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Italie: l'immigration, l'un des sujets brûlants du gouvernement Conte

Italie: l'immigration, l'un des sujets brûlants du gouvernement Conte
Un "rhib", un canot gonflable du navire "Ocean Viking" des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières (MSF), transporte des migrants récupérés sur un canot de fortune en mer Méditerranée le 12 Anne CHAON
Italie

L'immigration sera, avec l'économie, l'une des principales préoccupations du nouveau gouvernement de Giuseppe Conte qui devra tourner la page ultra-sécuritaire du souverainiste Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur sortant, sans pouvoir totalement renier les 14 mois de son précédent mandat.

M. Salvini, chef de la Ligue (extrême droite), qui a construit son succès politique en Italie sur une lutte acharnée contre l'immigration et les ONG humanitaires aidant les migrants en Méditerranée, a entretenu des relations très tendues avec Bruxelles et les principales capitales de l'Union européenne (UE), les accusant de vouloir faire de l'Italie "le camps de réfugiés" de l'Europe entière.

M. Conte a calmé le jeu et donné la ligne lundi sur Facebook, assurant vouloir reprendre le dialogue sur ce sujet avec l'Union européenne.

"Nous devons reprendre les négociations avec l'UE pour dépasser le règlement de Dublin et pour parvenir finalement à une gestion européenne du problème de l'immigration", a-t-il dit.

Le programme de son nouveau gouvernement, rendu public mercredi, préconise d'ailleurs une "forte réponse européenne (...) au problème de la gestion des flux migratoire".

Le règlement européen de Dublin confie actuellement aux pays d'arrivée la charge du traitement des demandes d'asile, ce qui place l'Italie en première ligne pour les migrants partant de Libye notamment.

Dans une interview mercredi au quotidien La Stampa, Pekka Haavisto, chef de la diplomatie de la Finlande qui assure la présidence tournante de l'UE, a assuré que le sommet de Malte sur l'immigration, dans une dizaine de jours "reprendra(it) le travail fait à Paris en espérant pouvoir avancer dans la bonne direction".

Lors d'une réunion de travail fin juillet dans la capitale française, 14 pays européens avaient donné leur accord, dont huit "de manière active", pour mettre en oeuvre un "mécanisme de solidarité" visant à se répartir les migrants secourus en Méditerranée.

- "moins d'attention médiatique" -

M. Salvini a imprimé plusieurs tours de vis sécuritaires successifs à la politique anti-immigration au cours de ses 14 mois à la tête du ministère de l'Intérieur.

La dernière loi en date, adoptée début août, quelques jours avant qu'il ne fasse exploser la coalition gouvernementale avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), lui accordait des pouvoirs élargis pour interdire les eaux territoriales aux navires ayant secouru des migrants et leur fermer les ports italiens.

Elle permettait aussi de confisquer les bateaux des ONG et d'imposer à leurs commandants des amendes pouvant aller jusqu'à 1 million d'euros.

En signant la loi, étape indispensable pour son entrée en vigueur, le président de la République Sergio Mattarella en avait critiqué plusieurs éléments dans une lettre au Parlement.

Il avait rappelé que "l'obligation" de sauver des vies en danger en mer primait sur toutes les autres considérations et qu'une récente décision de la Cour constitutionnelle avait affirmé qu'une amende aussi élevée que 1 million d'euros était comparable à une sanction pénale, demandant en substance des modifications sur ces deux points.

Le gouvernement Conte 2, une alliance entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche) devrait adopter une approche plus pragmatique sur l'immigration, d'autant plus que la nouvelle ministre de l'Intérieur, la préfète Luciana Lamorgese, est une "technicienne", sans étiquette politique et qui connaît bien ce sujet.

"Ce qui est sûr c'est qu'il y aura moins d'attention médiatique sur le problème de l'immigration sur lequel Salvini a beaucoup spéculé et avec succès", a déclaré à l'AFP Lorenzo Castellani, professeur à l'université Luiss de Rome.

"Le nouveau gouvernement cherchera un dialogue plus poussé avec l'UE sur le règlement de Dublin, et il aura un ton moins dur avec les ONG", ajoute l'expert.

Toutefois, "même si Salvini est affaibli avec des sondages qui le donnent désormais à 32-33% d'intentions de vote (contre 36-38% il y a un mois, ndlr) le nouveau gouvernement ne pourra pas pratiquer une politique d'accueil sans limite des migrants", qui serait politiquement dangereuse, souligne M. Castellani.

Matteo Salvini a déjà mis en garde ses adversaires: "si les ports devaient rouvrir (aux migrants, ndlr), nous livrerions bataille au Parlement et, démocratiquement, (en manifestant) dans les rues".

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