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Fin d'une journée d'élections locales en Russie, test pour le soutien à Poutine

Russie

Les bureaux de vote ont fermé dimanche à Moscou et dans la plupart des régions de Russie après une journée d'élections locales qui permettront surtout de mesurer le soutien des Russes aux candidats pro-Kremlin et à Vladimir Poutine, après un été de manifestations durement réprimées.

Les résultats définitifs ne seront connus que lundi mais la participation s'annonce décevante dans la capitale russe, où seuls 17,2% des électeurs s'étaient déplacés à 18H00.

Tous les yeux étaient rivés sur Moscou, où des manifestations de dizaines de milliers de personnes ont eu lieu tout l'été à l'appel de l'opposition, dont les candidats avaient été écartés du scrutin.

Plusieurs milliers de manifestants ont été arrêtés au cours de ces manifestations quasi hebdomadaires et si la plupart ont été rapidement libérés, cinq ont été condamnés à de lourdes peines de prison cette semaine.

Dimanche, le seul incident a été l'arrestation d'une quinzaine de personnes parmi lesquels l'ex-Pussy Riot Maria Alekhina et le journaliste Ilia Azar, après une action en faveur des manifestants condamnés.

L'opposant Alexeï Navalny avait appelé les électeurs à "voter intelligemment" en soutenant, faute de candidats de l'opposition libérale, les candidats en lice les mieux placés pour battre les candidats du Kremlin. "Aujourd'hui, nous nous battons pour détruire le monopole de Russie Unie", le parti du pouvoir, a-t-il déclaré en votant.

Russie Unie, créé en 2001 pour soutenir Poutine, a vu sa popularité s'effondrer ces dernières années et aucun des candidats favorables au Kremlin ne s'est en fait présenté sous les couleurs du parti à Moscou.

Les résultats seront suivis de près avant les législatives de 2021 et contribueront à façonner l'avenir politique de la Russie, an moment où Vladimir Poutine entame sa troisième décennie au pouvoir, son dernier mandat devant s'achever en 2024.

A Moscou, environ 7,2 millions d'électeurs étaient inscrits pour élire 45 députés au Parlement de la ville, fidèle au maire pro-Kremlin Sergueï Sobianine.

- "Détruire le monopole" -

"Le sens de ces élections - transformées en cirque avec l'interdiction de candidats - est de vaincre ceux que les autorités veulent faire élire", a déclaré Andreï Iliadi, un spécialiste en informatique.

L'avocate Lioubov Sobol, une des meneuses du mouvement de contestation de l'été, a voté près de son domicile du sud de Moscou. "Bien sûr, personne ne veut aller voter car leurs candidats n'ont pas été autorisés à se présenter", a-t-elle assuré. "Ce sont les funérailles de ne serait-ce qu'un semblant d'élections démocratiques".

Vladimir Poutine a, lui, voté à l'Académie des Sciences. "Ce qui est important, ce n'est pas la quantité, c'est la qualité" des candidats, a-t-il dit.

En marge de l'élection, l'agence russe de surveillance des télécoms et médias russes (Roskomnadzor) a accusé Google, Facebook et YouTube d'ingérence "inacceptable" dans l'élection pour avoir diffusé des publicités politiques le jour du vote.

Pour la plupart non autorisées, les manifestations de l'été ont donné lieu à près de 2.700 interpellations à Moscou, du jamais vu depuis la vague de protestations de 2011-2012 qui avait précédé le retour de Poutine à la présidence après un mandat de Premier ministre.

Pratiquement toutes les figures de l'opposition ont reçu de courtes peines de prison et cinq manifestants ont écopé de lourdes peines pour "violences" envers les forces de l'ordre, allant jusqu'à quatre ans de prison.

- "Voter par inertie" -

En tout, plus de 5.000 scrutins ont lieu dans le pays dimanche. Les Russes élisent 16 gouverneurs régionaux et les parlementaires locaux de 13 régions, dont la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014.

Les résultats provisoires dans les régions de Sakhaline et de Transbaïkalie, à l'est du pays et qui comptaient parmi les premières à voter, donnent une large avance des candidats pro-Kremlin.

A Saint-Pétersbourg notamment, la campagne a été très vive, le Kremlin soutenant l'impopulaire gouverneur par intérim, Alexandre Beglov.

Le taux de participation était là aussi très faible et plusieurs mouvements d'opposition ont fait état de grossières violations électorales, interviewant des électeurs affirmant avoir été payés pour voter ou filmant en cachette des bourrages d'urne.

Dans la cité impériale de cinq millions d'habitants, Sergeï Antonov, 45 ans, affirme que "tout ceci est une formalité, je suis venu par inertie, j'ai voté, mais je ne crois pas que quelque chose va changer".

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