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Cour suprême: l'accusatrice du juge Kavanaugh va-t-elle témoigner devant le Sénat?

La femme qui accuse d'agression sexuelle le juge Brett Kavanaugh, candidat de Donald Trump pour la Cour suprême, a jusqu'à samedi après-midi pour trouver un terrain d'entente avec les sénateurs sur les conditions de son audition la semaine prochaine au Congrès américain.

Le bras de fer politique autour de la confirmation de ce juge conservateur à un poste à vie à la Cour suprême se durcit, alors que les Républicains souhaitent le confirmer avant les élections parlementaires de début novembre, où ils risquent de perdre le contrôle du Congrès.

Au-delà du jeu politique, la nomination à vie du magistrat pourrait placer les juges progressistes ou modérés en minorité pour de longues années à la Cour suprême, arbitre des grandes questions qui divisent la société américaine (mariage homosexuel, armes à feu, droit à l'avortement...).

Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, affirme que le juge Kavanaugh, 53 ans, l'a agressée lors d'une soirée arrosée entre adolescents au début des années 1980 dans la banlieue de Washington, ce que le magistrat nie vigoureusement.

Devant l'onde de choc provoquée par ces accusations, la chercheuse en psychologie a accepté de témoigner devant le Sénat pour faire la lumière sur cette affaire. Mais la date précise de son audition fait l'objet de nombreuses tractations.

Le président de la commission judiciaire du Sénat Charles Grassley lui avait ainsi adressé un ultimatum vendredi soir pour l'engager à témoigner mercredi, menaçant, si elle refusait, d'organiser un vote dès lundi sur la confirmation du juge, sans entendre son témoignage.

A l'expiration du délai, les avocats de Mme Blasey Ford ont qualifié la requête républicaine d'"arbitraire", dans une réaction diffusée par CNN.

"Le seul objectif est de faire pression sur Mme Ford afin de la priver de sa capacité de prendre une décision réfléchie. Notre modeste demande est de lui accorder un jour supplémentaire pour prendre sa décision."

Dans un tweet adressé directement à M. Kavanaugh, M. Grassley a indiqué avoir cédé. "Juge Kavanaugh, je viens d'accorder un nouveau délai au Dr Ford", a-t-il écrit. "Je veux l'entendre. J'espère que vous comprenez", a-t-il ajouté.

L'ultimatum a été repoussé à 14H30 samedi (18H30 GMT) selon le New York Times.

Mme Blasey Ford ne souhaite pas témoigner avant jeudi et veut pouvoir appeler un témoin qui était présent au moment de l'agression, qui se serait passée alors qu'elle avait 15 ans et lui 17.

Selon Mme Blasey, Brett Kavanaugh et un ami, "complètement ivres", l'avaient coincée dans une chambre, plaquée sur un lit et aurait cherché à la déshabiller tout en procédant à des attouchements, avant qu'elle ne parvienne à s'enfuir.

- 30 ans de silence -

Signe de l'intensification des échanges autour de cette confirmation, Donald Trump a attaqué frontalement Christine Blasey Ford vendredi, s'étonnant de son silence pendant plus de trente ans.

"Si les attaques avaient été aussi graves que ce que dit le Dr Ford, il y aurait eu une plainte d'elle ou de ses parents aimants", a tweeté le président Trump.

Ce message a immédiatement suscité une levée de boucliers. Donald Trump manifeste sa profonde "incompréhension" du "traumatisme" des victimes, a ainsi taclé le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer.

Une sénatrice membre de la commission judiciaire, pourtant républicaine, Susan Collins, s'est dite "consternée par le tweet du président". "Nous savons que les allégations d'agression sexuelle comptent parmi les crimes les plus sous-estimés" a-t-elle dit aux journalistes.

Selon le ministère de la Justice, près de 325.000 personnes ont été victimes de viol ou d'agression sexuelle en 2016 mais seuls 22,9% des cas ont été rapportés à la police.

Sur Twitter, de nombreuses internautes ont expliqué sous le hashtag #WhyIDidntReport ("Pourquoi je n'ai pas porté plainte") s'être tues après des agressions par "peur", parce qu'elles pensaient que c'était de leur faute ou qu'on ne les croirait pas.

Le président Trump n'avait jusqu'ici pas critiqué nommément Mme Blasey Ford. La Maison Blanche avait concentré ses flèches sur les démocrates, les accusant d'instrumentaliser cette affaire.

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