Russie: une transgenre remporte une victoire surprise devant la justice

Russie: une transgenre remporte une victoire surprise devant la justice
Anastasia, une femme russe transgenre dont le prénom a été changé, lors d'un entretien avec l'AFP à Saint-Pétersbourg le 12 avril 2019 Olga MALTSEVA
Russie

C'est un succès rare en Russie, où les discriminations contre les minorités sexuelles sont fréquentes: une femme transgenre a remporté à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) son procès contre son ancien employeur, qui l'avait licencié après son changement de sexe au prétexte que son métier était "interdit aux femmes".

"Je n'espérais pas (gagner le procès), je m'étais rendue compte que mes chances étaient minces", reconnaît Anastasia, dont le prénom a été changé, dans une interview accordée à l'AFP dans l'ancienne capitale impériale russe.

La semaine dernière, un tribunal a pourtant jugé son licenciement "illégal" et condamné ses anciens employeurs à une amdende de 1.8 million de roubles (environ 26.000 euros).

Les organisations de défense des droits des LGBT ont salué cette petite victoire, dans un pays où les minorités sexuelles font souvent l'objet de pressions. Depuis 2013, la législation russe interdit ainsi la "propagande homosexuelle auprès des mineurs", une loi considérée comme discriminante par des défenseurs des droits de l'Homme.

"C'est la première fois que ce type d'affaire est discuté" publiquement, souligne Max Olenitchev, l'avocat d'Anastasia. "Ce procès est une discrimination à l'égard des femmes, mais c'est aussi un moyen de rendre visible les personnes transgenres, ce qui est très important", souligne-t-il à l'AFP.

Anastasia, 43 ans, travaillait depuis une dizaine d'années comme typographe dans une imprimerie de Saint-Pétersbourg. En 2017, après qu'elle eut changé de sexe et obtenu de nouveaux papiers d'identité, son responsable lui avait demandé de démissionner, avant de la licencier face à son refus.

La raison avancée par son employeur: une loi russe qui interdit aux femmes le métier de typographe, comme 456 professions jugées dangereuses pour la santé, de soudeur à conducteur de poids-lourd longue distance ou mécanicien de maintenance aéronautique.

- "Ils n'avaient pas envie de me voir" -

"En réalité, il était évident qu'ils n'avaient pas envie de voir une personne comme moi dans leur équipe", soutient Anastasia, qui avait porté plainte après son licenciement.

Pour sa défense, Max Olenitchev a argué du fait qu'elle avait travaillé pendant une décennie au même poste sans aucun problème.

L'ancienne typographe reconnaît que l'attitude de la société russe à l'égard des transgenres "est surtout négative".

"Mais ce n'est pas surprenant étant donné que tous les médias parlent de cela comme si ce n'était pas normal. L'attitude des gens est conforme à cette ambiance", regrette-t-elle.

Anastasia dit toutefois être chanceuse: ses proches "l'acceptent et l'aiment peu importe son statut". Elle est en couple depuis une vingtaine d'années et élève une fille de 19 ans.

Un cas relativement rare. "Faute d'informations, la société russe est hostile aux trangenres. Parfois, ils sont obligés de rompre avec leurs famille. Dans tous les cas, cela leur prend du temps d'être acceptés par leurs proches", explique à l'AFP Mark Kandolski, consultant pour l'ONG Vykhod, qui défend les droits des LGBT.

Selon lui, des médecins montrent même parfois "une ignorance totale envers les transgenres".

En Russie, l'homosexualité était considérée comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. Depuis 2013, une loi punit d'amendes et de prison tout acte de "propagande" homosexuelle auprès des mineurs. Depuis 2017, plusieurs cas d'emprisonnements et de meurtres d'homosexuels ont par ailleurs été rapportés dans la république russe de Tchétchénie.

Anastasia, pour sa part, préfère pour sa part désormais rester discrète: "Après tout cela, je veux tout simplement vivre tranquillement, comme j'en ai envie".

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