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Un an après, l'assassinat d'Ivanovic empoisonne l'air du Kosovo

Oliver Ivanovic pourfendait crime et omerta: pour ses partisans qui défilent mercredi, cela a condamné ce politicien serbe du Kosovo dont l'assassinat, il y a un an, empoisonne l'air de Mitrovica mais aussi de Belgrade.

A l'instar des autorités serbes de l'autre côté de la frontière, les principaux responsables de la minorité serbe du Kosovo ont été prompts à évoquer un crime commis par des Kosovars albanais, dans un contexte de tensions persistantes entre communautés.

Mais parmi la population serbe, beaucoup expriment leur scepticisme sur cette thèse et privilégient un meurtre interne à la minorité, commis par le crime organisé serbe.

Mercredi, jour anniversaire de l'assassinat commis à Mitrovica, ville divisée entre Serbes et Albanais dans le nord du Kosovo, une marche silencieuse est organisée à Belgrade. Réunie à l'appel de l'opposition, elle aura des airs de défilé anti-Aleksandar Vucic, le président de Serbie.

S'il rejetait également l'indépendance du Kosovo, Oliver Ivanovic, tué à 64 ans, était l'une des voix les plus critiques de l'action de Belgrade au Kosovo.

L'un des rares albanophones dans sa communauté, il était une cible privilégiée des alliés politiques locaux d'Aleksandar Vucic et de violentes campagnes de médias pro-gouvernementaux de Serbie.

Les enquêteurs kosovars placent parmi les suspects Milan Radoicic, un haut responsable de la "Srpska Lista", principal groupe politique des Serbes du Kosovo qui s'aligne invariablement sur les positions de Belgrade.

Dix mois après le crime, à l'aube du 23 novembre 2018, au son des sirènes d'alerte déclenchées pour alerter la population, c'est ce propriétaire de restaurant qui échappe aux forces spéciales kosovares lors d'un raid inhabituel à Mitrovica-nord, partie serbe hostile et rétive à toute tutelle de Pristina.

- "Centre informel du pouvoir" -

De ce côté de la rivière Ibar flottent les couleurs de la Serbie qui ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province, vingt ans après la guerre (1998-99). Une statue du roi médiéval serbe Lazar pointe un index menaçant vers le sud kosovar albanais et le visage d'Aleksandar Vucic s'affiche partout.

Lors du raid, les policiers arrêtent trois membres de la minorité serbe mais Milan Radoicic, leur principal objectif, n'est plus chez lui, sans doute déjà en Serbie voisine.

Quelques semaines avant sa mort, dans une conversation avec un journaliste du réseau d'investigation Balkan Investigative Reporting Network (BIRN), Oliver Ivanovic avait désigné cet homme d'affaires de 40 ans comme le chef d'"un centre alternatif et informel du pouvoir" à Mitrovica-nord que beaucoup décrivent comme un "Far West" balkanique où prospèrent les trafics criminels. L'intéressé réfute ce portrait.

L'atmosphère oppressante de Mitrovica, "c'est le crime" qui en est à l'origine et non les tensions intercommunautaires , disait encore Oliver Ivanovic dans cette conversation rendue publique après son assassinat.

L'ascension politique de Milan Radoicic a été météorique.

Il devient en juin 2017 le numéro 2 de la "Srpska Lista". Un mois après, il est photographié lors d'une réunion avec Ramush Haradinaj qui deviendra en septembre de la même année Premier ministre du Kosovo, un poste obtenu grâce à l'appui des députés de la minorité serbe.

Peu après le raid de sa police, le Premier ministre kosovar dépeindra Radoicic en homme "important pour tout" dans le nord du Kosovo. En septembre 2018, Aleksandar Vucic l'avait, lui, cité parmi des responsables qui "protègent la Serbie au Kosovo".

Discret médiatiquement, Radoicic était présent à chaque meeting à Mitrovica où personne ne l'évoque publiquement mais où son influence est notoire.

"J'étais sans emploi depuis des années et tout le monde me disait d'aller voir Milan", raconte un homme qui assure que la contrepartie était de voter "Srpska Lista".

- Détecteur de mensonge -

Si sa localisation exacte est inconnue du public, Milan Radoicic ne s'est pas évaporé. Immédiatement après le raid, il proteste de son innocence dans les médias serbes: "je ne suis pas un assassin et je n'ai rien à voir avec (l')assassinat" d'Oliver Ivanovic. Selon lui, la police kosovare aurait voulu le tuer pour prix de sa "résistance".

A Belgrade, les soutiens restent puissants. "Non seulement il n'a pas tué (Ivanovic), mais il n'a pas participé à la logistique, à l'aide ou à quoi que ce soit d'autre", assure dès le 26 novembre 2018, trois jours après le raid, le président Vucic.

Il explique sur la chaîne publique serbe RTS que Milan Radoicic a passé avec succès l'épreuve du détecteur de mensonge. Et le ministre serbe de la Défense Aleksandar Vulin s'indigne que puisse être incriminée "la partie serbe".

A Pristina, le président Hashim Thaçi appelle la Serbie à collaborer à l'enquête et à "ne pas devenir un refuge" pour les assassins d'Oliver Ivanovic.

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