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Panama Papers: plongée dans ce pays où "tu n'es personne si tu ne possèdes pas une société offshore"

Panama Papers: plongée dans ce pays où
 
 

Ministres, hommes d'affaires, dirigeants d'entreprise, personnalités en vue: les sociétés "offshore" mises en lumière par les "Panama Papers" ont séduit les élites en Islande dans des proportions étonnantes, provoquant un séisme politique.

Il a fallu les révélations du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), à partir de documents émanant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, pour révéler combien d'Islandais avaient des intérêts dans les paradis fiscaux. Le chiffre est étourdissant: quelque 600 noms pour une population de 320.000 habitants. Un record du monde, d'après Johannes Kristjansson, le journaliste indépendant islandais associé au Consortium.


La rue veut des noms

Dans la rue à Reykjavik domine l'écoeurement. "C'est une petite clique, et même après la crise de 2008 elle n'a rien voulu lâcher. Ça confirme simplement que l'argent gagné pendant les années de boom n'a pas disparu par enchantement", dit à l'AFP Kolbrun Elfa Sigurdardottir, électrice de 50 ans. "Qui sont les gens qui ont tiré profit de ce système? On veut tous le savoir!", s'exclame Alli Thor Olafsson, 32 ans. Dans ce petit pays, tout le monde connaît forcément un oncle, une lointaine cousine, un partenaire en affaires, un voisin qui sera dans la liste.


Héritage des années 2000-2008

Les sociétés "offshore" sont un héritage des années d'euphorie du secteur financier, du début des années 2000 jusqu'en 2008, où l'île a vu ses banquiers partir à l'assaut des marchés financiers mondiaux. D'après Sigrun Davidsdottir, journaliste de la télévision publique RUV qui enquête sur le sujet depuis la crise financière de 2008, les conseillers financiers en Islande proposaient facilement à tout un chacun de placer son argent dans des pays exotiques. "Lors des années d'ivresse avant 2008, une source m'a dit que tu n'étais personne si tu ne possédais pas une société offshore", écrit-elle sur son blog.


De nombreuses personnalités politiques

L'histoire la mieux connue maintenant est celle du Premier ministre déchu Sigmundur David Gunnlaugsson. Sa future épouse, Anna Sigurlaug Palsdottir, héritière d'un riche concessionnaire automobile, prend en 2007 l'option paradis fiscaux pour placer sa fortune, via la banque Credit Suisse. Elle ne choisit même pas le nom de la société, Wintris. Le problème, c'est que M. Gunnlaugsson en détient initialement 50%. Et quand il est élu député en 2009, il le tait dans sa déclaration de patrimoine. L'expression "société de Tortola" (l'île la plus peuplée des îles Vierges britanniques) est dans le langage médiatique courant en Islande depuis des mois. Mais le couple est loin d'être seul. Le ministre des Finances Bjarni Benediktsson a sa société aux Seychelles, sa collègue de l'Intérieur Olöf Nordal à Panama. Tous deux ont gardé leur poste malgré le scandale. Finnur Ingolfsson, ancien gouverneur de la banque centrale et ex-ministre de l'Industrie, Robert Wessman, PDG du groupe pharmaceutique Alvogen, et Eggert Skulason, journaliste du quotidien DV, avaient aussi leurs intérêts "offshore".


Même déclarés, ces comptes sont intraçables

MM. Ingolfsson et Skulason affirment qu'ils l'ignoraient, car pour eux tout était géré par Landsbanki Luxembourg. Cette filiale de la banque islandaise au Grand-Duché est devenue célèbre pour de mauvaises raisons quand plus de 110 riches clients, dont le chanteur français Enrico Macias, ont porté plainte contre elle pour escroquerie. Tous nient la moindre intention d'évasion fiscale, insistant sur leur diligence à déclarer leurs revenus. "Il est clair que c'est légal", soulignait le nouveau Premier ministre, Sigurdur Ingi Johannsson, dans un entretien publié lundi par le quotidien Morgunbladid. Mais il a lancé l'idée d'interdire aux Islandais les placements dans les paradis fiscaux. Car pour Bryndis Kristjansdottir, directrice du contrôle fiscal, l'Islande n'a pas les moyens de contrôler avec certitude si tout est déclaré. "Il peut y avoir des problèmes à obtenir des renseignements depuis les pays non coopératifs et dans certains cas c'est même impossible", reconnaît-elle.


 




 

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