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Catastrophe du barrage minier au Brésil : les habitants exposés à des maladies

Catastrophe du barrage minier au Brésil : les habitants exposés à des maladies
Images de mains et de doigts maculés de boue et de sang, exhibées lors d'une manifestation devant le siège de la compagnie minière brésilienne Vale, le 28 janvier 2019 à Rio de Janeiro.Fabio TEIXEIRA

Les habitants de la région du sud-est du Brésil engloutie par une coulée de boue après la rupture du barrage minier de Brumadinho sont exposés à des risques élevés de dengue, fièvre jaune, maladies infectieuses et troubles psychiques, a averti un spécialiste, près de deux semaines après la tragédie.

En se fondant sur les premières données recueillies sur place et sur l'expérience de catastrophes similaires, les chercheurs de la Fondation brésilienne Oswaldo Cruz (Fiocruz) ont publié un rapport sur les impacts sanitaires de cette tragédie qui a fait au moins 142 morts et 194 disparus, selon le dernier bilan officiel provisoire.

L'épidémiologiste Diego Xavier, un des auteurs de ce rapport, a expliqué à l'AFP quels sont les effets attendus à court, moyen et long terme.

Q : Quelles sont les conséquences de cette catastrophe pour la santé de la population locale?

R : "Dans un premier temps, au fur et à mesure de l'avancée des recherches, on a le décompte des morts, c'est un impact brutal. Mais dans un deuxième temps, quand on a affaire à une rupture de barrage minier, il y a des problèmes de contamination de l'eau avec des métaux lourds. Les gens qui sont en contact avec cette eau peuvent présenter des cas de diarrhée, de diphtérie ou de vomissements.

Et à moyen terme, des semaines, des mois plus tard, on peut observer une augmentation des maladies infectieuses et parasitaires. Si la collecte des ordures est interrompue, cela attire des rongeurs, augmentant ainsi les risques de leptospirose".

"Et si l'approvisionnement en eau est interrompu à cause de la contamination de la rivière Paraopeba (qui coule près de Brumadinho), il est probable que les gens cherchent des moyens alternatifs pour stocker l'eau, ce qui peut attirer des moustiques et favoriser des poussées de dengue. Brumadinho est aussi une zone où l'on a observé de nombreux cas de fièvre jaune par le passé.

On peut également craindre une interruption des services de santé locaux. Les structures n'ont pas été touchées en soi, mais elles manqueront sûrement de moyens humains (en raison du grand nombre de familles touchées par le drame). Cela peut occasionner l'interruption de soins de routine pour des patients diabétiques, souffrant d'hypertension ou de problèmes rénaux".

Q : Quelles mesures doivent être prises dans l'immédiat ?

R: "Nous sommes encore dans la phase de recherche des disparus. Mais en se fondant sur les connaissances accumulées lors d'autres désastres, nous préconisons de vacciner d'ores et déjà toute la population de la zone contre la fière jaune. Il faut aussi se rendre auprès des personnes isolées, pour savoir s'il y a des patients diabétiques, souffrant d'hypertension, des femmes enceintes, des gens qui ont besoin d'un suivi régulier qui ne peut pas être interrompu. La Fiocruz est engagée auprès du ministère de la Santé et des autorités locales pour que nous puissions unir nos efforts et prendre les mesures nécessaires".

Q : Quelles conséquences peut-on attendre à plus long terme?

"Sur le long terme, il y a un problème très sérieux : celui de la santé mentale. Les gens soumis à un tel traumatisme ont besoin d'un suivi psychologique de longue durée pour éviter les cas de dépression, d'angoisse, voire de suicide. Plus le temps passe, plus la population est oubliée. Les médias parlent moins de la tragédie, la commotion est moindre et tout se retrouve entre les mains du système de santé publique".

"Il faut penser à des stratégies pour conjuguer des efforts publics et privés. Nous ne pouvons pas admettre que l'Etat supporte tout le poids d'une telle tragédie, tandis que l'entreprise qui l'a causée (la compagnie minière Vale) n'apporte pas le soutien nécessaire à la population".

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