Face à la Russie, l'Estonie réclame des troupes et missiles américains

Face à la Russie, l'Estonie réclame des troupes et missiles américains
La présidente estonienne Kersti Kaljulaid, le 3 avril 2018 à la Maison Blanche, à WashingtonOlivier Douliery
Russie

La présidente estonienne Kersti Kaljulaid a appelé mercredi au déploiement de soldats américains et de missiles Patriot dans son pays, indiquant à l'AFP qu'il était nécessaire de rendre la dissuasion "plausible" face à la Russie.

Dans un entretien coïncidant avec sa visite à la Maison Blanche, la dirigeante conservatrice a estimé que le déploiement de personnels et de matériels américains renforcerait les effectifs de l'Otan déjà stationnés sur place. Une façon de réagir à la position de plus en plus belliqueuse de Moscou.

"Nous voulons nous assurer qu'à la fois les territoires de l'Otan et les soldats de l'Otan sont bien protégés", a expliqué Mme Kaljulaid. "Nous devons nous assurer qu'il y a une défense aérienne et un soutien aérien pour ces troupes, le cas échéant. Nous avons besoin que notre force de dissuasion soit plausible".

Elle a indiqué que le sujet n'avait pas été abordé lors de sa rencontre mardi avec le président américain Donald Trump --d'ordinaire peu favorable au déploiement de ressources militaires américaines à l'étranger-- mais que les discussions entre les deux pays se poursuivaient.

Selon elle, côté américain, le ministre de la Défense Jim Mattis et le vice-président Mike Pence sont les principaux interlocuteurs en la matière.

L'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et son soutien aux séparatistes dans l'est de l'Ukraine ont ravivé les craintes des Etats baltes à l'égard des velléités potentielles de Moscou les concernant.

- Autre dimension -

Avec une population cumulée de tout juste six millions de personnes actuellement, ces trois petits pays --également Lituanie et Lettonie-- ont été annexés par l'Union soviétique pendant la Seconde guerre mondiale. Ils s'en sont libérés lors de son démantèlement en 1991 et ont rejoint à la fois l'Union européenne et l'Otan en 2004.

L'Otan a stationné des soldats britanniques, français et danois en Estonie mais, selon Mme Kaljulaid, l'arrivée de soldats américains donnerait une autre dimension.

"Nous préfèrerions un accord bilatéral pour l'installation permanente de soldats sur la base d'une rotation", a-t-elle expliqué. "Ce serait très utile pour calmer les esprits fébriles".

"Certains pensent que l'Otan met beaucoup de temps à agir mais avec les Etats-Unis ce pourrait être plus rapide", a poursuivi la présidente estonienne.

Des soldats américains participent déjà à la force de l'Otan "Enhanced forward presence" mais elle est positionnée en Pologne.

La Russie s'est récemment lancée dans des manoeuvres en mer Baltique qui ont préoccupé la Suède et perturbé les vols commerciaux de la Lettonie.

"Ce genre d'activité est plutôt sans précédent", a relevé Mme Kaljulaid, estimant que cela s'inscrivait "dans les représailles (russes) après Salisbury" (Royaume-Uni) où a été empoisonné un ex-espion russe début mars. Moscou est considérée comme responsable par la communauté internationale, qui a pris des mesures de rétorsion.

D'après elle, l'Occident doit faire preuve d'une "patience stratégique" face aux ambitions territoriales prêtées à la Russie, avec le maintien voire le renforcement des sanctions économiques.

"Après Salisbury, il y a eu beaucoup de questions sur l'opportunité de faire quelque chose à l'argent russe dans différents pays (...) mais je pense que ce pourrait être quelque chose qui en vaut la peine", a poursuivi la présidente estonienne.

Le président russe Vladimir Poutine, selon elle, "a promis de concentrer son attention sur l'économie russe. J'espère qu'il le fera".

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