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Nom de la Macédoine: le Parlement grec vote vendredi

Nom de la Macédoine: le Parlement grec vote vendredi
Des manifestants à Athènes, le 24 janvier 2019, contre l'accord sur le nom de "Macédoine du Nord" donné à un pays voisin. Sakis MITROLIDIS
Grèce

Les députés grecs doivent voter vendredi sur le nouveau nom de la Macédoine, après avoir reporté cette décision historique initialement prévue la veille, qui doit clore une querelle diplomatique vieille de plus de 30 ans.

La soirée de jeudi a été marquée par la manifestation devant le Parlement de centaines de partisans du "non", qui proclamaient toujours leur détermination à "se battre jusqu'au bout". La presse grecque a rapporté que la police avait usé de gaz lacrymogène pour la disperser.

Le vote sur l'accord qui rebaptise ce pays "République de Macédoine du Nord" est prévu "vers 14H30 heure locale" (12H30 GMT), a dit à l'AFP une source parlementaire, car quelque 230 députés ont exprimé le désir de prendre la parole, d'après un décompte du président de l'assemblée.

Jeudi, le débat entamé la veille a été houleux, sur un sujet qui sème la zizanie dans la classe politique et dans l'opinion publique grecques.

Dans une tribune publiée par le quotidien Kathimerini, un ancien ministre PASOK, Haris Paboukis, a déploré les stratégies partisanes. "Si tous les partis devaient permettre à leurs députés de voter en fonction de leur conscience, cela rehausserait la qualité du débat", a-t-il estimé.

Mais la tension a prédominé. "Il faut déchirer cet accord", hurlait un protestataire dans un mégaphone sur la place Syntagma. "Les près de 152 députés qui vont voter pour cet accord sont des traîtres à la Nation".

- "L'impossible devient possible" -

Quelques milliers de personnes ont au total manifesté en deux rassemblements distincts, dont l'un sous la bannière communiste, à l'appel des organisations de défense de "la grécité" de la Macédoine.

Sur la place Syntagma, les banderoles réclamaient "un référendum pour la Macédoine".

Pour de nombreux Grecs, le mot de "Macédoine", terre natale d'Alexandre le Grand, appartient exclusivement au patrimoine historique grec. Certains redoutent même que le pays voisin ait des velléités d'annexer la province grecque du même nom.

Dimanche, des incidents entre un groupe de manifestants encagoulés et les forces antiémeutes avaient fait une quarantaine de blessés. Le gouvernement avait montré du doigt "des extrémistes" du parti néonazi Aube Dorée.

La majorité des partis politiques grecs sont farouchement opposés à l'accord, de l'extrême droite aux socialistes du Kinal et aux communistes du KKE, en passant par la grande formation de droite Nouvelle-Démocratie (78 députés).

Malgré tout, l'accord devrait en principe être validé par la majorité absolue des députés, soit au moins 151 sur 300.

Outre les élus de son parti de gauche Syriza (145), le Premier ministre Alexis Tsipras mise sur au moins six autres députés, des dissidents de son ancien allié au gouvernement, le parti souverainiste des Grecs indépendants Anel, ou de partis du centre gauche (les socialistes de Kinal, et Potami).

"Avez-vous peur d'un État qui n'a même pas 2% de nos capacités militaires et même pas 6% de notre résultat économique?", a fustigé devant les parlementaires l'ex-ministre des Affaires étrangères Nikos Kotzias, principal artisan de l'accord.

Son homologue macédonien Nikola Dimitrov, qui avait oeuvré avec lui à la préparation de l'accord, a pour sa part dit à l'AFP que le texte créait "un climat qui fait que l'impossible devient possible".

Deux semaines après après le "oui" des députés de Macédoine, la ratification par le parlement grec doit être le dernier acte d'une querelle datant des années 1990 au moment de l'accession à l'indépendance de cette ex-république yougoslave.

Outre la normalisation des relations bilatérales, l'entrée en vigueur de l'accord ouvrirait la voie à l'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne et à l'Otan, entravée jusqu'ici par le veto d'Athènes.

- Manque de consensus -

"Vous avez encore le temps de changer d'avis", a exhorté à la tribune Kyriakos Mitsotakis, le dirigeant de la Nouvelle Démocratie, fustigeant un accord qui sonne "la retraite nationale".

"Skopje monopolisera l'identité de la Macédoine", a-t-il dénoncé, estimant que des centaines d'entreprises macédoniennes se retrouveront "tragiquement exposées".

Certains députés favorables à l'accord, comme Eleni Kountoura, une dissidente de l'Anel et ministre du Tourisme, ont dit avoir reçu des menaces contre leur vie ou celle de membres de leur famille.

Si l'accord n'entre pas en vigueur, "les conséquences de l'échec seront importantes" et "une nouvelle négociation prendrait des années", a prévenu mercredi Matthew Nimetz, le médiateur onusien sur la question.

Kyriakos Mitsotakis ne cesse quant à lui de réclamer des élections anticipées et a promis "une nouvelle négociation" avec le pays voisin, si l'accord n'est pas entériné par le Parlement et s'il remporte les élections législatives prévues pour octobre.

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