En ce moment
 
 

Après le départ de l'EI, les Syriens de Hajine veulent rentrer chez eux

Syrie

"Je veux rentrer chez moi. Pourquoi m'en empêche-t-on?", s'insurge Khaled. "On va faire passer les chèvres devant", argue Asswad face au risque de terrains minés. A Hajine, ancien fief du groupe Etat islamique (EI), les habitants veulent coûte que coûte retrouver leurs foyers.

Mi-décembre, l'alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) a conquis Hajine, la plus grande des localités qui se trouvaient dans l'ultime réduit tenu par l'EI, dans la province orientale de Deir Ezzor.

Vidée de ses habitants, Hajine est aujourd'hui réduite à des carcasses en béton et des immeubles éventrés par les raids aériens de la coalition internationale emmenée par Washington, qui soutient les FDS.

Le centre de la localité est totalement bouclé. "Interdit aux civils!", lancent à longueur de journée les combattants qui montent la garde, pour empêcher les habitants agglutinés de passer, affirmant que des opérations de déminage sont en cours.

Mais les habitants s'entêtent. Certains veulent rentrer à tout prix, se disant même prêts à camper au milieu des ruines.

"Ce sont nos enfants qui l'ont libérée, pourquoi on ne nous autorise pas à revenir?", déplore Khaled Abed, criant devant les combattants qui bloquent l'accès, alors que ses quatre fils font partie des FDS.

"C'est injuste!", s'indigne le quinquagénaire, coiffé d'un keffieh rouge et blanc.

Cela fait plus d'un an qu'il a quitté la petite ville, trouvant refuge dans un des camps de déplacés dans l'est de Deir Ezzor.

Dimanche, en retournant à Hajine pour la première fois, il a constaté que cinq maisons appartenant à sa famille avaient été détruites.

- Sacrifier les chèvres -

"Autorisez-nous seulement à retourner dans nos maisons. On se débarrassera nous-même des mines, on est devenus des experts, on a été confrontés à tout type d'armes", martèle le quinquagénaire.

Dans quelques quartiers, les FDS ont autorisé les habitants à rentrer. Deux camions chargés d'affaires se fraient un chemin sur des routes cabossées.

Selon Abou Khaled, un commandant sur le terrain, le centre de Hajine sera accessible dès qu'auront été enlevées les mines enfouies par les jihadistes pour entraver la progression des FDS lors des combats.

Asswad al-Ayyach, 60 ans, se dit prêt à sacrifier ses chèvres pour arriver jusqu'à sa maison, en ruines, qu'il peut apercevoir puisqu'elle est située à l'entrée du secteur.

"On va faire passer les chèvres devant nous", insiste-t-il, au cas où une mine exploserait.

Son frère Abd al-Ibrahim, avec qui il a fui vers les camps de déplacés il y a plus d'un an, l'interrompt. "Où pouvons-nous aller? On doit revenir sur nos terrains", lance-t-il.

Mais, à Hajine, plus rien ne subsiste: les infrastructures ont été largement détruites, tandis que les rayons des magasins sont vides.

A l'entrée de la ville, un garçon vend des cigarettes et un peu plus loin, un homme tente d'écouler des galons de mazout pour le chauffage.

Un blindé des FDS approche. Un combattant en surgit pour distribuer des bouteilles d'eau aux petits qui accourent. "Donnes-en-moi une autre pour mamie!", réclame l'un d'eux.

Près de là, sur les rives de l'Euphrate, des camions citernes font le plein d'eau, avant d'aller la distribuer dans la région.

- "Planter des tentes" -

Depuis le lancement de leur offensive en septembre, les FDS ont progressivement conquis la grande majorité du réduit contrôlé par l'EI, acculant les jihadistes dans un périmètre de quatre km2, près de la frontière avec l'Irak.

Avec l'intensification des combats, plus de 32.000 personnes ont fui depuis décembre les derniers territoires aux mains de l'EI.

En attendant de se réinstaller à Hajine, les habitants ont élu domicile dans les villages voisins. Chaque jour, ils font l'aller-retour dans l'espoir d'obtenir le feu vert pour entrer dans le centre et reconstruire leur maison.

Jaber Ali vit aujourd'hui à Abou Hammam. Le quinquagénaire se présente comme le "chef de la municipalité" de Hajine, même s'il reconnaît avec humour qu'il "n'y a plus de municipalité".

Pour convaincre les combattants des FDS, il assure qu'il n'y a plus de "cellules dormantes" dans le secteur. "Je connais chacun des fils de la localité, on doit revenir!".

Dans un quartier près du centre, certains habitants ont déjà entamé les travaux de restauration de leur demeure. Dissimulée derrière un niqab, une femme déblaie avec une pelle des gravats de son perron. Un peu plus loin, un homme reconstruit un mur de sa bâtisse.

Le spectacle émeut Amer al-Douda, 35 ans, qui veut juste "voir" sa maison.

"Pourquoi n'ouvrent-ils pas les routes?", s'insurge cet ingénieur en mécanique. "On est prêts à planter des tentes sur nos maisons détruites", clame ce trentenaire.

Vos commentaires