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Ils en avaient rêvé, ils l'ont fait: ces deux retraités wallons ont marché 2500 km de Dinant à Compostelle

Ils en avaient rêvé, ils l'ont fait: ces deux retraités wallons ont marché 2500 km de Dinant à Compostelle
© Facebook Bernard
 
 

Vincent et Bernard ont vécu une expérience inoubliable l’été dernier. Les deux retraités de 62 et 66 ans ont marché vaillamment jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Un véritable défi pour les deux Wallons, amis de longue date. Vincent, des souvenirs plein la tête, nous raconte ce pèlerinage riche en découvertes.

"Ils en avaient rêvé et ils l'ont réalisé avec caractère et mental. Vincent et Bernard, deux valeureux sexagénaires ont réussi leur incroyable défi de rallier à pied au départ de Dinant, Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne", débute Pascal, ami des marcheurs, via le bouton orange Alertez-nous.

L’homme, impressionné par cet accomplissement "en 84 étapes", nous détaille l’exploit de Vincent et Bernard. Partis le 11 juin de la Collégiale de Dinant, les deux amis pèlerins de 62 et 66 ans ont parcouru 2.522 Km, soit une fabuleuse moyenne journalière de 28,66 Km, dit-il. "Un fameux exploit avec seulement 3 journées de repos à leur actif" sur ce long périple de 91 jours. "Chapeau bas Messieurs", poursuit Pascal.

La naissance du projet

Lorsque nous contactons Vincent, l’ancien militaire nous confie que "cette idée a mûri" dans sa tête pendant deux ans... L’habitant d'Onhaye nous précise qu'un de ses amis a vécu cette expérience et ses récits de voyage l’ont émerveillé. C'est porté par cette soif de découvertes que le sexagénaire se lance. Il décide de marcher jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. 

Son ami Bernard, habitant de Falmagne, se joint à ce projet. Les deux hommes, pères et grands-pères, se connaissent depuis plus de 30 ans. Ils sont tous les deux membres de la Confrérie gastronomique, Li Crochon.

La préparation

Ca y est, le projet est lancé. Mais marcher jusqu'à Compostelle demande de la préparation. Les deux retraités s’entraînent durant plusieurs mois avant de commencer leur périple. "Nous avons débuté mi-mars. Nous marchions une à deux fois par semaine. Nous faisions 20 km avec tout l'équipement afin de le tester et d'avoir toutes les sensations. Il fallait quand même des bons entraînements", explique Vincent, passionné de course à pied. Ce dernier confie que les conseils avisés de son ami qui avait fait ce pèlerinage ont été très importants durant la préparation. 

Après des mois d’entraînement, le moment du départ est arrivé. Vincent et Bernard quittent Dinant le 13 juin pour trois mois d'aventures extraordinaires.


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Des nuits sous tente

Les deux hommes, plus motivés que jamais, sont lancés. Ils arrivent en France et les premières nuits se passent sous tente, faute d’autres possibilités de logement. Le marcheur constate rapidement que certains villages de l’Hexagone "sont désertés". Les habitants les ont quittés pour s'installer en ville, nous raconte Vincent. "Nous avons traversé une zone surnommée 'la diagonale du vide'. Il y avait des sites où il n'y avait plus rien du tout", déplore-t-il. 


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Pour les logements, "c'était beaucoup plus dur, et même pour la nourriture", affirme le Belge. Heureusement, cette situation ne s’éternise pas. Plus ils avancent, plus d’autres solutions s’offrent à eux. "Nous avions de temps en temps des logements chez des locaux" ou "dans des salles des fêtes" utilisées par les marcheurs en route pour Compostelle.


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Après des semaines de marche, Vincent et Bernard arrivent en Espagne. Ils y trouvent plusieurs auberges dédiées aux pèlerins. "On n'avait plus besoin de tente", dit-il.


 Un gîte où Vincent et Bernard ont logé - © Facebook Bernard

"On a fait des rencontres fantastiques"

Durant ces semaines de marche, Vincent et Bernard sont à l'écoute l'un de l'autre afin de rester en forme jusqu'au bout. "Après plusieurs kilomètres, on se demandait si on se sentait bien. On faisait vraiment attention. On ne faisait pas plus d'effort qu'il n'en fallait". Déterminés, les deux amis n'envisagent jamais d'abandonner. Malgré certains jours de pluie, ils poursuivent l'aventure dans la joie et la bonne humeur.


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Les deux Belges font la connaissance de nombreux pèlerins durant leur voyage. Lors d'une halte en Espagne, ils rencontrent quatre marcheurs avec qui le courant passe directement. L’entente est tellement bonne qu’ils décident de finir le pèlerinage ensemble. "On a fait des rencontres fantastiques. Avec trois Français et un Danois, nous avons formé une équipe de six. Nous sommes restés ensemble jusqu'à Compostelle". 


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 Compostelle - © Facebook Bernard

Nous avions la larme à l'œil en arrivant


Portés par l'esprit d'équipe, les six pèlerins arrivent début septembre à destination. "Un moment empli d'émotions", lance Vincent. "Nous avons atteint notre but en étant physiquement bien. C'était fantastique. Arriver là à pied, c'est arriver au bout de quelque chose. Et nous sommes arrivés à six, nous étions tellement soudés. J'avais même la larme à l'œil et Bernard aussi. Nous nous sommes tous enlacés", se remémore Vincent, la voix trahie par l’émotion.


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Le groupe arpente les ruelles de la ville et découvre la place de l'Obradoiro, la place principale de la vieille ville de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins visitent enfin la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle et le tombeau attribué à Saint Jacques, l'apôtre de Jésus. "Ce lieu est magique et dégage de la spiritualité", raconte Bernard dans un groupe Facebook consacré à leur voyage.

 
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Compostelle et au-delà

Arrivés à destination plus tôt que prévu, les six pèlerins qui viennent de partager un moment intense décident d’aller plus loin que leur objectif. Ils dépassent Compostelle afin de découvrir d'autres lieux ensemble. "Nous avions pris de l'avance, car en Espagne, nous faisions des étapes de 35 à 40 km par jour, c'étaient des journées plus longues. Mais comme nous étions ensemble, nous avons continué. Cela nous a permis d'arriver plus vite que prévu à Compostelle. Nous avions cinq jours d'avance sur ce que nous avions prévu".


 

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Le groupe de marcheurs désormais soudés atteint Finisterre, une commune côtière de la province de La Corogne en Galice. Ils se rendent ensuite à Muxía, une des destinations finales de nombreux pèlerins après avoir atteint Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce lieu est une magnifique découverte pour les deux Wallons. 
 
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Une expérience fantastique

Après leur destination finale, les amis sont rentrés en Belgique la tête remplie d'images incroyables. "Retour au bercail après 26h de bus et 2 h de train. Une très belle aventure qui se termine, mais qui nous laisse plein de souvenirs dans la tête", a écrit Bernard sur Facebook. Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle "est une expérience unique", nous dit Vincent.


 © Facebook


 Vincent et Bernard de retour en Belgique © Facebook Bernard

Le tombeau attribué à saint Jacques

Saint-Jacques-de-Compostelle est un pèlerinage catholique dont l’objectif est d'atteindre le tombeau attribué à saint Jacques le Majeur, l'un des douze apôtres de Jésus-Christ. Il est le frère de l'apôtre Jean. Tous deux étaient pêcheurs du lac de Tibériade, en Israël.

Les reliques de celui que l’on nomme "Jacques, fils de Zébédée" dans le Nouveau Testament auraient été découvertes au début du IXe siècle et son tombeau se trouverait dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice. L'apôtre Jacques aurait quitté le Proche-Orient au 1er siècle afin de prêcher la parole du Christ en Occident jusque dans la péninsule Ibérique. Selon la légende, l’homme serait retourné en Palestine où il aurait été décapité sur ordre du roi Hérode Agrippa vers l'an 44, écrit Compostelle-France. Le corps de Jacques aurait alors été récupéré par ses proches compagnons et placé à bord d'une embarcation. Ils se seraient échoués sur les côtes de Galice.


 © Pixabay

Campus Stellarum

La redécouverte "miraculeuse" d'un tombeau en Galice serait l'œuvre de l'ermite Pelagos (ou Pelagius). Un homme qui vivait dans des bois proches de ce qui deviendra la ville Compostelle. Selon la tradition, l'ermite aurait eu une révélation pendant la nuit lui indiquant l'emplacement des reliques de Jacques dans un cimetière d'époque romaine. C'est guidé par une pluie d'étoiles (Campus Stellarum qui serait à l'origine du nom Compostelle) que l'ermite aurait découvert l'endroit.

La controverse

L'Église affirme alors que l’ermite a trouvé "le tombeau de l'apôtre Jacques, frère de Jean l'Évangéliste et premier apôtre martyr de la chrétienté". Mais rapidement, cette sépulture est controversée. Pour certains, la dépouille de l'apôtre se trouverait en Palestine ou dans les alentours. Mais Alphonse II (791–835), le roi de l’époque, n'a aucun doute. L'homme très croyant fait construire une église dédiée à saint Jacques afin d'y conserver les reliques qui seraient celles de l'apôtre au début du IXe siècle.

La découverte des "reliques" aurait eu lieu au moment "de la Reconquista des royaumes musulmans de la péninsule par les souverains chrétiens", relate le site Occitanie-découvertes.

La construction de l’église

L’église existante est remplacée par une plus grande suite à l’initiative d’Alphonse III, un des prochains rois. Mais l’édifice est réduit en cendres. Sur ses restes, la cathédrale actuelle est construite. Il s’agit d’un édifice en granite. Les travaux débutent en 1075.

 
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"Mémorial de saint Jacques"

En 1492, le pape Alexandre VI déclare que Saint-Jacques-de-Compostelle est un des "trois grands pèlerinages de la Chrétienté", avec ceux de Jérusalem et de Rome.
Cependant, l'utilisation du mot "tombeau" disparait à la fin du XXe siècle. Le pape Jean-Paul II qualifie alors les lieux de "mémorial de saint Jacques".
Son successeur, le pape Benoît XVI, évoque la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle comme étant "liée à la mémoire de saint Jacques".

Camino francès

Une route "officielle" pour atteindre Compostelle voit le jour à la fin du XIe siècle. Elle s'appelle "lo camino francès". Elle rassemble les principaux chemins qui viennent de France et d’Espagne pour rejoindre la ville espagnole. Plus de deux tiers des pèlerins l'empruntent. 

Cela fait une dizaine d'années que les chemins de Compostelle attirent plus de 200.000 pèlerins par an. Ces derniers s'y rendent souvent à pied et en été, comme Bernard et Vincent.


 © Pixabay

Le coût du pèlerinage

Se rendre à Compostelle depuis la Belgique a un coût... Vincent estime qu’en moyenne, "il faut compter 30 à 40 euros par jour pour se loger et se nourrir". Il précise cependant que Bernard et lui ont rencontré des pèlerins "qui sont partis sans argent". Il rappelle que "la base de Saint-Jacques de Compostelle, c'est un peu la charité aussi. Donc vous passez dans les villages et vous demandez la charité si vous pouvez le faire".

"On a vu beaucoup de jeunes qui faisaient le voyage. Ils étaient sous la tente, car ils n'avaient pas les moyens financiers", relate le retraité.


 © Facebook Bernard

Vincent n’est pas près d’oublier cette expérience. Ce qu’il a partagé avec Bernard était unique. Une parenthèse mémorable qui a renforcé leur amitié… "Nous étions déconnectés" de cette période de covid et "ça nous a fait du bien. Ça nous a permis de nous ressourcer".


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"La relation avec la nature était fantastique aussi. Nous avons découvert des chemins magnifiques, des paysages splendides et des relations humaines superbes", poursuit le pèlerin. "Ce qu’on a vécu était fantastique. On ne l’oubliera jamais".

Vincent et Bernard envisagent désormais de refaire une étape l'an prochain. "Nous avons ça en tête."


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