Procès Méric: Serge Ayoub ou la provocation à la barre

Procès Méric: Serge Ayoub ou la provocation à la barre
Serge Ayoub, figure de l'ultradroite, à Lille le 8 octobre 2011PHILIPPE HUGUEN

Témoin clé au procès des skinheads impliqués dans la mort de l'antifasciste Clément Méric en 2013 à Paris, Serge Ayoub, figure de l'ultradroite, n'a pas beaucoup éclairé la cour d'assises mardi mais cherché à accrocher la lumière, entre autosatisfaction et provocation.

Epaules carrées et crâne rasé, l'ancien chef des skinheads parisiens, 54 ans, est visiblement très content d'être là. Convoqué la semaine dernière, il avait fait faux bond à la cour, certificat médical à l'appui, sans se priver de commenter les débats sur les réseaux sociaux.

Les rangs de la presse, en mezzanine, sont combles. Fondateur du groupuscule d'ultradroite Troisième voie, dont étaient proches certains accusés, il entreprend de décrire son "idéologie", le "solidarisme", "pour une démocratie directe, la plus populaire possible".

"Et vous savez quel est logo des JNR (le service d'ordre de Troisième voie)? C'est le même que celui de l'Elysée, y'a pas plus républicain que ça!", se gausse-t-il.

Pendant une heure, il livre ses impressions et analyses. "Travail, Famille, Patrie", que le principal accusé Esteban Morillo portait tatoué sur le bras droit, "ne peut être rattaché à Pétain, comme on ne peut pas rattacher Liberté, Egalité, Fraternité au colonialisme", assure-t-il.

Quant à la croix gammée, "pour ces gamins", "ça veut juste dire +va te faire foutre+, c'est pas plus grave que ça".

La présidente Xavière Siméoni "constate avec plaisir" qu'il va mieux et lui demande si son arrêt maladie était "circonstanciel". "Voilà une question intéressante", ironise-t-il, ce qui lui vaut d'être rappelé à l'ordre. "Vous gardez vos sourires et vos commentaires pour vous, M. Ayoub."

- "Batskin" et Zola -

La magistrate veut l'entendre sur les faits. Il dit avoir été appelé par l'ex-petite amie de Morillo, qui était membre de Troisième Voie, et conseillé aux jeunes skinheads "de foncer, de dégager" pour éviter la bagarre.

"Ils m'ont rappelé juste après pour me dire que c'était rien qu'une petite bousculade, j'ai dit tant mieux. Des gamineries tout ça", dit-il.

Et dans son bar associatif, le Local, où les accusés se retrouvent, "ils font un récapitulatif de la scène?", demande la présidente. "Oui, sûrement, mais moi j'ai 48 ans (à l'époque, NDLR), je m'en tape", rétorque "Batskin", qui "en a vu d'autres", des "types qui tombent par terre", dans des bagarres.

"M. Ayoub, tance la magistrate, nous parlons de la mort d'un homme. Je vous demande de parler avec plus d'élégance, d'éviter ce ton ironique".

Pourquoi est-ce lui que les accusés appellent, juste avant et après la rixe mortelle? Il y a 34 échanges avec Morillo.

"Pourquoi moi et pas sa mère? Combien de fois sa mère a-t-elle été emmerdée par des antifas, combien de fois sa mère a eu à répondre à la police...?", lâche Serge Ayoub.

Dans la nuit, quand il apprend la mort de Clément Méric, il rappelle Morillo: "Je lui ai dit qu'il était vraiment dans la merde, j'ai commencé à leur demander ce qui s'était passé précisément".

D'un ton expert, lui qui a "fait du droit", pose trois questions: "Est-ce que vous avez commencé? Non. Est-ce-que vous avez une arme? Non. Est-ce que vous avez frappé quelqu'un à terre? Non". Il "croit" que Samuel Dufour, accusé aussi de coups mortels, avait des bagues, mais "une chevalière, c'est pas une arme, hein!"

Il leur conseille "de se rendre", reconnaît avoir "tenté d'appeler la préfecture", un "contact pour les manifs" pour expliquer que les "gamins" allaient se rendre mais pas sans avocat, "parce que y aller tout seul, c'est se faire broyer".

Quel est votre mandat pour assurer la défense de Samuel Dufour dans les médias, veut savoir son avocat, agacé. "J'ai défendu ce que j'estimais être la vérité. Je ne sais pas quel était le lien entre Dreyfus et Zola", ose Serge Ayoub.

En sortant de la salle d'audience, Agnès Méric, la mère de Clément, dira, écoeurée: "C'est un bouffon, mais un bouffon dangereux".

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