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Le rappeur MV Bill, la voix des favelas du Brésil

 
 

Depuis le début de sa carrière, en 1988, le rappeur brésilien MV Bill a vu défiler beaucoup de gouvernements, mais "aucun n'a su résoudre les problèmes des favelas", surtout pas celui du président d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Lui-même issu d'une favela de Rio de Janeiro, la Cité de Dieu, rendue célèbre par le film éponyme sorti en 2002, il compare les habitants de ces quartiers pauvres à des "cafards" victimes d'un "gouvernement insecticide".

Ces paroles choc sont issues du dernier album du rappeur de 47 ans, "Voando Baixo" ("Vol en rase-motte"), lancé fin avril, la chronique d'un Brésil miné par la violence et la pandémie de coronavirus.

De son vrai nom Alex Pereira Barbosa, ce pionnier du hip hop brésilien s'autoproclame "Messager de la Vérité", l'origine des initiales "MV" de son nom d'artiste.

À un an et demi de la présidentielle de 2022, il ne manque pas d'épingler Jair Bolsonaro: "chaque politique erronée a un impact direct sur nos vies, surtout pendant une pandémie", dit-il à l'AFP, en allusion à la gestion chaotique de la crise sanitaire qui a fait plus de 436.000 morts au Brésil.

Mais les prédécesseurs du dirigeant d'extrême droite en prennent également pour leur grade.

"Aucun des présidents brésiliens n'est parvenu à résoudre le problème des favelas, les habitations précaires, la violence, la police corrompue, les hôpitaux et les écoles qui ne fonctionnent pas", déplore-t-il.

"J'ai des chansons qui dénonçaient déjà tout ça en 1999 (...) et restent d'actualité aujourd'hui. Les paroles de mes nouveaux titres portent sur des problèmes qui existaient déjà sous les gouvernements précédents", confie-t-il.

- Reprises sur TikTok -

Pour MV Bill, les habitants de la favela doivent prendre leur destin en main en participant davantage à la vie politique.

"C'est nous qui devons changer la donne, avec des gens normaux se portant candidats pour entrer dans les sphères de pouvoir. Et il faut arrêter de voter pour des gens qui ne nous représentent pas", insiste-t-il.

MV Bill ne se contente pas de dénoncer la dure réalité des favelas en rappant. Il agit au quotidien pour tenter de redonner l'espoir aux habitants de ces quartiers dans tout le Brésil, notamment par le biais de la Centrale Unique des Favelas (CUFA), dont il est un des cofondateurs.

Cette ONG vient en aide aux populations les plus vulnérables et organise des d'activités sportives et culturelles pour les jeunes.

Rappeur touche-à-tout, MV Bill mène aussi de nombreux projets dans l'audiovisuel, en tant qu'acteur, producteur et réalisateur.

Son documentaire "Faucons, les enfants du trafic", de 2006, a remporté le Prix du Roi d'Espagne de journalisme international.

Privé des revenus issus de concerts à cause de la pandémie, il gagne sa vie grâce aux rémunérations des plateformes numériques.

"Ça me permet de survivre, de payer les factures, mais aussi d'investir dans la composition de nouvelles chansons", explique le rappeur, qui produit ses albums de façon indépendante, sans maison de disque.

Et le succès est toujours au rendez-vous, avec plus d'1 million d'auditeurs mensuels sur Spotify.

"Je dépends totalement de mes fans", résume-t-il.

MV Bill est parvenu à atteindre un public plus jeune grâce à l'application TikTok, où des milliers d'internautes se mettent en scène dans des vidéos avec ses chansons en fond sonore.

Plus de 318.000 vidéos ont par exemple été créées à partir de sa chanson "Estilo Vagabundo 3" (style de voyou 3), sur les problèmes de couple.

- Pieds sur terre -

Mais ce succès auprès des nouvelles générations ne l'empêche pas de garder un style de l'ancienne école, à contre-courant des tendances du rap actuel "qui parle le plus souvent d'argent, de bling-bling, de femmes-objets, de biens matériels, d'alcool ou de fumette".

"Je n'ai rien contre ces sujets, mais le hip hop, c'est bien plus que ça", précise-t-il.

Le titre de son dernier album "Vol en rase-motte" est une alternative aux expressions comme "je veux voler haut" ou "je veux être au top", très présentes dans le rap actuel.

"C'est légitime que les jeunes veuillent s'envoler. Voler, c'est rêver. Mais on peut décoller tout en gardant les pieds sur terre", conclut-il.


 




 

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