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Malgré Donald Trump, militaires et vétérans transgenres honorent leurs morts

Malgré Donald Trump, militaires et vétérans transgenres honorent leurs morts
D'anciens combattants et militaires transgenres réunis au cimetière américain d'Arlington après avoir déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu, au nom de l'association Tava (TransgenMandel Ngan

"Nous, les personnes transgenres, avons versé notre sang comme toutes les autres, nous avons fait ce sacrifice comme tous les militaires", lance Yvonne Cook-Riley en marchant entre les milliers de stèles blanches se dressant sur les pelouses du cimetière militaire d'Arlington, près de Washington.

Avec une dizaine d'autres ex-militaires transgenres, cette ancienne de la guerre du Vietnam vient de déposer sur la tombe du Soldat inconnu une gerbe de fleurs au nom de leur association, affichant sans détour leur identité: Transgender American Veterans Association (TAVA).

Une expérience "déchirante", livre-t-elle, et d'autant plus symbolique qu'elle survient près d'un an après l'annonce, par une salve de tweets, du président américain Donald Trump qu'il comptait interdire aux recrues transgenres de servir dans l'armée.

Le républicain revenait ainsi sur la décision prise en fin de mandat par son prédécesseur démocrate, Barack Obama, d'ouvrir l'armée aux recrues ouvertement transgenres à compter du 1er juillet 2017.

"Notre armée doit être concentrée sur une victoire écrasante et décisive, et ne peut pas être accablée par les énormes coûts médicaux et les perturbations que la présence de transgenres dans l'armée entraîneraient", avait écrit Donald Trump le 26 juillet 2017, dans un message reçu comme un coup de poing par les militaires transgenres.

- "Ils méritent mieux" -

Le président américain a finalement renoncé en mars à cette directive, contestée en justice. Mais il a donné au Pentagone le choix d'imposer les consignes qu'il considérerait "adéquates". Or dans un rapport publié presque simultanément, le ministère de la Défense a expliqué que les personnes transgenres voulant changer de sexe ou qui l'ont déjà fait "peuvent" être interdites dans l'armée.

Il n'existe pas de chiffres officiels mais d'après les estimations, entre 1.320 et 15.000 personnes transgenres servent dans l'armée américaine, sur 1,3 million de militaires en service actif.

"A mon époque la plupart d'entre nous quittaient l'armée ou nous nous cachions jusqu'à la retraite mais je suis triste pour ceux qui sont aujourd'hui en service", ouvertement transgenres, s'inquiète Nella Ludlow, ancienne pilote de chasse à la longue chevelure, qui a servi dans l'armée de l'air entre 1982 et 1998 avant de faire sa transition vers son identité de femme.

"J'ai pu prendre ma retraite. Pourront-ils le faire? Ils servent leur pays et ils ne savent pas s'ils vont être renvoyés dans six mois", poursuit cette professeure universitaire âgée de 56 ans. "Ils méritent mieux que ça".

A ses côtés, Alice Ashton, sous-officier de la marine, ne peut entrer dans les débats politiques puisqu'elle est encore en service. Mais elle est encore émue d'avoir participé à la cérémonie sur la tombe du Soldat inconnu, organisée par l'association Tava.

"C'est très solennel d'honorer les soldats morts pour défendre notre liberté, mais de voir en plus que nous sommes reconnus comme pouvant les honorer publiquement, ça a été très fort", explique cette brune à la coupe au carré, servant dans l'armée depuis 18 ans mais qui ne se présente ouvertement comme une femme, portant l'uniforme militaire féminin, que depuis quelques semaines.

- "Affirmations bancales" -

A l'image du calme régnant dans les allées du cimetière d'Arlington alors que le groupe avance vers la sortie, la tempête médiatique s'est largement apaisée depuis la levée de boucliers causée par l'annonce de Donald Trump, à l'époque avivée par une polémique parallèle sur l'annulation par la Maison Blanche de directives qui permettaient aux élèves transgenres de se rendre dans les toilettes du sexe auquel ils s'identifient.

Mais certains élus n'ont pas oublié la question des recrues transgenres. Emmenés par le démocrate Joe Kennedy, petit-fils de Bobby Kennedy, quelque 120 membres de la Chambre des représentants ont ainsi adressé mardi une lettre au Pentagone, exprimant leur "profonde opposition aux affirmations scientifiques et médicales bancales sur lesquelles elles sont fondées".

"Notre armée bénéficie aujourd'hui du service de milliers de militaires transgenres qui combattent pour défendre nos libertés avec honneur et distinction", écrivent-ils, exhortant le Pentagone à revenir sur ses consignes.

Tant que la Maison Blanche et le Congrès seront dominés par les républicains, il y a peu de chances pour que Donald Trump et le Pentagone reviennent sur ces mesures, estime pourtant Phyllis Frye, première juge ouvertement transgenre aux Etats-Unis. Avec en vue les prochaines élections de novembre, qui renouvelleront une bonne partie du Congrès à Washington, cette septuagénaire au ton déterminé lance: "je veux voir les démocrates reprendre la Chambre et le Sénat".

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