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La crise du peso met en évidence la fragilité de l'économie argentine

La crise du peso met en évidence la fragilité de l'économie argentine
Un panneau indique la valeur du peso argentin face au dollar, le 8 mai 2018 à Buenos AiresJUAN MABROMATA

L'Argentine semble avoir réussi à résoudre, au moins à court terme, la crise du peso et arrêté sa dépréciation, en déployant l'artillerie lourde, même si cette politique est intenable dans le temps, font remarquer les analystes.

Pour stabiliser le peso, la Banque centrale de république argentine (BCRA) a porté son taux d'intérêt directeur à 40% et injecté en quelques semaines plus de 10 milliards de dollars pour soutenir sa monnaie.

Le président argentin Mauricio Macri se veut rassurant, estimant "surmontées, les turbulences sur le marché des changes", tout en pointant du doigt un mal endémique: le déficit budgétaire de la 3e économie d'Amérique latine, pourtant passé de 6% à 4% du PIB depuis son arrivée au pouvoir fin 2015.

"C’est évident, sinon, on entre dans une logique de financement permanent de l’Etat. C’est un vrai problème structurel, bien identifié depuis longtemps par le FMI, difficile à résoudre politiquement", dit Stéphane Straub, économiste de la Toulouse School of Economics (TSE), fondée par le Prix Nobel Jean Tirole.

- Taux élevés, un risque -

"Dans le temps, poursuit l'économiste français, si les taux devaient rester à ce niveau-là, ça va poser des problèmes sur le moyen-long terme. Mais pour pouvoir baisser les taux, il faut que la confiance revienne, c’est là que l’intervention du FMI peut être utile, pour ramener la confiance et freiner les fuites de capitaux et la pression sur la monnaie".

Inflation annuelle à plus de 20%, balance commerciale déficitaire, 4% de déficit budgétaire, plombent encore les velléités réformatrices de la 3e économie d'Amérique latine, dont la croissance annuelle était de 2,8% en 2017.

Pour l'économiste argentin Matias Carugati, l'instabilité récente du taux de change reflète "une crise de confiance due au fait que l'Argentine a une économie assez fragile".

Il convient que rémunérer un placement à hauteur de 40% "n'est pas tenable à moyen terme, c'est un taux de très court terme pour rassurer le marché des changes".

Etranglée par la dette lors de la crise économique de 2001, l'Argentine s'était alors déclarée en défaut de paiement. Depuis, toute convulsion de l'économie rappelle cet épisode douloureux pour les Argentins.

- Argentine solvable -

Le gouvernement de centre-droit de Mauricio Macri, élu en 2015, assure que c'est temporaire, le temps d'assainir l'économie après des années de mauvaise gestion, que le passif reste très modéré, mais l'endettement de l'Argentine a explosé depuis deux ans. L'opposition à M. Macri s'en inquiète.

L'émission récente de bons du Trésor très attractifs pour les investisseurs accentue encore l'endettement.

Pour Matias Carugati, il n'y a pas lieu de s'affoler, "si c'est ponctuel, et pas récurrent. Si la situation se stabilise, il y aura de la marge pour émettre des bons à un taux inférieur", mais elle peut aussi mener l'économie à la récession.

"L'Argentine, dit-il, n'a pas de problème de solvabilité, tant qu'il y a à l'horizon à moyen terme croissance économique et inflation qui convergent à des niveaux normaux, et un ajustement fiscal. Si cela est possible, on verra".

Les 42 millions d'Argentins ont hâte de voir l'économie repartir et sont nombreux à redouter l'intervention du FMI, et les conditions de rigueur budgétaire qu'ils pose généralement.

Mauricio Macri a sollicité l'aide du Fonds, sous la forme d'un prêt, mais assure que l'organisme ne dictera pas la marche à suivre. "Personne ne va poser des conditions, assure-t-il. Ils vont nous dire de combien devra être la réduction du déficit, mais il nous appartient de décider comment on le réduira".

"Le FMI est associé à des épisodes douloureux de l’histoire argentine, reconnait l'économiste Stéphane Straub, mais ce n'est pas le même FMI, ni les mêmes dirigeants (argentins) que dans les années 1990. Le gouvernement Macri paie les pots cassés, de la mauvaise gestion antérieure et du maquillage statistique. Il y a un ajustement nécessaire".

Le ministre argentin de l'Economie Nicolas Dujovne a prévenu: "nous allons avoir un peu plus d'inflation, un peu moins de croissance" en 2018, du fait de la crise du peso d'avil-mai 2018, qui marque un point d'inflexion dans la gouvernance de Mauricio Macri.

De son côté, le FMI a indiqué jeudi qu'il entendait conclure un accord "rapidement" avec l'Argentine, relevant que la situation du pays est très différente de ce qu'elle était il y a 15 ou 20 ans.

"Le FMI pourrait avancer rapidement et a l'intention d'avancer rapidement", a déclaré son porte-parole Gerry Rice lors d'une conférence de presse sans toutefois avancer de date dans la mesure où "les détails (de l'accord) sont en discussions" et "les modalités exactes de l'accord restent à discuter".

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