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Fac de droit de Montpellier: gardes à vue prolongées pour le doyen et un professeur

Fac de droit de Montpellier: gardes à vue prolongées pour le doyen et un professeur
Manifestation d'étudiants le 28 mars 2018 à Montpellier après les violences d'hommes cagoulés contre des étudiants grévistes dans la nuit du 22 au 23 mars SYLVAIN THOMAS
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Les gardes à vue du doyen et d'un professeur de la fac de droit de Montpellier, mis en cause dans les violences survenues la semaine dernière dans l'établissement, ont été prolongées jeudi, quelques heures après l'annonce de leur suspension par la ministre de l'Enseignement supérieur.

Les gardes à vue de Philippe Pétel et de Jean-Luc Coronel de Boissezon ont été prolongées en début d'après-midi à l'issue des premières 24 heures d'audition, a indiqué à l'AFP le procureur de la République de Montpellier Christophe Barret. Le parquet a ouvert une enquête en flagrance pour violences en réunion avec armes qui a été confiée à la sûreté publique.

Parallèlement, au vu des premiers éléments de l'enquête administrative ouverte lundi, le doyen et le professeur, accusés par des témoins d'avoir facilité ou pris part à l'expédition punitive menée par des hommes cagoulés et armés de bâtons contre des étudiants grévistes dans la nuit du 22 au 23 mars, ont été suspendus de leurs fonctions, a indiqué dans la matinée la ministre Frédérique Vidal sur Twitter.

Cette dernière a appelé à "l'apaisement" sur France Info, alors que les mouvements de blocage et les manifestations contre la loi qu'elle a portée se multiplient dans des universités françaises. Mme Vidal a rappelé qu'il y avait "deux lignes rouges" à ne pas franchir: "pas de violence dans les établissements (...). Et puis faire en sorte que l'année universitaire se termine et que les examens aient lieu dans les meilleures conditions".

Après des violences "inadmissibles", les conclusions de l'enquête administrative "seront rendues à la fin de la semaine", a-t-elle aussi précisé à propos de la situation à Montpellier. Le président de l'université de Montpellier a annoncé que la faculté de droit ouvrirait à nouveau le 3 avril, ce que l'intersyndicale juge prématuré.

"C'est une décision que la LDH et l'Intersyndicale des personnels attendaient", a réagi auprès de l'AFP à propos des suspensions Sophie Mazas, présidente de la Ligue des droits de l'Homme de l'Hérault. Mais, ajoute-t-elle, "tant que les personnes qui étaient sous les cagoules n'auront pas été identifiées et sanctionnées, nous resteront dans une demi-mesure".

- "Marche pour la justice" -

"Nous affirmons que la suspension de Philippe Pétel et Jean-Luc Coronel de Boissezon n'est pas suffisante", ont réagi de leur côté les étudiants et doctorants du "comité de mobilisation" de la faculté de droit et de science politique dans un communiqué. Réclamant "des mesures conservatoires immédiates" contre les enseignants, les étudiants et les personnes mis en cause dans les incidents, ils appellent également à une "marche pour la justice, contre les agresseurs et leurs complices" vendredi à 16H00 au départ de la faculté de droit.

Elu en mai 2017 doyen de la faculté de droit et de science politique de Montpellier, Philippe Pétel avait assuré au lendemain des violences qu'il n'entendait pas démissionner et protesté de son innocence, avant que la présidence de l'université n'annonce sa démission un jour plus tard.

Professeur agrégé de droit privé, il a effectué toutes ses études et l'essentiel de sa carrière à Montpellier, où il a notamment été pendant 20 ans directeur de l'Institut d'Etudes Judiciaires (IEJ). A ce titre, cette personnalité dans le monde du droit au plan régional a formé de nombreux magistrats et avocats.

M. Coronel de Boissezon, décrit par des étudiants et des collègues comme "très conservateur", était notamment co-directeur du Master II d'Histoire du Droit et est accusé par des témoins d'avoir participé --à visage découvert-- dans la nuit du 22 au 23 mars à l'évacuation brutale d'étudiants qui occupaient un amphithéâtre, au côté du groupe d'hommes cagoulés et armés de bâtons qui est intervenu.

Cette affaire a un retentissement particulier à Montpellier, où l'université est une des toutes premières fondées en France au XIIIe siècle. Son prestige repose depuis le Moyen-Age sur deux piliers principaux: la médecine et le droit.

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