Italie: Salvini arc-bouté sur son refus de débarquer des migrants

Italie: Salvini arc-bouté sur son refus de débarquer des migrants
Des migrants sur le pont du Diciotti, navire des gardes-côtes italiens, le 23 août 2018 à Catane, en Sicile.Giovanni ISOLINO
Italie

Une semaine après le sauvetage de près de 200 migrants par le navire Diciotti, le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini poursuit sans relâche son combat pour empêcher le débarquement des quelque 150 adultes encore à bord.

"Personne ne débarquera en Italie sans mon autorisation", a réitéré jeudi matin M. Salvini à la radio, assurant refuser que l'Italie ne devienne "un camp de réfugiés" pour le compte du reste de l'Europe.

Le navire Diciotti des gardes-côtes italiens a secouru dans la nuit du 15 au 16 août 190 migrants. Treize d'entre eux ont été débarqués pour des raisons sanitaires sur l'île de Lampedusa, puis le navire a accosté lundi soir à Catane, en Sicile.

Résolu à empêcher coûte que coûte le débarquement des 177 personnes restées à bord, Matteo Salvini a engagé depuis un bras de fer avec à peu près tout le monde: des magistrats qui enquêtent sur une éventuelle séquestration de personnes au président de la République Sergio Mattarella, inquiet pour l'image de l'Italie, en passant par ses partenaires européens, accusés de ne pas tenir leurs promesses.

"Je ne donne aucune autorisation au débarquement. Si le président de la République veut le faire qu'il le fasse; si le président du Conseil (Giuseppe Conte, chef du gouvernement, ndlr) veut le faire qu'il le fasse. Mais ils le feront sans l'accord du vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur", a écrit mercredi soir Matteo Salvini sur Facebook.

Dans ce bras de fer, il s'appuie sur les sondages favorables à son parti: la Ligue (extrême droite), est créditée d'environ 30% des intentions de vote, en hausse de plus de 10 points depuis les législatives de mars.

Le procureur sicilien d'Agrigento a ouvert une enquête pour "séquestration de personnes", mais Matteo Salvini fait la sourde oreille.

"Il y a une enquête en cours, on verra, moi j'ai les épaules larges, je pense avoir le consensus de la majorité des Italiens", avait-il ajouté.

- Défi à l'Europe -

Il a dû toutefois céder mercredi soir en ce qui concerne les mineurs isolés, et 27 migrants, âgés de 14 à 16 ans, ont débarqué tard dans la nuit. Mais sur les autres, qui ont déjà passés une semaine entassés sur le pont du navire, M. Salvini ne bouge pas d'un pouce.

"Sur la Diciotti il n'y a que des immigrés illégaux" n'ayant pas le droit à la protection humanitaire réservée aux réfugiés, a-t-il assuré jeudi, après le débarquement des 27 jeunes migrants, presque tous originaires de l'Erythrée. Ce pays, qui sort à peine d'une guerre de près de 20 ans avec son voisin éthiopien, a imposé un service militaire obligatoire, comparée à de l'esclavage par les Nations unies, que des milliers de jeunes ont fuit en abandonnant leur pays vers l'Europe.

C'est précisément aux Européens de régler le problème, affirme encore M. Salvini.

"Soit l'Europe commence à défendre sérieusement ses frontières et partage l'accueil des immigrés, soit nous commencerons à les ramener dans les ports d'où ils sont partis", avait-il écrit mardi.

Hors de question, a rétorqué Mohamad Siala, ministre des Affaires étrangères du gouvernement d'union nationale (GNA) en Libye. Ce retour serait une "mesure injuste et illégale" car la Libye compte déjà "plus de 700.000 migrants", a-t-il déclaré mercredi soir.

Jeudi, Matteo Salvini a encore haussé la barre, assurant qu'il n'était de toutes façons pas question d'autoriser plus de débarquements avant d'avoir obtenu des explications de la part des pays de l'UE ayant promis d'accueillir des migrants arrivés en Italie en juillet, mais qui, selon lui, ne l'ont pas encore fait.

"Vous vous souvenez des 450 migrants arrivés en juillet? L'Allemagne avait promis d'en accueillir 50, elle en a pris 0. Le Portugal avait accepté d'accueillir 50, il en a pris 0. L'Espagne avait accepté d'accueillir 50, elle en a pris 0", a-t-il écrit sur Facebook.

A Bruxelles, la Commission européenne assure avoir établi des contacts avec plusieurs pays de l'UE pour tenter de trouver une solution au cas Diciotti.

Une réunion de hauts représentants d'une douzaine de pays de l'UE est prévue vendredi dans la capitale belge pour tenter d'avancer sur ce dossier.

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