Milos Zeman réélu président tchèque, l'orientation du pays en question

Milos Zeman réélu président tchèque, l'orientation du pays en question
Le nouveau président tchèque Milos Zeman le 27 janvier 2018 à PragueRADEK MICA

La victoire samedi du président populiste tchèque Milos Zeman sur son rival pro-européen Jiri Drahos, aussitôt saluée par Moscou et Pékin, risque d'orienter ce pays de l'UE davantage vers l'Est et de creuser l'incertitude sur le futur gouvernement.

La réélection de M. Zeman, 73 ans, pro-russe, pro-chinois et anti-migrants, "risque d'affaiblir nos liens du côté occidental et de renforcer en revanche ceux avec l'Est", estime le politologue Josef Mlejnek, interrogé par l'AFP.

"Il ne s'agit pas seulement d'une orientation directe sur la Russie et la Chine, mais aussi d'une possible coopération plus étroite avec la Hongrie et la Pologne, également réticentes face aux quotas (de répartition des migrants prônés par l'UE)", précise-t-il.

Réélu pour son second quinquennat, M. Zeman a obtenu 51,36% des suffrages contre 48,63% à l'académicien Jiri Drahos, 68 ans, avec un taux de participation de 66,6%.

La peur des migrants et le refus des quotas préconisés par Bruxelles ont joué un rôle prépondérant dans le succès de M. Zeman qui qualifie l'afflux de migrants en Europe d'"invasion organisée" et de "bouillon de culture propice à des attaques terroristes.

- Imbroglio gouvernemental-

La question de la future orientation de la politique étrangère du pays s'accompagne de l'imbroglio autour de la formation du nouveau gouvernement qui traîne depuis les législatives d'octobre, dans ce pays profondément divisé.

"L'orientation pro-russe et pro-chinoise de M. Zeman est surtout déterminée par son entourage et par les représentants d'importants groupes économiques qui l'accompagnent en Russie et en Chine", rappelle M. Mlejnek.

"Ceci aura un impact sur la formation du gouvernement, ces groupes voudront y avoir leur influence", estime-t-il.

M. Zeman a été jusqu'à présent toujours favorable à l'action du milliardaire populiste Andrej Babis, deuxième fortune du pays, dont le mouvement centriste ANO a remporté les législatives d'octobre, s'assurant 78 des 200 sièges à la chambre basse.

Un gouvernement minoritaire de M. Babis composé de ministres d'ANO et d'experts sans étiquette a été rejeté sans merci le 16 janvier par les députés de tous les huit autres formations.

Ces partis voient d'un mauvail oeil l'inculpation du Premier ministre pour fraude aux subventions européennes, une affaire remontant à 2007-08.

Après la démission formelle de M. Babis mercredi, le président, pas encore sûr de sa ré-élection, l'a chargé d'engager des négociations pour former un nouveau gouvernement.

"Milos Zeman a maintenant atteint son objectif et n'aura plus besoin d'Andrej Babis. Si j'étais à la place de ce dernier, je serais vigilant plutôt qu'heureux", estime l'analyste Jiri Pehe.

"Je pense que la ferme alliance entre Zeman et Babis touche petit à petit à sa fin", a-t-il dit à l'AFP.

M. Zeman revendiquera avec encore plus de véhémence son mot à dire dans le processus de formation du gouvernement et voudra y introduire des gens s'identifiant à sa politique, estime M. Mlejnek.

- Exercice acrobatique -

M. Zeman souhaite désormais que M. Babis s'assure le soutien d'au moins 101 des 200 députés, avant sa deuxième désignation. Il a offert samedi au Premier ministre démissionnaire suffisamment de temps pour négocier avec les autres partis.

"Traduit du tchèque en tchèque, cela peut signifier que Zeman ne nommera pas le gouvernement tant qu'il ne sera pas content de sa composition. Babis devra ainsi faire attention aux noms qu'il choisira", commente le journal Dnes.

La mise sur pied d'un gouvernement viable s'annonce comme un exercice acrobatique pour M. Babis.

Les partis qu'il veut attirer, dont surtout la formation de droite ODS (une alliance ANO-ODS disposerait d'une majorité de 103 des 200 élus), ne sont pas enclins à se laisser séduire.

En revanche ceux qui s'offrent à lui, le SPD d'extrême-droite et anti-UE et le parti communiste KSCM, ne sont pas bienvenus, M. Babis ne voulant pas mettre en question l'appartenance du pays à l'UE.

Un point d'interrogation plane sur la position du parti social-démocrate CSSD au sein duquel un groupe ouvert à une coalition avec ANO semble se dessiner.

Mais ANO et CSSD ne disposeraient ensemble que de 93 sièges à la chambre basse et auraient encore besoin du soutien d'au moins un autre parti, par exemple des communistes, assez favorables au président réélu.

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