Présidentielle tchèque: duel serré jusqu'au bout entre un pro-russe et un pro-européen

L'issue de l'élection présidentielle tchèque demeurait incertaine à la clôture du vote samedi, après un duel serré entre le chef de l'Etat sortant, le pro-russe Milos Zeman, et l'académicien pro-européen Jiri Drahos.

Le résultat du scrutin au suffrage universel direct devait être connu entre 16H00 et 17H00 GMT, selon le ministère de l'Intérieur.

Mettant en lice deux candidats radicalement différents, le scrutin a polarisé la société tchèque, notamment autour de la question de l'immigration et de l'orientation de la politique étrangère du pays membre de l'Otan depuis 1999 et de l'Union européenne depuis 2004.

Connu aussi pour ses opinions pro-chinoises et anti-immigration, M. Zeman, 73 ans, bénéficie notamment du soutien des milieux ruraux et des travailleurs manuels, tandis que M. Drahos ex-patron de l'Académie des sciences âgé de 68 ans, est le candidat préféré des milieux intellectuels et des grandes villes.

Le scrutin, étalé sur deux jours, était marqué par une forte mobilisation des électeurs: environ la moitié des inscrits ont voté à l'issue de la première journée, soit 10 points de plus qu'au premier tour les 12 et 13 janvier.

"Tout porte à croire que le taux de participation dans notre circonscription sera encore plus élevé qu'au premier tour où il s'est chiffré à 77,1%", a indiqué à l'AFP un membre de la commission électorale dans le quartier pragois de Troja.

A l'échelle du pays, le taux de participation final s'était établi à 61,9% au premier tour.

- Fermeté -

Pour la retraitée pragoise Jarmila Krcmova, M. Zeman représente une "certitude" car il est un "expert en politique qui s'y connaît déjà".

"J'apprécie sa fermeté et le fait qu'il négocie des contrats avantageux en Russie et en Chine", assure-t-elle.

Marie Svarcova partage cet avis: "Milos Zeman a certes déjà son âge, mais il reste ferme dans ses opinions, il n'est pas un fanfaron qui prend des virages politiques".

En revanche, le peintre Petr Vasicek n'apprécie "pas du tout" l'orientation pro-russe et pro-chinoise du président sortant et ne s'inquiète pas quant à un manque d'expérience politique de son rival. "Jiri Drahos va sûrement s'entourer de collaborateurs compétents, mais il va se débrouiller aussi lui-même, il est instruit et intelligent".

"En tant que chef de l'Académie des Sciences, Jiri Drahos a eu beaucoup d'entretiens avec les politiciens et je suppose qu'il avait acquis pas mal d'expériences en ce qui concerne l’aptitude à affronter les intrigues politiques", estime l'avocat Michal Diamant.

- Russie et immigration -

Les relations de la République tchèque avec la Russie ont largement occupé jeudi soir l'ultime duel télévisé des candidats, suivi par un Tchèque sur quatre.

"La Russie ne représente pas un risque sécuritaire pour la République tchèque", a insisté le président sortant. "Bien sûr que si", a rétorqué M. Drahos, ajoutant que la "doctrine militaire russe qualifie l'Otan de son principal ennemi et nous sommes membres de l'Otan".

Dans un pays majoritairement opposé à l'accueil des migrants, M. Zeman - souvent taxé de populiste - n'a manqué aucune occasion durant la campagne pour attaquer son rival sur ce thème.

Dans tout le pays, les affiches de campagne du président sortant proclament "Halte aux immigrants et à Drahos. Ce pays est à nous! Votez Zeman!".

Le scrutin s'est déroulé aussi sur fond de problèmes du gouvernement minoritaire du milliardaire populiste Andrej Babis, allié de M. Zeman.

Inculpé pour fraude aux subventions européennes, il n'a pas réussi à obtenir la confiance du Parlement et a présenté la semaine dernière au président la démission formelle du cabinet.

M. Zeman s’est déjà dit prêt à le désigner pour la deuxième fois pour tenter de former un gouvernement, avant même la fin de son mandat actuel le 8 mars, alors que M. Drahos se déclare hostile à l’idée d'avoir un Premier ministre poursuivi en justice.

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