-dire tant que le téléchargement du contenu numérique n’a pas encore débuté. S’agissant d’une application en ligne, l’achat et le téléchargement sont quasiment simultanés, l’exécution débute donc immédiatement et le consommateur perd son droit de rétractation. Cela revient en pratique à considérer que le consommateur n’a pas de droit de rétractation lorsqu’il achète une application en ligne".

Les magasins d'applications, ou ceux qui éditent les jeux vidéos sous forme d'abonnement hebdomadaire/mensuel, sont donc inattaquables, tant que "le consommateur doit avoir pu lire et accepter expressément les conditions générales avant de confirmer sa commande (qui doit mentionner que la confirmation entraine une obligation de paiement)". Et c'est pratiquement toujours le cas.

"Il y a malheureusement peu de règles spécifiques concernant les mineurs", conclut notre juriste. 

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