En ce moment
 

Vivant comme mort, la chaotique histoire du conquistador Hernan Cortés

Vivant comme mort, la chaotique histoire du conquistador Hernan Cortés
Plaque commémorative sur la tombe où reposent les restes d'Hernan Cortés, dans l'église de l'Immaculée Conception à Mexico, le 26 mars 2019 Alfredo ESTRELLA

Le corps d'Hernan Cortés, le conquérant qui a imposé trois siècles de domination de la Couronne espagnole sur le Mexique, gît oublié dans une église de Mexico, rappel silencieux du passé liant les deux pays, à l'heure où le débat resurgit sur son héritage.

La façon dont les restes du célèbre conquistador (1485-1547) sont arrivés là est aussi chaotique que la conquête elle-même, lancée il y a 500 ans par le jeune Cortés, rejeton aventurier d'une famille d'Estramadure (sud-ouest de l'Espagne).

Le choc violent entre le Nouveau et l'Ancien monde a de nouveau fait la Une des journaux cette semaine lorsque le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a demandé au roi d'Espagne et au pape François des excuses pour les abus commis pendant la Conquête. Une demande sèchement refusée par Madrid, tandis que le Vatican a estimé que le débat était clos après les excuses réitérées de plusieurs papes.

"Les restes de Cortés ont une histoire très complexe et romanesque", rappelle l'historien mexicain Miguel Pastrana, de l'Université nationale autonome de Mexico.

Cortés est un trentenaire rebelle lorsqu'il entame la Conquête en 1519. Il commence par désobéir à son chef, le gouverneur de Cuba, Diego de Velazquez, qui lui a demandé de rester sur l'île. Une fois arrivé sur la côte mexicaine, il détruit sa flotte, ne laissant à ses hommes d'autre choix que de le suivre.

Aidés par ses chevaux, ses armes à feu et... la variole, absente du continent américain à cette époque, il réussit, en faisant alliance avec des factions locales, à faire chuter l'Empire aztèque.

Il dirige la nouvelle colonie pendant plusieurs années, avant de mourir en Espagne en 1547, malade et criblé de dettes.

- "Jetés et piétinés" -

Dans ses dernières volontés, il demande à sa famille qu'elle fasse édifier un couvent dans le sud de Mexico où il souhaite être enterré. Mais ses héritiers décident finalement de l'enterrer dans un monastère de Séville où, trois ans plus tard, sa dépouille est déplacée un peu plus loin pour faire de la place à un noble local.

Mais ce n'est qu'un début. La famille Cortés fait envoyer le corps en 1566 en Nouvelle Espagne, qui comprend à l'époque le Mexique et une partie de l'Amérique centrale. Il est alors enterré dans une église du nord de Mexico.

En 1629, le dernier héritier de Cortés meurt et le gouvernement colonial ordonne qu'il soit enterré avec son père dans un monastère franciscain de la capitale. Plus tard, ses restes sont transférés près de l'autel principal du monastère et gardés sous clés. En 1790, ils sont à nouveau déplacés dans une église de l'Hôpital de Jésus, le premier d'Amérique, fondé par Cortés.

Vingt ans plus tard, le Mexique déclare son indépendance de l'Espagne et ne l'obtient que onze ans plus tard, en 1821, à l'issue d'un sanglant conflit.

A cette époque, des pamphlets circulent à Mexico demandant à pourchasser les Espagnols et "que les restes de Cortés soient exhumés, jetés dans la rue pour y être piétinés", rappelle le journaliste Hector de Mauleon.

Le conservateur de l'époque, Lucas Alaman, se refuse à cette idée: il entre alors dans l'église et en retire les restes du conquistador pour les mettre à l'abri. Le lieu où il les dépose reste un mystère pendant plus d'un siècle.

Il faut attendre 1946 pour qu'un réfugié de la Guerre civile espagnole et un étudiant cubain convient l'historien mexicain Francisco de la Maza à une réunion secrète. Ils lui confient détenir une lettre laissée par Lucas Alaman qui comporte une carte désignant le lieu où se trouvent les restes de Cortés... à quelques mètres seulement du lieu où ils ont été retirés, scellés dans un mur de la même église.

Avec l'autorisation du gouvernement, Francisco de la Maza les déterre secrètement et des experts confirment qu'il s'agit bien du corps de l'Espagnol. "Il ne lui restait qu'une dent, il avait plusieurs blessures reçues pendant des combats et les os étaient touchés par ce qui pouvait être une maladie vénérienne", explique Hector de Mauleon.

Le gouvernement ordonne alors que le corps soit replacé au même endroit, avec une plaque discrète sur laquelle est simplement écrit : "Hernan Cortés, 1485-1547".

Vos commentaires