En ce moment
 

Ces couples qui travaillent et n’arrivent pas à boucler les fins de mois : voici les histoires de 4 familles wallonnes

Ces couples qui travaillent et n’arrivent pas à boucler les fins de mois : voici les histoires de 4 familles wallonnes

L’échéance de la fin du mois vous angoisse ? Vous n’arrivez pas à faire face aux factures qui s’accumulent ? Malgré un ou plusieurs revenus, votre famille est confrontée au stress du portefeuille vide ? C’est la situation vécue par de nombreux ménages en Belgique. Des couples avec enfants, même lorsque les deux parents travaillent, ne parviennent pas à joindre les deux bouts.

Pour illustrer cette réalité, nous avons recueilli le témoignage de quatre familles différentes. L’occasion de se rendre compte des difficultés et des contraintes rencontrées par des personnes issues de la classe moyenne.


Laura, 33 ans, Ghislenghien: "On a tous les deux un CDI et, en travaillant à deux, c’est limite"

"J’ai l’impression de sacrifier beaucoup de choses pour que les enfants ne vivent pas dans le luxe mais restent dans la classe moyenne. Mais il ne faudrait pas grand-chose pour basculer dans la pauvreté", confie Laura (prénom d'emprunt). Cette femme de 33 ans a eu trois garçons avec son mari. Ils travaillent tous les deux comme employé au SPF Sécurité Sociale depuis plus de 10 ans. "On a tous les deux un CDI. Mon mari preste un temps plein. Moi je suis en 4/5e parental depuis le mois de janvier de cette année. Et en travaillant à deux c’est limite, limite", souffle-t-elle.

Le couple a eu un coup dur financier suite à un projet immobilier qui a mal tourné. "On voulait construire une maison, mais on a fait face à un entrepreneur qui a fait faillite. Sur cette construction qui s’est terminée avec des vices de forme, on a perdu 61.000 euros", déplore Laura. Ils ont alors dû louer une habitation et épargné pendant trois ans avant de pouvoir acheter une nouvelle maison à Ghislenghien, dans le Hainaut. "A ce moment-là, j’avais commencé un 4/5e parental et j’ai dû reprendre mon temps plein pour obtenir l’acceptation de l’emprunt. La banque exigeait un salaire à temps plein pour chacun", explique Laura. Le crédit hypothécaire s’élève à 1.250 euros par mois.

A ce montant déjà conséquent, il faut ajouter les factures d’énergie, de télécommunication ainsi que les frais pour leurs deux voitures. "L’une d’entre elles, on l’a rachetée à la famille, donc on n’a pas de crédit dessus. Et l’autre il y a encore un petit crédit dessus." Sans oublier les soins de santé qui représente un budget non-négligeable pour la famille. "L’un de mes fils a été diagnostiqué dyspraxique. Ce n’est pas vraiment un handicap, mais plutôt un problème de motricité fine. Il a eu quelques lacunes à l’école", explique la mère de famille. Le garçon doit donc être suivi par une ergothérapeute, une neurologue et une logopède. "Ses frais de soins de santé s’élèvent entre 400 et 450 euros par mois après intervention de la mutuelle. Et il faut ajouter les frais de dentistes pour les trois enfants. Au total, par mois, on paye plus de 3.000 euros de factures", affirme-t-elle.

Conséquence ? Le couple est attentif à la moindre dépense. "Mon mari est très calme à la base mais la situation financière le stresse en permanence. Avec nos salaires, on devrait s’en sortir mais on est constamment sur le qui-vive alors que l’on ne fait aucun extra", déplore Laura.


Jessica, 35 ans, Châtelet: "On croise les doigts pour ne pas avoir de tuiles supplémentaires"

Cette habitante de Châtelet est en couple depuis huit ans. A 35 ans, elle a deux filles, âgées de six ans et un an. "Tous les mois, nous croisons les doigts pour avoir assez pour payer les factures."

Le couple dit être propriétaire d’une maison dotée d’un petit jardin."Nous l’avons achetée il y a deux ans à un prix assez intéressant. On a également eu un prêt hypothécaire à un taux avantageux. On doit payer 770 euros par mois", révèle la trentenaire.

Depuis sept ans, son compagnon travaille à temps plein dans un magasin de bricolage, où il occupe actuellement le poste d’assistant-gérant. Il déclare gagner environ 1.600 euros par mois. Jessica, elle, est institutrice maternelle. "Après mes études, j’ai travaillé un an dans l’enseignement. Ne trouvant pas de poste fixe, je suis devenue coordinatrice dans un centre d’animation pour enfants pendant sept ans. Puis, je suis revenue dans l’enseignement et c’est difficile d’avoir une place fixe avec un horaire complet. Il faut donc attendre que quelqu’un soit malade pour pouvoir le remplacer. Ou alors il faut accepter tous les jobs comme professeur de gymnastique ou de morale", regrette la jeune femme. Pour le moment, Jessica n’a que 19h, mais elle aura bientôt 21h et attend un complément pour atteindre un horaire complet de 26h.

Son salaire est dès lors très variable. "Avec un temps plein, c’est 1.600 euros environ. Mais, depuis le début de l’année, je ne preste pas le même nombre d’heures. Le mois passé, je n’ai travaillé que 6h, donc je n’ai gagné que 600 euros. Et novembre, je ne sais pas ce que je vais toucher. Sauf si on est engagé pour un certain nombre d’heures, on ne sait jamais combien on peut gagner puisque cela dépend des remplacements à effectuer", souligne Jessica.

Un temps partiel et un salaire fluctuant qui rendent ses fins de mois angoissants. "Quand on voit les deux voitures, les frais médicaux, les assurances, le prêt de la maison, le prix des médicaments et du diesel qui augmentent de plus en plus, c’est vraiment un tout qui fait qu’on croise les doigts pour ne pas avoir de tuiles supplémentaires. Et je trouve qu’en travaillant à deux c’est vraiment triste."

D’autant plus que Jessica a l’impression que les factures augmentent ces dernières années. "On a une chaudière au mazout. L’année passée, on avait 1.000 litres pour 500 euros et là, on s’est déjà renseigné, il faut plus de 650 euros", déplore la maman.


Sophie, 35 ans, Aiseau-Presles: "J’ai perdu mon job et mon compagnon aussi. C’était vraiment un coup du sort"

Même constat accablant du côté de chez Sophie (prénom d’emprunt), une habitante d’Aiseau-Presles dans le Hainaut. Agée de 35 ans, elle vit avec ses deux enfants et son compagnon dans une maison acquise grâce à un crédit social il y a quatre ans. Elle nous déclare que son remboursement s’élève à 700 euros par mois. "A l’époque, j’avais un CDI comme éducatrice et mon compagnon en tant que réassortisseur. Nous sommes co-habitants légaux. Nous étions donc confiants en l’avenir", se souvient-elle.

A cette période, le couple parvient également à payer une voiture en cash grâce à leurs économies.

Malheureusement, il y a un peu plus d’an, le ciel s’assombrit soudainement. "J’ai perdu mon job suite à une restructuration et mon compagnon aussi en raison d’une faillite. C’était vraiment un coup du sort, impossible à prévoir. On est donc tous les deux devenus chômeurs", raconte la trentenaire. Leurs allocations de chômage ont diminué progressivement avant d’atteindre le minimum. Leurs revenus s’élevaient alors à 1.100 euros par mois, déclare la témoin.

Après des mois de galère, la situation s’éclaircit enfin. Sophie est engagée comme fonctionnaire pour le Forem. Un contrat à durée indéterminée qui leur rende le sourire. Elle gagne alors un salaire de base comme employée. Cette bouffée d’oxygène tant attendue est une excellente nouvelle. Mais cela ne suffit pas à évaporer le stress permanent lié au portefeuille vide. "À l'heure actuelle, un salaire ne suffit pas à ce que nous passions un mois sans galères financières. Même un salaire de fonctionnaire et les avantages que j'ai ne suffisent pas à combler un mois de factures, taxes, soins et autres imprévus", assure-t-elle.

Selon Sophie, l’école pour deux enfants leur a coûté 600 euros cette année, sans compter le matériel scolaire acheté à la rentrée. "A la fin du mois, quand on a payé toutes les factures et notre crédit, il nous reste 300 euros pour les courses, etc. On calcule au centime près. C’est super stressant. On ne peut rien mettre de côté. L’année dernière, ce stress était permanent. Le 10 du mois, on n’avait déjà plus rien."

Les nombreux travaux à effectuer dans la maison sont dès lors reportés. "Nous vivons dans un semi-chantier", confie Sophie. "On passe donc beaucoup de temps à faire des "montages" financiers: un mois on paie une facture, l'autre mois, une autre facture... c'est devenu une habitude! On doit calculer quand nous pouvons nous faire soigner, parfois, mettant en attente des soins plus que nécessaires. Pour tout dire, ça fait deux ans que je dois changer de lunettes, c'est mission impossible", regrette la trentenaire.

Dans l’espoir de décrocher un job, son compagnon a commencé une formation pour devenir moniteur auto-école.


Sabine, 54 ans, Gembloux: "J’ai eu cinq enfants mais j’en ai élevé huit"

Enfin, le profil de la dernière famille est un peu différent. Sabine et Christian ont respectivement 54 et 55 ans. Ils avaient acheté une maison, mais ils déclarent l'avoir revendue en raison d’un conflit de voisinage. Depuis lors, le couple déclare louer une autre maison dans la région de Gembloux. Le loyer s’élèverait à 690 euros par mois.

"J’ai eu cinq enfants mais j’en ai élevé huit car mon mari avait déjà 3 enfants d’un premier mariage. Pour l’instant, j’ai encore deux filles à la maison de 17 et 20 ans", indique Sabine.

Au niveau professionnel, la mère de famille nombreuse déclare avoir eu plusieurs étapes dans sa vie. Au départ, elle exerçait le métier de coiffeuse, puis elle est devenue mère au foyer avant de devenir aide-ménagère lorsque sa dernière fille a débuté l’école. "Dans ma société, j’ai pu réaliser une formation d’aide-familiale. Depuis deux ans et demi, c’est donc ce que j’exerce comme profession", explique Sabine. De son côté, Christian a dû arrêter de bosser pour des raisons de santé en 2014. Atteint de maladies chroniques, il a besoin de soins réguliers.

"Cela a toujours été difficile. Même quand on travaillait à deux, on avait une grande famille. Au départ, quand on s’est retrouvés avec les deux petites, on s’est dit qu’on travaillait tous les deux et qu’avec deux salaires cela serait plus confortable. Et puis, il est tombé malade… Cela a été la chute."

Pour affronter les dépenses inéluctables, qui tournent aux alentours de 1.500 euros par mois, Sabine vient de demander à son employeur d’augmenter son nombre d’heures de travail. "Pour un mi-temps, je gagnais 1.000 euros. Et là je suis passée de 20h à 28h par semaine pour s’en sortir financièrement."


Leur voiture "indispensable"

Ces quatre familles ont plusieurs points en commun. Tout d’abord, elles appréhendent avec angoisse des frais imprévus comme des soins de santé qui plombent le budget du ménage. "Il ne faut pas qu’un pépin arrive, sinon on sait très bien que l’on va galérer", souligne Sabine.

Malgré les frais élevés que cela engendre, ces couples considèrent également la possession d’une voiture comme indispensable, que ce soit pour leur emploi ou pour leurs enfants. "On est obligés d’avoir deux voitures. Mon compagnon pour se rendre au travail, surtout qu’il rentre tard. Et moi, je dois aller chercher les petites et mon job en tant qu’enseignante remplaçante nécessite des déplacements entre établissements qui se trouvent sur des communes différentes. On ne sait donc pas faire autrement. Dans mon petit coin paumé, prendre le bus c’est compliqué", regrette Jessica.

"Mon employeur paye intégralement mon abonnement de train. J’utilise donc le rail pour aller travailler. C’est un énorme avantage. La voiture reste à la disposition de mon compagnon qui en a besoin pour conduire les enfants à l’école et à leurs activités", souligne Sophie.


"Mon mari a changé quatre fois de fournisseur d’énergie"

Que font-ils alors pour tenter d’alléger les factures ? Certains font des économies sur l’alimentation. C’est le cas de Laura. "On va une fois par mois faire les grosses courses en France parce que là-bas on a un caddie plus conséquent pour un prix moindre. Malgré le prix de l’essence, on a fait les calculs, on y gagne", assure cette habitante de Ghislenghien. Jessica et son compagnon, qui vivent dans la même région, préfèrent également passer la frontière pour faire leurs courses et acheter leurs médicaments. "Il y a une grosse différence de prix", assure-t-elle. De son côté, Sabine est attentive aux promotions avant de remplir son caddie.

"Les dépenses sur lesquelles mon mari fait fort attention, c’est l’énergie", explique Laura. "Depuis qu’il y a la libéralisation du marché, on compare les prix. En ce qui concerne le gaz et l’électricité, tous les 3-4 mois mon mari évalue les prix. Cette année, il a changé quatre fois de fournisseur, c’est le maximum. Même si c’est pour gagner une dizaine d’euros." Sophie, elle, tente d’économiser au maximum de l’énergie. "Nous avons un compteur bi-horaire. Du coup, on ne fait tourner la machine à laver que le soir ou le weekend. Nous faisons attention à plein de petites choses au quotidien", confie la trentenaire.

Cette habitante d’Aiseau-Presles déclare pouvoir également compter sur le soutien de sa famille. "Nous bénéficions aussi d’aides sociales et de gestes de solidarité. Par exemple, l’école permet d’échelonner des payements, comme le payement des classes vertes. Beaucoup de parents font cette demande. On échange aussi du matériel scolaire ou des vêtements", raconte Sophie.


"On ne part pas en vacances"

Sabine et Christian, eux, déclarent ne pouvoir compter que sur eux-mêmes. "Diminuer les dépenses, c’est compliqué pour nous car on ne fait rien d’extra. Le seul luxe que l’on a chez nous c’est internet, pour se divertir et pour les filles aussi. On ne part pas en vacances et les restos sont très rares."

Peu ou pas de sorties et des vacances passées à la maison. C’est malheureusement le lot de nos quatre familles. "Dépasser les frontières belges, je n’essaye même pas", souffle Sophie. "L’année dernière, nous sommes partis en vacances mais avec mes beaux-parents qui nous ont offert le voyage. Cela faisait 5 ans que l’on était plus partis", raconte Laura.

Face à l’avenir qui leur semble plutôt morose, ces couples rêvent de pouvoir combler leurs enfants en achetant la paire de baskets neuves tant désirée ou simplement un nouveau pot de pâte à tartiner avant le début du mois prochain. "Ma fille de six ans attend Noël pour les cadeaux. J’ai déjà épargné depuis le mois de septembre pour les fêtes de fin d’année", confie Jessica.


Une hausse du pouvoir d’achat prévue en 2018

Tous espèrent surtout pouvoir vivre sans devoir compter chaque dépense. Heureusement, les dernières statistiques économiques sont plutôt bonnes. Le pouvoir d’achat des ménages belges devrait retrouver le sourire, en tout cas si l’on en croit les chiffres dévoilés par le Bureau du Plan. Le revenu disponible des Belges devrait augmenter. Compte tenu de l’inflation, il devrait grimper de 1,3% en 2017 et même de 2,2% en 2018. L’effet combiné de l’embellie conjoncturelle, des réformes du gouvernement et de la fin du gel des salaires.

Une bonne nouvelle quand on sait que l’an dernier, la Belgique est le seul pays européen où les travailleurs ont perdu du pouvoir d’achat, selon une étude de l’Institut syndical européen (ETUI).

Vos commentaires