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L'armée prend le commandement de la sécurité de Rio

L'armée prend le commandement de la sécurité de Rio
Des soldats de l'armée brésilienne fouillent un résident lors d'une opération conjointe à la favela "Cidade de Deus" à Rio de Janeiro, le 7 février 2018MAURO PIMENTEL

Le président brésilien Michel Temer a pris des "mesures extrêmes" face à la flambée de la violence et à l'insécurité croissante à Rio de Janeiro, décrétant vendredi le transfert à l'armée du commandement des forces de sécurité de cet Etat.

"Le crime organisé à quasiment pris le contrôle de Rio. C'est une métastase qui se propage dans notre pays et menace la tranquillité de notre peuple", a déclaré le chef de l'État au cours de la cérémonie de signature du décret, qui prend effet immédiatement mais doit encore être approuvé par le Parlement dans les dix jours.

Intitulée "intervention fédérale dans la sécurité" de Rio, cette mesure inédite depuis la fin de la dictature militaire (1985) implique notamment que toutes les forces de police --qui dépendent au Brésil de chaque Etat -- seront placées sous l'autorité de l'armée, donc de Brasilia.

"Je prends ces mesures extrêmes parce que les circonstances l'exigent. Le gouvernement apportera des réponses fermes pour éradiquer le crime organisé (...) Nous ne pouvons pas accepter passivement la mort d'innocents", a ajouté M. Temer.

Cette décision a été prise au lendemain du carnaval de Rio, qui a vu une multiplication des agressions et vols à main armée, alors que près de 1,5 million de touristes étaient venus faire la fête dans la "Ville merveilleuse".

La mission de l'armée se prolongera jusqu'à la fin du mandat du président Temer, le 31 décembre.

Le chef de l'État a annoncé que les opérations seraient dirigées par le général Walter Souza Braga Neto, qui avait déjà été à la tête du dispositif de sécurité des jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

- Carnaval violent -

Le ministre de la Défense Raul Jungmann a jugé "inadmissibles et inacceptables" mercredi les scènes de violence ayant émaillé le célèbre carnaval qui s'est achevé ce jour même.

Fin janvier, il avait reconnu que le système de sécurité du pays était "en faillite".

Le gouverneur de l'État de Rio, Luiz Fernando Pezao, avait fait de son côté un mea culpa, reconnaissant que les autorités locales n'étaient "pas prêtes".

"La confusion totale et le manque de coordination des forces de sécurité pendant le carnaval" ont servi de déclencheur à la prise de cette décision du président Temer, estime David Fleischer, professeur de sciences politiques de l'Université de Brasilia.

Mais d'autres facteurs entrent en ligne de compte, selon lui. Fortement impopulaire, le chef de l'Etat fait face à de graves accusations de corruption et peine à faire adopter une réforme des retraites réclamée par les marchés.

"Temer est en train de faire beaucoup de choses pour détourner l'attention", estime le professeur.

Selon le ministre de la Défense, le décret va permettre de mettre en place "un système de sécurité plus robuste, mieux coordonné, avec un meilleur service du renseignement".

M. Jungmann a toutefois souligné que les soldats ne se substitueraient pas à la police sur le terrain, mais fourniraient un appui logistique.

- 'Assainir la police' -

La police s'étant révélée incapable de contrôler l'escalade de la violence à Rio après les JO-2016, le gouvernement fédéral avait déjà envoyé en juillet 8.500 militaires en renfort. Sans effet notable à ce jour.

Une dizaine d'opérations coup de poing avec le soutien militaire dans diverses favelas n'ont pas suffi à éradiquer la violence imposée par les gangs de narcotrafiquants. L'an dernier, 18 homicides ont été enregistrés chaque jour dans l'Etat en moyenne.

La sécurité est également compromise par la grave crise financière qui touche un Etat de Rio au bord de la faillite, les policiers étant souvent payés avec des mois de retard.

Pour Arthur Trindade, professeur d'université et ancien secrétaire à la sécurité de Brasilia, le principal objectif du décret est "d'assainir" une police minée par les problèmes de corruption.

"Avec ces mesures, il est possible que les factions de narcotrafiquants fassent profil bas pendant quelques mois, dans la mesure où la police prend aussi part à la guerre des gangs", conclut-il.

L'État de Rio est la première destination touristique et le troisième Etat le plus peuplé du Brésil, avec environ 16 millions d'habitants, 6,5 millions d'entre eux habitant dans la capitale, Rio de Janeiro.

Après le retour à la démocratie, l'Etat a eu recours aux forces armées pour de grands événements, sportifs notamment, mais pas sur une telle durée.

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