L'après-Weinstein suscite aussi des questions au théâtre

L'après-Weinstein suscite aussi des questions au théâtre
Le metteur en scène québécois Robert Lepage au Théâtre de la Ville à Paris le 8 septembre 2015 FLORIAN DAVID

Il y a quelques mois, le célèbre metteur en scène québécois Robert Lepage n'aurait jamais pensé qu'il se poserait des questions en répétant avec une actrice nue, sa pièce autour du marquis de Sade.

"Je lui ai dit: +écoute, si dans les répétitions j'ai fait quelque chose de déplacé, tu me le dis+", raconte à l'AFP l'artiste de 60 ans qui présente sa pièce "Quills" au Théâtre de la Colline à Paris.

Une réflexion qui ne lui avait jamais traversé l'esprit avant le débat international sur le harcèlement sexuel dans la foulée des accusations contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein.

En 2016, Lepage monte avec Jean-Pierre Cloutier "Quills" (plumes), une adaptation en français de la pièce de l'Américain Doug Wright, inspirée de la vie du marquis de Sade connu surtout pour ses écrits pornographiques au XVIIIe siècle.

Mais deux ans plus tard, en répétant récemment la pièce où il campe l'aristocrate accusé de débauche, le contexte avait changé.

- 'Jusqu’où peut-on aller ?' -

"Une pièce que vous avez montée en 2016, comment ça s'inscrit en 2018? On découvre un débat qui n'était pas", souligne l'artiste multidisciplinaire.

"On n'a jamais eu de réflexion là-dessus... on est devenu sensible à ça", confie-t-il.

Dans "Quills", Lepage joue une scène de sexe avec une actrice. Les deux comédiens sont complètement nus sur une croix.

"On est très souvent dans les salles de répétition nus, en train de s'embrasser, donc on est dans des situations très intimes où les gens sont très vulnérables", affirme Robert Lepage connu pour un style de mise en scène très visuel.

"On ne sait pas si l'autre est à l'aise ou pas, jusqu'où on peut aller, et si le geste est gratuit", dit-il. "Alors imaginez-vous dans ce contexte, on fait entrer un prédateur", en l'occurrence le marquis de Sade.

Philosophe, homme de lettres et romancier, le marquis de Sade --d'où le mot sadisme tire son origine-- a été pendant longtemps voué aux gémonies en raison du caractère pornographique et violent de ses écrits qui lui vaudront d'être emprisonné ou mis dans un asile sous tous les régimes: la monarchie, la République, le Consulat et l'Empire.

"Ma vraie plume se situe entre mes cuisses" ou encore "les voeux de chasteté font une moquerie de l'homme", proclame l'aristocrate qui dit tirer son bonheur de "faire éclater les conventions".

- 'Dépravé', 'libidineux' -

"Quills" retrace les derniers jours imaginaires du marquis, pensionnaire de l'asile de Charenton, d'où il continue de faire publier ses récits sulfureux malgré les tentatives des autorités de "purifier de la puanteur de l'indécence" cet être "dépravé", "licencieux" et "libidineux".

Pour le metteur en scène, la pièce écrite dans les années 90 est plus actuelle que jamais, avec la dénonciation d'abus sexuels qui fait la une de la presse mondiale.

"Les artistes ont toujours la prétention de faire une chose qui va être actuelle, mais ne soupçonnent pas qu'elle est plus actuelle qu'on ne le voulait", affirme-t-il avec un sourire.

"Quills" prend donc "des connotations différentes avec tout ce qui se passe avec le hashtag #moiaussi(#MeToo)", conclut Robert Lepage.

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