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Dans un village syrien libéré de l'EI, la joie de retrouver l'école

Dans un village syrien libéré de l'EI, la joie de retrouver l'école
Une professeure syrienne enseigne dans l'école du village d'Al-Chamatiya dans les environs de Deir Ezzor, le 7 février 2018. Depuis que les jihadistes ont été chassés de la ville de Deir Ezzor, enseiAyham al-Mohammad
Enfants, education, Syrie

Son prénom signifie "rêves" en arabe et Ahlam réalise enfin le sien: retourner enseigner dans sa salle de classe bien aimée dans la province de Deir Ezzor en Syrie, où son école a été libérée du joug des jihadistes.

"Un, deux, trois": sur les bancs de l'école, garçons et filles scandent avec enthousiasme le nombre de cerises que la jeune femme, coiffée d'un voile bleu, a dessinées à la craie sur le tableau noir.

Une soif d'apprendre qui sonne comme une revanche pour Ahlam. Elle n'oublie pas le règne de la terreur imposé par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI), chassés fin 2017 du chef-lieu de Deir Ezzor mais aussi de l'immense majorité de la province du même nom.

Et même si l'organisation ultraradicale conserve un ultime réduit à la frontière avec l'Irak voisin, la déchéance des jihadistes après leur montée en puissance en 2014 signifie pour l'immense majorité des habitants un retour à un semblant de normalité.

Trois années durant, l'organisation radicale avait imposé une interprétation rigoriste de l'islam, supprimant ainsi dans les salles de classe l'enseignement de la musique, de l'histoire, des sciences, de la philosophie, du dessin, du sport...

Dans le plus grand secret, Ahlam donnait des cours à quelques élèves, chez elle dans son village d'Al-Chamatiya, près de la ville de Deir Ezzor. "Mais je pensais que nos enfants n'avaient plus d'avenir", se souvient-elle.

Privée de revenus, elle-même vivait alors de la vente des fruits du verger dont elle s'occupait avec son époux, ingénieur agricole. "Dieu merci, le retour du régime nous a redonné espoir et a permis la réouverture des écoles".

- Retour à l'université -

Et comme les enseignants, les enfants aussi se sont précipités dans les salles de classe, avec le sentiment d'avoir beaucoup de temps perdu à rattraper.

"Je devrais être en 6e mais je ne suis pas allé à l'école pendant toutes ces années. Je ne sais ni lire ni écrire", avoue Mohammad al-Ragheb, 13 ans, mortifié.

Mais la soif de savoir fait briller ses yeux d'excitation, au moment de pénétrer dans une salle de classe, où les élèves s'entassent pourtant à trois sur des bancs prévus uniquement pour deux écoliers.

Avec les combats dans la région qui opposaient initialement en 2012 rebelles et soldats du régime de Bachar al-Assad, avant l'entrée en jeu des jihadistes, ce sont au total quelque 200.000 enfants qui ont été privés d'éducation pendant cinq ans, selon le rectorat de Deir Ezzor.

Aujourd'hui, des dizaines d'écoles ont rouvert dans la province, accueillant 45.000 enfants, selon les autorités. Et 6.000 étudiants foulent à nouveau le campus de l'université de l'Euphrate, dans la ville de Deir Ezzor.

- "Miracle" -

Mona al-Nasser, 24 ans, était sur le point de recevoir son diplôme lorsque l'EI s'est emparé de la province en 2014. Elle s'est alors retrouvée bloquée dans sa ville natale de Mayadine, à 50 km de la ville de Deir Ezzor.

"Ce sont des jours que j'espère ne plus jamais revivre. Tout ce que je voulais, c'est étudier. Je suis si heureuse d'être aujourd'hui de retour à l'université", raconte-t-elle.

Des portraits du président Bachar al-Assad et de son père et prédécesseur Hafez sont accrochés aux murs de l'institution, au-dessus de l'accès à un amphithéâtre.

Dans la salle, des étudiants concentrés planchent en silence sur un examen de langue arabe. Penchés sur leur copie, certains griffonnent furieusement. D'autres froncent les sourcils, en pleine réflexion.

Amina, 23 ans, a fait plus de 130 kilomètres pour venir étudier ici -- elle est venue de Raqa, l'ex-"capitale" du califat autoproclamé par l'EI, reprise en octobre par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les Etats-Unis.

"J'étais comme prisonnière dans Raqa pendant trois ans, sans pouvoir étudier. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour fuir la ville, mais il aurait fallu un miracle", explique-t-elle. "Aujourd'hui, c'est merveilleux d'être de retour en classe parce que c'est ici que l'on construit son avenir."

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