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Le président ukrainien face à la rue pour sa réforme fiscale

 
 

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, élu au début de l'année, est confronté avec les manifestations contre sa réforme fiscale aux protestations les plus importantes depuis la Révolution orange de 2004 qui avait amené au pouvoir son rival pro-occidental Viktor Iouchtchenko.

La contestation, déclenchée par le projet gouvernemental d'un nouveau code fiscal adopté le 18 novembre, a rassemblé des milliers de chefs des petites et moyennes entreprises à travers le pays.

"Le nouveau pouvoir s'est retrouvé pour la première fois face à la révolte", constate l'hebdomadaire indépendant Korrespondent.

Après avoir à plusieurs reprises manifesté à Kiev et dans des centres régionaux, les opposants à la réforme fiscale ont lancé lundi une action permanente sur la place centrale de la capitale, le Maïdan, haut lieu de la Révolution orange.

Venus de tous le pays, les protestataires ont installé un petit camp de toile pour y rester jour et nuit, insistant sur l'abrogation du texte.

Le gouvernement assure que le nouveau code est "le plus libéral en Europe", vantant une baisse de certains impôts.

Cependant, pour de nombreux analystes et les milieux d'affaires, ce document augmente la pression fiscale sur les PME et les particuliers, ne l'allégeant que les grandes entreprises, dont des patrons figurent parmi les membres du parti présidentiel.

Le code renforce aussi les pouvoirs de l'administration fiscale, alors que celle-ci est déjà régulièrement accusée d'arbitraire à l'égard des entreprises.

Hésitante, la présidence a fait preuve de prudence. "Le président est extrêmement inquiet" et se prononcera après avoir étudié le dossier, a déclaré la chef adjointe son administration Irina Akimova, après avoir rencontré des protestataires jeudi.

Même si son ampleur est loin d'égaler celle de la Révolution orange, la nouvelle contestation est devenue "une surprise désagréable pour la présidence", commente le politologue Volodymyr Fessenko, directeur de l'Institut des problèmes de la gestion.

Il y voit une "erreur" de l'équipe au pouvoir qui tend à "sous-estimer l'opinion publique" et ne communique guère avec ses citoyens.

"Il s'agit de l'héritage soviétique: +le pouvoir sait lui-même quoi faire+" mais aussi de la mentalité des milieux politico-industriels de l'Est russophone du pays dont le président est issu, estime M. Fessenko.

"Quels accords, quels compromis? Contraindre à obéir, voilà leur algorithme, qui résulte d'un manque de communication", dit-il.

Or le camp présidentiel s'est retrouvé dans une situation délicate.

Les autorités "ne savent que faire: recourir à la force ou trouver un compromis", relève l'éditorialiste ukrainien Vitali Portnikov dans une tribune publiée sur son blog.

D'une part, le gouvernement a besoin d'améliorer sa discipline financière pour continuer d'obtenir l'aide financière du Fonds monétaire international (FMI) nécessaire pour ce pays de 46 millions d'habitants qui peine à sortir de la crise économique.

De l'autre, il risque de perdre sa popularité. D'autant plus que ces protestations ont pour la première fois uni l'Ouest pro-occidental du pays et l'Est russophile autour d'une cause commune.


 




 

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