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La nymphoplastie, nouvelle "mode" de la chirurgie féminine inspirée par la pornographie, inquiète des médecins: "Des malades imaginaires"

La nymphoplastie, nouvelle
 

Depuis plusieurs années, un nouveau type de chirurgie esthétique se répand en Europe en provenance des États-Unis: la chirurgie du vagin et des organes génitaux externes. Que ce soit pour réduire la taille des petites lèvres (nymphoplastie) ou pour rajeunir leur vulve ou augmenter le point G, le nombre de femmes qui poussent la porte d’un cabinet médical qui propose ce type de chirurgie est en hausse.


"La forte influence du porno sur les jeunes filles et la demande d’un esthétisme particulier"

En France, 3.905 Françaises auraient subi une nymphoplastie en 2016 (contre 13.366 Américaines).

Pourquoi désirent-elles changer l’apparence de leur sexe ? Une chirurgienne explique à nos confrères du journal français Libération que la motivation diffère selon l'opération voulue: "La demande la plus fréquente est la nymphoplastie, la réduction des petites lèvres, qui ne se faisait pas du tout il y a dix ans. C’est devenu une vraie mode depuis trois ans. L’autre est la réfection de l’hymen. J’y vois deux grands pôles : d’une part, la forte influence du porno sur les jeunes filles et la demande d’un esthétisme particulier, et d’autre part l’archaïsme religieux avec la réfection d’hymen", dit-elle.


Il doit être petit, mignon, lisse et rose

Mettons de côté la reconstruction de l’hymen et concentrons-nous sur la chirurgie purement esthétique. Selon plusieurs spécialistes, cette envie d’avoir un sexe "conforme" vient souvent des films ou magazines porno et des photos de mannequins en maillot. Comme pour les autres parties du corps, il existe un canon de sexe parfait. Il doit être petit, mignon, lisse et rose. Les jeunes femmes qui cherchent à atteindre cet idéal font des recherche sur internet et découvrent en quelques clics qu’il est possible de "standardiser" son sexe pour moins de 2.000 euros.

Aujourd’hui, on peut donc "injecter du collagène pour augmenter le point G, réduire la taille des lèvres, jugées trop longues, trop pendantes, les regonfler, les couper, se faire liposucer le mont de Vénus comme on se ferait faire un Botox ou un remontage du menton. Car l’âge venant, il n’y a pas que l’ovale du visage qui s’affaisse, alors le praticien injecte la propre graisse de la patiente ou de l’acide hyaluronique. Et c’est reparti pour un joli maillot comme à 20 ans…", énumère la journaliste de Libération.


Un problème plus intime

Mais cette envie de rendre son sexe conforme cache souvent un problème plus intime qui ne sera pas réglé avec quelques coups de bistouri. "C’est la même psychologie, la même obsession que pour n’importe quel autre complexe de taille, de poids, de forme, de fermeté… de l’anatomie. On appelle ça de la dysmorphophobie, des malades - imaginaires - de leur image, qui se voient difformes. Et qui révèle souvent un problème privé bien plus profond qui ne se règlera pas avec un coup de scalpel, au demeurant fort cher : 3 000 euros pour trente minutes d’opération, est-ce bien éthique et raisonnable ? Le fait d’avoir un bel outil ne réglera pas les problèmes de sexualité, le vrai enjeu de l’intime", explique Jacques Waynberg, médecin sexologue.


Certaines chirurgies sont réparatrices

Dans certains cas, cette chirurgie est réparatrice et non esthétique. Certaines femmes qui jugent que leurs lèvres sont trop grandes souffrent d’une réelle malformation, l’hypertrophie des lèvres. Trop grandes, elles gênent les patientes dans leur vie sexuelle, mais aussi dans leur vie active, notamment pour la pratique de certains sports. "Le repère qui caractérise l’hypertrophie des lèvres est posé à partir de 4 centimètres. Dans mon étude, moins de 5 % des femmes qui demandaient une nymphoplastie avaient une hypertrophie. Toutes, par contre, mettaient en avant la dimension de gêne physique", a indiqué Sara Piazza, psychologue clinicienne et docteure en psychopathologie et psychanalyse, auteure d’une thèse sur la nymphoplastie.

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