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Protestations sociales au Soudan: un étudiant tué, des bâtiments incendiés

Protestations sociales au Soudan: un étudiant tué, des bâtiments incendiés
ASHRAF SHAZLY

Un étudiant a été tué jeudi lors de protestations contre la hausse du prix du pain dans plusieurs villes du Soudan, au deuxième jour de manifestations sociales dans ce pays à l'économie exsangue, selon un responsable et des témoins.

Des manifestants en colère ont mis le feu au siège du Parti du congrès national du président Omar el-Béchir dans les villes d'Al-Gadaref (est) et de Dongola (nord), ont précisé les témoins.

Les protestations se sont étendues à la capitale Khartoum et sa ville jumelle Oumdourman, où des étudiants ont manifesté par centaines en bloquant les rues menant à leurs universités avant d'être dispersés par les forces anti-émeutes qui ont tiré des gaz lacrymogènes, ont indiqué les témoins.

De nombreux étudiants participent à ces manifestations que les forces de l'ordre tentent de disperser à coups de matraques ou de gaz lacrymogènes et qui ont éclaté après l'annonce par le gouvernement mardi d'une hausse du prix du pain dans un pays où le coût de certaines denrées a plus que doublé ces derniers mois.

Le député de l'Etat d'Al-Gadaref, Moubarak al-Nour, a déclaré à l'AFP que "la situation dans la ville est hors de contrôle", appelant les autorités "à ne pas recourir à la force face aux manifestants" et ces derniers "à exercer leur droit de manifester de manière pacifique".

Un étudiant, Mouayed Ahmed Mahmoud, "est tombé en martyr" durant les manifestations, a-t-il dit sans préciser les circonstances de sa mort.

La famille de la victime a confirmé son décès.

Des sources médicales ont fait état de 15 blessés, dont certains grièvement, qui ont été transportés à l'hôpital d'Al-Gadaref, à 500 km à l'est de Khartoum. Elles n'ont pas non plus précisé l'origine de leurs blessures.

Selon un habitant de la ville, Al-Tayeb Omar Bachir, des centaines de manifestants "ont lancé des pierres sur les banques et ont détruit des voitures".

Ils ont ensuite mis le feu au siège du parti au pouvoir avant de se rassembler devant le commissariat où ils ont scandé "Liberté, Liberté", et "le peuple veut la chute du régime".

- Couvre-feu -

Dans la ville de Dongola, à 500 km au nord de Khartoum, les manifestants, dont des étudiants, ont "attaqué le siège du parti au pouvoir et y ont mis le feu", a indiqué un témoin joint par l'AFP au téléphone.

Et dans la ville d'Atbara (est), où les autorités ont instauré un couvre-feu nocturne la veille après que les manifestants ont incendié le siège du même parti, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

La veille, les manifestations avaient touché les villes de Port-Soudan, principal port du pays situé à 1.000 km à l'est de Khartoum, d'Atbara, et de Nhoud (ouest).

Dans un contexte de difficultés économiques croissantes avec une inflation de près de 70% et une plongée de la livre soudanaise face au dollar américain, le gouvernement a augmenté le prix du pain de 1 à 3 livres soudanaises (environ 2 centimes d'euros à 6 centimes d'euros) ou de 1 à 5 livres selon les régions.

Depuis trois semaines, une pénurie de pain touche les villes du Soudan, dont Khartoum.

En janvier, des manifestations contre la hausse du coût des denrées alimentaires avaient été rapidement matées par les autorités qui ont arrêté des leaders de l'opposition et des militants.

Jusqu'à l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, le Soudan disposait d'importantes réserves d'or noir. Mais avec la scission, le pays a été amputé des trois quarts de ces ressources.

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