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Sur scène, la non-campagne très politique du favori à la présidentielle en Ukraine

Sur scène, la non-campagne très politique du favori à la présidentielle en Ukraine
Le favori du premier tour de l'élection présidentielle du 31 mars 2019 en Ukraine, l'acteur Volodymyr Zelensky, dans son spectacle à Brovary, près de Kiev, le 29 mars 2019.Genya SAVILOV

Sur scène, Volodymyr Zelensky chante son amour pour son pays et ironise sur ses rivaux politiques mais le favori des sondages pour la présidentielle de dimanche en Ukraine l'assure : il n'est pas en campagne.

A l'image de ces derniers mois où il préféré la comédie aux meetings électoraux et les réseaux sociaux aux interviews, l'acteur a passé vendredi soir les dernières heures de la campagne officielle, à deux jours du premier tour, à se produire en banlieue de Kiev avec sa troupe de stand-up.

"On n'est pas en campagne aujourd'hui", a-t-il lancé, provoquant rires et applaudissements du public, composé de partisans mais aussi de simples amateurs de son travail à la télévision ou sur scène.

Mais comme souvent depuis l'annonce de sa candidature à la présidentielle dans ce pays confronté à des défis majeurs, à commencer par un conflit armé dans l'est avec les séparatistes prorusses et une grande pauvreté, la frontière est restée floue entre comédie et politique.

Le spectacle a ainsi commencé par une publicité sur écran géant pour la nouvelle saison de la série dont il est le héros, "Serviteur du peuple".

Volodymyr Zelensky y joue un professeur élu président après avoir dénoncé la corruption dans une vidéo devenue virale. Jusqu'à présent, il s'agissait de l'expérience rapprochant le plus de la politique ce comédien, un humoriste et entrepreneur de 41 ans.

Sur scène, le candidat, accompagné de sa troupe d'humoristes Kvartal 95, enchaîne les sketches et les chansons entraînantes. Et malgré sa promesse de ne pas faire campagne, il ne se prive pas de lancer des piques à ses rivaux, notamment au président Petro Porochenko, en deuxième position dans les sondages au coude-à-coude avec l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko.

"Pourquoi Porochenko veut-il un deuxième mandat ? Pour ne pas en obtenir un premier" en prison, raconte-t-il au sujet du chef de l'Etat sortant, accusé de ne pas en avoir fait assez contre la corruption et éclaboussé lui-même par des scandales.

"Ce n'est pas drôle", réagit un autre acteur malgré l'hilarité du public.

"Ce n'était pas une blague", réplique aussitôt Volodymyr Zelensky.

- "Tout ira bien" -

En chemise blanche et costume noir, le comédien conclut son spectacle par une chanson dans laquelle il dit son amour pour sa patrie, pendant que des images de symboles de l'Ukraine sont diffusées sur un écran géant.

"Tout ira bien pour l'Ukraine en fin de compte", assure-t-il. "Et si cela ne va pas bien, ce n'est pas la fin".

Volodymyr Zelensky a été critiqué pour le flou de son programme dont les principales propositions ont été retenues à l'issue de votes sur les réseaux sociaux.

Ses détracteurs se demandent s'il est en mesure de mettre fin au conflit avec des séparatistes prorusses qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans dans l'est et empêche Kiev de contrôler une partie du territoire ukrainien. Ils s'interrogent aussi sur sa capacité à lutter contre la corruption endémique et à surmonter les difficultés économiques affectant l'un des pays les plus pauvres d'Europe.

Il a en outre été accusé, malgré ses démentis, d'être un pantin du puissant oligarque Igor Kolomoïski, ennemi du président Porochenko et propriétaire de la chaîne de télévision qui diffuse les éléments de son programme.

Ses partisans voient au contraire en lui une personnalité nouvelle, vierge des compromissions et des échecs de la classe politique de cette ex-république soviétique traversée par de multiples crises et révolutions en près de 30 ans d'indépendance.

Dans les sondages, il devance d'une dizaine de points ses principaux rivaux, même si des analystes s'interrogent sur la mobilisation réelle de son électorat, jeune et volatil, et sur sa capacité à obtenir la majorité absolue au cours d'un deuxième tour prévu pour le 21 avril.

"Il est drôle", estime Nadejda, une employée de bureau de 42 ans présente à son spectacle avec son mari et sa fille. "Je l'aime bien en tant qu'acteur et producteur mais pas en tant qu'homme politique", poursuit-elle, assurant qu'elle votera pour un autre candidat dimanche.

Comment imagine-t-elle une présidence de Volodymyr Zelensky ? "Pas terrible, au moins au début", répond-elle en riant.

"Il ne s'agit pas que de lui", le défend Ioulia, 49 ans. "Il a une équipe avec lui sur scène et s'il est élu, il aura une équipe avec lui aussi".

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