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Grèves: en Guadeloupe, les enfants privés d'école plusieurs semaines

Grèves: en Guadeloupe, les enfants privés d'école plusieurs semaines
En Guadeloupe, le mouvement social contre la réforme des retraites, combiné à des revendications contre la baisse des effectifs enseignants, a bloqué une très grande partie des écoles, collèges et lyJULIEN TACK

Depuis le 5 décembre "mon enfant de quatrième n'a eu cours que quatre lundis et deux mercredis": en Guadeloupe, le mouvement social contre la réforme des retraites, combiné à des revendications contre la baisse des effectifs enseignants, a bloqué une très grande partie des écoles, collèges et lycées.

Portes cadenassées, colle dans les serrures : nombreux sont les parents qui, depuis plusieurs semaines, ont trouvé porte close à leur arrivée le matin devant l'école. Une situation qui devrait enfin toucher à sa fin, après l'annonce jeudi soir, de la suspension du mouvement.

La grève avait débuté le 5 décembre, "mais depuis janvier, le mouvement s'est durci", a expliqué Eddy Segur, du syndicat FSU.

Depuis une quinzaine de jours, de nombreuses revendications locales étaient venues renforcer la mobilisation des enseignants. "Nous nous mobilisons contre la réforme des retraites, bien sûr, mais aussi contre la prévision de la suppression de 72 postes", ont expliqué les professeurs du collège Maurice Satineau, à Baie-Mahault, rassemblés devant la grille, tous les matins.

Conséquence, une grande partie des enfants n'allaient plus à l'école depuis plusieurs semaines: "le collège Général-de-Gaulle du Moule est en grève depuis le 4 décembre. Depuis cette date, mon enfant de quatrième n'a eu cours que quatre lundis et deux mercredis. Et encore tous les enseignants n'étaient pas présents", regrette Vincent, un parent d'élève.

"Je vois mon enfant déscolarisé et m'inquiète sérieusement sur son année scolaire", ajoute-t-il, en disant "comprendre le mouvement des enseignants", mais "pas comment l'académie et le gouvernement peuvent laisser pourrir une situation à ce point".

La FSU critiquait notamment la politique locale de l'éducation, dénonçant une "destruction méticuleuse du service public d'éducation dans une académie qui jette hors du système scolaire des milliers d'élèves tous les ans sans diplôme".

Eddy Segur pointe un indice de positionnement social de la Guadeloupe, qui "si l'on était en France hexagonale conduirait à créer 270 postes de titulaires".

- Une baisse démographique -

Le rectorat fait valoir une baisse démographique pour justifier les suppressions de postes. "La baisse des effectifs à la rentrée prochaine (- 902 élèves dans le 1er degré) permet de dégager une soixantaine de postes, dont seulement 16 doivent être rendus au ministère", selon le rectorat.

"La démographie fait qu'il y a moins d'élèves en Guadeloupe. Mais les suppressions de postes ne sont pas proportionnelles à la suppression du nombre d'élèves, cela signifie que le taux d'encadrement en Guadeloupe l'an prochain sera encore amélioré", a affirmé mercredi le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, répondant au Sénat à la sénatrice Victoire Jasmin (PS).

Inquiets de la situation, les quatre députés de Guadeloupe, toutes tendances confondues, ont rencontré mercredi soir le ministre, avec pour objectif de "lui démontrer les spécificités de la Guadeloupe", notamment un "taux d'illettrisme deux fois plus fort" sur l'île, justifiant des efforts en effectifs.

Dans un communiqué jeudi, ils indiquent que "le ministre a suspendu les mesures de suppression de postes", "en attendant les conclusion d'une mission d'inspection générale" envoyée sur place pour examiner les conditions de préparation de la rentrée scolaire 2020.

Une mission parlementaire de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée nationale se rendra également sur place, "pour établir un diagnostic de l'état du système éducatif en Guadeloupe". Enfin, "dans la perspective de la future révision du dispositif d'éducation prioritaire", une commission de négociation mise en place par le recteur "examinera la situation de chaque établissement", précisent les députés.

Conséquences : les organisations syndicales ont appelé jeudi soir à la suspension de leur mouvement de grève, ajoute le rectorat.

Pas sûr que cela fasse changer d'avis Joëlle, maman de deux enfants en CE1 et 5e, qui a décidé de mettre son aînée dans le privé. "Ma fille n'a eu que deux ou trois jours de classe en janvier au collège".

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