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François, un Carolo, a réussi le pari fou de nager 25 km entre le Danemark et l’Allemagne: "Il faut oser se lancer dans l’inconnu"

François, un Carolo de 40 ans expatrié au Danemark, a traversé à la nage et sans aide le détroit de Fehmarn entre le Danemark et l’Allemagne. C’est le premier Belge à avoir officiellement parcouru cette distance. Une expérience physique et humaine extraordinaire qu'il a décidé de partager avec nous.

"C’est vous seul, avec votre Speedo (votre maillot), la nature et les éléments", résume François qui vient de traverser à la nage le détroit de Fehmarn entre le Danemark et l’Allemagne. C’est Marie-Jeanne, sa maman immensément fière, qui nous a prévenus via le bouton orange Alertez-nous. Une mère d’autant plus heureuse que son fils "François est le premier Belge à avoir effectué cette traversée sans aide et sans combinaison", a –t-elle écrit.


Qu’est-ce que ça représente au fond cette traversée?

Le passage long de 21 km s’étend de Rodby au Danemark à Puttgarden en Allemagne, dans la partie occidentale de la mer Baltique. 21 km, c’est la distance officielle, mais en réalité François a nagé entre 25 et 27 km notamment à cause du courant, le tout en 9h55. Une telle épreuve n’est pas sans risques, le nageur est donc accompagné d’une équipe sur un bateau chargée notamment de le ravitailler (à l’aide d’une perche ou d’une bouteille lancée) et de vérifier son état de santé à tout moment mais les règles sont très strictes: il est notamment interdit de toucher l’embarcation.

Une traversée bien encadrée mais qui revêt tout de même un côté aventure. Les compétiteurs réservent une fenêtre du lundi au lundi et c’est le capitaine qui décide quand partir. C’est ce dernier qui estime quand le nageur a les meilleures chances de réussir, en fonction du courant, du vent, du trafic maritime, etc... "Vous ne savez pas quand vous commencez, quel jour, quelle heure. Et si vous commencez, vous ne savez pas si vous arriverez au bout, justement parce que le temps peut changer, la mer peut changer. Vous ne savez jamais où vous allez arriver. Ce n’est pas comme une course à pied. On est toujours dans le doute, dans l’incertitude, c’est ce qui rend les choses un peu excitantes aussi, car rien n’est donné d’avance", souligne François.

Passionné de sport, le Belge s’est pourtant mis à la natation sur le tard. Qu’est-ce qui donc a poussé cet homme de 40 ans à se lancer dans ce pari un peu fou: nager 25 km en pleine mer?


Photo Thomas Voller


Il est tombé amoureux de la mer


Arrivé au Danemark en 1999, après des études de traduction et d’interprétariat à Mons, le Carolo a d’abord travaillé une dizaine d’années dans ce premier domaine. "J’ai bossé comme un malade pour développer mon activité, j’ai bien mangé, bien bu, bien vécu et puis 10 ans plus tard j’avais pris trente kilos. J’ai commencé à avoir des problèmes de dos, de hanche et là je me suis dit qu’il était temps de me reprendre en main", se rappelle François.

Le Belge a alors lancé sa boîte de services sportifs. Avec d’autres coachs, il propose des cours sur-mesure pour répondre aux besoins de sa clientèle. Le coureur se met à la natation en piscine un peu par hasard en 2011. "Ça me plaisait, et puis je suis sorti nager dans la mer et là ça a été un peu comme une révélation. Je suis tombé amoureux de la mer, du fait d’être dans la mer. J’ai appris à nager 1 km, c’est devenu 5, puis 10 et là j’approche des 40", explique François.

Le Danois d’adoption s’entraîne toute l’année. Il habite le long de la mer et va nager presque tous les jours car le plus gros risque c’est l’hypothermie (quand la température corporelle d’un individu est inférieur à 35 degrés Celsius par rapport à la référence de 37 degrés). "Même pendant l’hiver quand l’eau ne fait que 2, 3 degrés, je vais nager ne fût-ce que 100 ou 200 m pour habituer mon corps au froid et apprendre à mieux gérer le froid mentalement".

Et plus il s’approche du jour J, plus il s’entraîne, avant de faire une pause pour se reposer. Par semaine, il fait entre 7h et 20h de natation. A côté de cela, il y a aussi la musculation, la course à pied et les entraînements traditionnels pour tout ce qui est sport intense au niveau de la distance. "J’ai une entraîneuse qui me suit au jour le jour. Il faut trouver un équilibre pour ne pas être surentraîné et ne pas se blesser", souligne-t-il. Les derniers mois avant la performance, c’est sport à 300%, plus question d’avoir une vie sociale, mais il précise tout de même que durant l’hiver il a le temps de se reposer et de s’occuper des gens qu’il aime.


Apprendre à accepter qu'il allait devoir se battre

François avait déjà parcouru des distances plus courtes et il avait également tenté la traversée du détroit de Fehmarn l’année dernière mais les conditions climatiques étaient tellement mauvaises qu’il avait été forcé à l’abandon: "Les vagues, le vent, c’était un peu dramatique au sens hollywoodien du terme. Après 9h20, ils m’ont finalement enlevé de l’eau parce que les trois dernières heures, je n’avais nagé que 300 mètres par heure au lieu de 3.500 et la dernière demi-heure, je nageais à l’envers dans la mer Baltique à cause des courants trop puissants".

Cette fois-ci, les conditions étaient bonnes: il n’y avait presque pas de vent, la mer était calme et l’eau était chaude, à 16 degrés. Des conditions même idéales à l’exception d’un paramètre de taille… Une fois arrivé sur la plage de Rodby à trois heures du matin pour le départ, François apprend qu’il devra nager à contre-courant. "Jamais un capitaine ne lance un nageur à contre-courant. C’est le contraire de tout ce qu’on fait. Là, j’étais extrêmement frustré", se souvient le sportif. François aurait dû partir d’Allemagne pour nager dans le bon sens mais le capitaine a été contraint de faire démarrer l’équipage du Danemark pour des raisons personnelles. "J’avais envie de prendre mes cliques et mes claques et de rentrer chez moi. Mais bon… Je devais le faire. Ça a été le pire moment, accepter que j’allais devoir me battre pendant ce qui normalement allait devoir me prendre 7, 8 h mais qui m’a pris 10h au final… Accepter l’incontrôlable, je ne pouvais rien faire".

Malgré cet obstacle, François parvient à se fixer sur son objectif: "J’étais à contre-courant, c’était très dur mais la mer était calme. On savait que si je nageais de façon régulière, il y avait de bonnes chances que je réussisse".


Photo Thomas Voller

Qu’est-ce qui lui traverse l’esprit quand il nage (presque) seul au beau milieu de la mer?

"Tout et rien", dit-il. "Je pense surtout à ma technique, toujours travailler avec l’eau et pas contre elle pour essayer d’optimiser chaque mouvement de bras, mes jambes, mon équilibre". Et quand l’eau est plus ou moins calme? "C’est un peu comme une méditation, l’obscurité, la profondeur, le fait d’être seul même s’il y a un bateau à côté avec des gens qui sont responsables de vous. Il n’y a aucune communication électronique, il n’y a rien. C’est la nature, les éléments et moi. Et donc je pense à tout, je pense à rien, je fais le vide dans ma tête", affirme François.


Qu’est-ce qu’il retire de toute cette expérience?

Financièrement… Rien, évidemment. Au contraire, mettre en place une telle expédition coûte beaucoup d’argent mais de l’aveu même de François sentimentalement, cela rapporte énormément. Et cela apprend d’abord à rester humble. "Le fait de nager en mer, vous dépendez constamment des autres. Il faut quelqu’un dans un kayak à côté de vous, pour regarder vos pupilles et voir si vous êtes bien. Ce qui compte ce n’est pas le titre, pas la médaille, mais tout ce processus où il y a tellement de gens impliqués qui consacrent leur temps pour vous".

Il y aussi l’aspect personnel de développement de soi: "J’ai appris beaucoup de choses sur moi-même auxquelles je ne m’attendais pas du tout, mes réactions, mon tempérament, physiquement aussi, apprendre à se battre contre le froid, voir comment le corps réagit. Des choses que j’apprécie et d’autres que j’apprécie moins".

Mais François pointe aussi et surtout l’ouverture à la nature, "cet univers où vous êtes l’intrus, car on n’est jamais chez soi en mer" et la sensibilisation à la pollution: "Quand on nage entre les navires et les pétroliers, on se rend compte du problème du plastique dans l’eau et de ce que certaines personnes jettent dans la mer".


Photo Thomas Voller


Son meilleur moment dans l’eau?

François n’hésite pas une seconde: "Les 500 derniers mètres. Je savais que c’était terminé, qu’il n’y avait plus aucun problème et là j’ai vu toute mon équipe sauter à l’eau. Ces hommes et ces femmes m’ont suivi (et notamment son mari, Martin), ils sont rentrés à la nage avec moi et ça m’a beaucoup ému", confie François la voix brouillée par l’émotion.



La prochaine étape?

"Me reposer, prendre soin de ma famille et de mes amis". Et puis il sera déjà temps de penser à son prochain objectif: la traversée de la Manche entre l’Angleterre et la France: 35 ou 37 km à vol d’oiseau, donc à la nage une bonne quarantaine de km. Ce sera probablement en 2018 ou 2019. "Le problème de la Manche, c’est qu’il y a parfois un temps d’attente assez long pour travailler avec les meilleurs capitaines", indique François.

A tous ceux qui seraient tentés par l’aventure avec un grand A, que ce soit au bout du monde ou au coin de la rue, François adresse ce message à adopter sans tarder: "Il faut oser suivre ses rêves, il faut oser se lancer dans un truc qui peut paraître complètement impossible, et pas forcément 25 km de nage, ça peut être apprendre à courir 5 km, c’est oser se lancer dans l’inconnu, oser croire", conclut François.

 
Photo Thomas Voller

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