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Ancienne SDF, Sabrina est fière de s'en être sortie: "Tu es vue comme un bifteck, on t’insulte, on te crache à la figure"

A Charleroi, un hommage a été rendu ce matin à tous les sans-abris qui sont morts de froid dans les rues de la ville ces dernières années. Une cérémonie du souvenir qui rappelle à quel point cette vie en marge de la société n’est pas facile. Certains SDF ont beaucoup de mal à quitter la rue. Aurélie Henneton et Samuel Lerate ont rencontré Sabrina et Domenico, deux Carolos qui connaissent bien le monde de la rue.

Sabrina a bien connu les rues de Charleroi. Elle s’y est perdue dès 18 ans comme femme et comme mère. Une épreuve de vie durant 8 années. "Tu es vue comme un bifteck pour les hommes puis une fois que tu as les enfants, on t’insulte, on te crache à la figure, les passants…" Sabrina s’arrête, elle a du mal à repenser à son passé. "Ca a été très dur, c’est très pénible."
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"C’était dur parce que je n’avais personne avec qui parler, pas de télé rien"

La rue, c’était la manche, la galère, la débrouille. Mais aussi la solidarité. Quitter cela n’a pas été facile. Avoir un toit ne va pas de soi. "On se retrouve comme ca à la maison toute seule… C’était dur parce que je n’avais personne avec qui parler, pas de télé rien…", raconte Sabrina. "On est très isolé à ce moment-là, donc on a qu’une envie, aller voir les gens, leur parler, aller vers ceux qu’on connait qui nous ont soutenu, notre famille quoi."

 
Domenico a perdu son emploi, sa maison et sa famille

Sabrina a perdu beaucoup d’amis sans-abris. Leurs noms résonnent aussi pour Domenico. Ce Carolo a perdu son emploi, sa maison, sa famille il y a quatre ans. Quitter la rue, est-ce aujourd’hui possible ? "Oui", répond d'abord Domenico. "Personnellement, j’aimerais retrouver un boulot, et tout ce qui va avec. Mais je dirais "non" aussi. Qui dit logement, dit huissier. Un appartement, c’est un bateau qu’on lance en l’air et qui nous retombe dessus."

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"On pense d'abord à trouver un endroit ou s'abriter" 

Les dettes, la toxicomanie… La rue retient et abime. "Quand on est « installé en rue », ça devient plus compliqué puisqu’on est sur la débrouille de tous les jours", explique Denis Uvier de l’association « solidarités nouvelles ». "On est plus dans le système de dire « Je vais d’abord mettre la priorité sur le logement, car la priorité va être autre. Ca sera bouffer, dormir dans les squats, n’importe où."

Sabrina est fière de son parcours. Aidée par les associations, elle s’en sort pour elle et ses enfants. Une femme debout qui a trouvé les raisons et le courage de quitter la rue.

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