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Certains chauffeurs Uber ne parviennent plus à gagner leur vie: "On est devenu des esclaves"

Certains chauffeurs Uber ne parviennent plus à gagner leur vie:

Le 15 octobre dernier, l’émission "Tout Compte Fait" sur France 2 était consacrée à la société Uber, qui a connu une croissance exponentielle en à peine 6 ans d’existence. Si la réussite économique est au rendez-vous pour la multinationale et certains chauffeurs, d’autres ne parviennent plus à joindre les deux bouts. Ils ne parviennent plus à obtenir leur part d’un gâteau devenu trop petit pour tous les chauffeurs.

Pour rappel, Uber, c’est ce service de VTC (Voiture de transport avec chauffeur) qui fait concurrence aux taxis partout dans les grandes villes du monde. Il fonctionne via une application sur smartphone et les chauffeurs sont des indépendants qui sont payés à la course, dont le prix est fixé par Uber et non au kilomètre.

En Belgique, c’est UberX qui est légal, via une licence LVC (Location de Véhicule avec Chauffeur). Pour le reste, tout fonctionne à peu près comme en France, sauf qu’il n’y a pas de test à passer du tout avant de pouvoir devenir chauffeur Uber et qu’il n’y a pas de spécification de voiture contraignante en Wallonie et en Flandre, et bien à Bruxelles où Uber est beaucoup plus présent qu’ailleurs dans notre pays.


Karim gagne seulement 4,05€ de l'heure avec Uber

A Paris, l'émission "Tout compte fait" sur France 2 s’est intéressé à Karim, qui a commencé à travailler pour Uber il y a 2 ans. Le début des soucis a commencé en octobre 2015, quand Uber a unilatéralement baissé tous ses tarifs de 20%. "Du jour au lendemain, on s’est retrouvé à devoir faire beaucoup plus d’heures pour pouvoir faire le même chiffre. Uber n’a rien pris en charge sur cette baisse de prix", dénonce Karim.

Puis il y a les frais liés à la voiture et le statut d’indépendant, ainsi que la marge de 20% que prend l’entreprise sur les courses partout dans le monde, qui grèvent sacrément les revenus du jeune chauffeur.

Celui-ci avait enregistré 177,45€ de revenus bruts en 14 heures de travail la veille. Quand on retire 35,49€ pour Uber, à peu près 20€ de remboursement par jour pour l’achat de la voiture à 40.000-45.000€, 30€ de carburant, 31,23€ de cotisations sociales et 4€ de bouteilles d’eau et friandises à disposition du client, il ne lui reste que 56,70€ nets, soit 4,05€ de l’heure ! C’est la moitié du Smic (salaire minimum de croissance) et France…


"J'ai plus de vie de famille"

Résultat : pour survivre, Karim a dû rogner sur tous les postes possibles : fini les bouteilles d’eau et les bonbons, et plus de pressing pour un costume ou des chemises.

Lui et ses amis chauffeurs Uber ont exprimé leur ras-le-bol face à la caméra. "C’est des voleurs, des escrocs, des bandits. On est devenu des esclaves. On est des smicards de luxe", exprimait l’un. "J’ai plus de vie de famille. On ne dit pas qu’on veut travailler 7h. On est prêts à faire 10h de travail, ça reste raisonnable. Mais pour des sommes comme ça, je vois pas du tout l’avantage", regrettait un autre.


Certains chauffeurs gagnent beaucoup d'argent

Pourtant, d’autres chauffeurs rencontrés s’en sortent. L’un travaille 12h par jour, 6 jours par semaine, pour un salaire net de 1900€ par mois. Un autre semblait même très bien se débrouiller : "Je suis aux alentours de 2700€" par mois, avouait-il. Tout ça pour 68h de travail par semaine et pas d’argent s’il prend des congés ou des vacances. "Travailler plus pour gagner plus, c’est Uber", résumait-il.

Mieux. Aux USA, un homme qui crée des bijoux sur le côté profite de sa voiture pour y vendre ses réalisations à ses clientes. Résultat : il a gagné 200.000 dollars l’an dernier ! Désormais, il a sa clientèle et ne conduit plus que quelques heures par jour.


Beaucoup d'avantages pour le client comme le chauffeur par rapport aux taxis

Mais il faut se rendre compte que derrière les nombreux avantages apparents d’Uber se cachent tout de même des inconvénients de taille.

Les avantages sont évidents, surtout pour les utilisateurs : plus de réservation par téléphone, peu d’attente car c'est la voiture la plus proche qui vient, pas de frais d'approche alors qu'un taxi commandé facture 4€, de l'eau et des friandises à disposition, pas de compteur mais un prix annoncé clairement à l'avance par l'application et souvent moins cher qu'un taxi, jusqu'à 2 fois moins cher parfois, et enfin pas d'argent liquide demandé car tout se fait via l'application qui prélève sur la carte de crédit.

Pour les chauffeurs aussi, travailler pour Uber semble plus avantageux que devenir chauffeur de taxi. Il n’y a déjà pas la licence taxi à 240.000€ à payer ; ils peuvent louer leur voiture tant qu’il s’agit d’une berline de moins de 6 ans ; pour devenir taximan, il faut suivre 4 mois de cours, alors que pour Uber, il suffit de passer un test écrit mis au point par le ministère des transports ; enfin, ils peuvent travailler quand bon leur semble, puisqu’ils ne sont pas tenus par un quelconque horaire ni durée de travail. L’assurance d’avoir des clients et de ne pas devoir les trouver est également un plus non négligeable.


Uber peut les supprimer du réseau sans prévenir, les laissant sans travail

Par contre, le chauffeur Uber ne peut se permettre la moindre incartade. Car ce sont les clients qui les notent après chaque course, et une moyenne en dessous de 4,5 sur 5 alerte Uber qui les convoque pour une mise au point. L’entreprise peut aussi les écarter à tout moment sur simple dénonciation, fut-elle non fondée, et sans réclamation possible. Uber les coupe du réseau, tout simplement, le temps de mener son enquête en contactant le client mécontent et le chauffeur.


Des juristes pour agressivement faire plier les politiciens qui voudraient les limiter

Malgré tout, le modèle économique semble fonctionner, tant pour la plupart des chauffeurs que pour les clients… et surtout pour le patron Travis Kalanick et ses actionnaires, dont l’Arabie Saoudite, Google, le fondateur d’Amazon ou encore la banque Goldman Sachs.

Car Uber est parti de rien il y a 6 ans à San Francisco pour valoir aujourd’hui 60 milliards d’euros. Tout ça avec seulement 1.000 salariés… la plupart juristes !

Ils sont employés à contrer les législations nationales partout où ils s’implantent pour se faire de la place. Ils débauchent des hauts fonctionnaires qui connaissent ces législations par cœur pour en faire des lobbyistes qui envoient directement des amendements tout prêts aux politiciens lorsqu’une législation contraignante à leur encore est prévue.


Ils se lancent dans la livraison de repas... au grand dam des sociétés déjà implantées

Après s’être mis à dos tous les chauffeurs de taxi du monde, qui y voient une concurrence déloyale et se battent avec leurs armes… en recourant parfois à la violence, Uber est en passe de se mettre d’autres secteurs à dos.

Car le géant a de grands projets : il vient de se lancer dans les hélicoptères, les bateaux, mais surtout la livraison de colis et la livraison de repas.

La livraison de colis est déjà une réalité à New-York, tandis que celle de repas a déjà gagné Paris. Et dès l’arrivée du service UberEATS, ils ont surpassé toute la concurrence grâce aux 1,5 millions de clients qui avaient déjà l’application Uber, et se sont vu directement proposer le service EATS.


Un jour, ils n'auront plus besoin de chauffeurs du tout

Enfin, le futur est déjà en marche. Comme Google, Apple et Tesla, Uber s’est lancé dans la voiture sans chauffeur. Une d’elles circule déjà en test dans la ville américaine de Pittsburg, avec succès. "Plus besoin de payer des chauffeurs si on a des voitures autonomes", résumait un journaliste américain dans le reportage de France 2. Sans oublier qu’après les voitures, ce sont désormais les camions sans chauffeur qu’Uber teste.

Leur futur est en marche, reste à savoir si comme Karim, de plus en plus de petits partenaires de la société ne resteront pas sur le carreau de l’évolution technologique et purement libérale.

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