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Report du procès de militantes saoudiennes des droits humains

Report du procès de militantes saoudiennes des droits humains
Photo d'archives datant du 27 septembre 2016 de la militante saoudienne Aziza al-Youssef à Ryad, en Arabie saouditeFAYEZ NURELDINE

Un tribunal saoudien a reporté mercredi une importante audience dans le procès de 11 militantes des droits humains, quelques jours après l'annonce de nouvelles arrestations qui suscitent des critiques internationales.

Onze femmes, dont la militante Loujain al-Hathloul, qui a accusé ses interrogateurs d'abus sexuels et de torture pendant près d'un an en détention, sont jugées notamment pour contacts avec des médias étrangers, des diplomates et des organisations de défense des droits humains.

Un panel de trois juges d'un tribunal pénal de Ryad devait répondre aux arguments de la défense, présentés par ces femmes au début du mois.

Mais, mercredi matin, des policiers ont bloqué l'entrée aux journalistes et aux diplomates en annonçant que l'audience était reportée.

Aucune explication n'a été donnée et personne n'a su immédiatement quand le procès reprendrait.

"Nous apprenons que le procès #WomensRightsDefenders ne s'est pas tenu aujourd'hui pour des raisons qui ne sont pas connues", a déclaré sur Twitter ALQST, organisation basée à Londres et active sur les questions de droits humains en Arabie saoudite.

Les autorités de Ryad ont fait l'objet de pressions occidentales pour qu'elles libèrent ces militantes, dont la plupart ont été arrêtées il y a près d'un an dans le cadre d'une campagne de répression ayant précédé la levée historique d'une interdiction de conduire pour les femmes.

Trois d'entre elles --la blogueuse Eman al-Nafjan, la professeure retraitée Aziza al-Youssef et une autre universitaire, Rokaya al-Mohareb-- ont été libérées le 28 mars au lendemain de la deuxième audience du procès. Il s'agissait d'une libération temporaire qui ne les dispense pas d'assister au procès.

Début avril, les autorités saoudiennes ont arrêté au moins neuf écrivains, universitaires et blogueurs, dont deux ressortissants saoudo-américains, qui avaient pris position en faveur des militantes jugées, selon des activistes.

- Familles inquiètes -

Les familles des personnes nouvellement arrêtées sont "très inquiètes" car elles n'ont reçu aucune information sur le sort des détenus, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

Mercredi dernier, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a affirmé avoir pressé le royaume saoudien de libérer les citoyens américains.

M. Pompeo, qui d'ordinaire se montre prudent lorsqu'il fait part d'inquiétudes concernant l'Arabie saoudite, alliée de Washington, a dit avoir personnellement parlé avec des responsables saoudiens "de chaque Américain dont nous savons qu'il a été arrêté à tort".

Les autorités saoudiennes n'ont fait aucune déclaration sur les arrestations.

Cette vague de répression est la première depuis l'assassinat en octobre de l'éditorialiste et opposant saoudien Jamal Khashoggi au consulat du royaume à Istanbul, qui a suscité un tollé sans précédent à travers le monde.

"Les autorités saoudiennes doivent mettre fin au malheur des militantes et de leurs familles. Elles doivent immédiatement les libérer et abandonner les charges ridicules qui pèsent contre elles", a déclaré à l'AFP Samah Hadid, directrice des campagnes d'Amnesty International au Moyen-Orient.

"Le monde entier suit le procès et maintiendra la pression jusqu'à ce que les femmes soient libérées", a-t-elle ajouté.

Plusieurs accusées envisagent de demander aux juges de convoquer les contacts étrangers cités dans les chefs d'accusation, dont des journalistes et des diplomates, pour témoigner au procès, selon une source qui suit de près les audiences.

Des membres de la famille de Loujain al-Hathloul, basés à l'étranger, ont déclaré subir des pressions de la part de personnes proches de l'Etat saoudien pour qu'ils gardent le silence sur son traitement en détention.

Des proches de l'establishment saoudien ont averti que les critiques publiques des membres de famille pourraient prolonger la détention des militantes.

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