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Jason va s'enfermer 24h dans une cage: comment ce Bruxellois a-t-il abouti dans ce refuge pour singes en Afrique du Sud?

 
 

Ce samedi 17 juillet, de nombreux Belges prendront la route des vacances. Loin d'ici, Jason, un Bruxellois de 28 ans, s'enfermera, lui, dans une cage de singe pendant 24 heures dans le but d'inciter les gens à faire un don en faveur d'un sanctuaire de singes Vervet où il travaille en Afrique du Sud depuis un an. Une initiative insolite et en forme de clin d'oeil de ce jeune homme qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous et que nous avons appelé pour connaître son histoire et découvrir les petits primates dont il s'occupe.

Comme on peut le voir sur ce post Facebook, la cage ne sera pas bien grande. "Ce sont des cages utilisées pour des singes malades. Elles ont un mécanisme qui permet d'immobiliser le singe pour lui faire une injection sans prendre de risque", décrit-il. Mais d'où lui est venue cette idée saugrenue ? Il cherchait une manière originale de récolter des fonds mais aussi remercier les donateurs qui avaient récemment versé l'équivalent de 1000 eurospour permettre à une maman Vervet, nommée Apie, et son bébé adoptif de vivre dans une cage plus grande.

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Il me fallait autre chose, j'avais envie de découvrir ce que le monde avait à m'offrir

Mais comment ce Belge qui avait un bon boulot de tourneur-fraiseur depuis 7 ans dans une compagnie de pièces aéronautiques à Zaventem a-t-il abouti dans ce refuge pour singes à Tzaneen, une ville du nord-est de l'Afrique du Sud située à 8700 km à vol d'oiseau de Bruxelles ?

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"J'étais un peu saoulé de travailler dans une entreprise, il me fallait autre chose, j'avais envie de découvrir ce que le monde avait à m'offrir. Je me suis posé un peu, je me suis dit 'Est-ce que tu as envie de faire ce travail toute ta vie ?' Ma réponse était non. J'avais envie de voyager", commence-t-il. Une passion, qui s'était éteinte au cours de ses études puis de ses premières années professionnelles, a alors refait surface. La passion des animaux. Comme beaucoup d'enfants, suppose Jason, il adorait les animaux étant petit, un attrait presque "instinctif" avec toutes les couleurs, toute la nature qui l'entourent.

Le jeune fraiseur-tourneur s'intéresse beaucoup aux primates. Il travaille comme bénévole chez Pairi Daiza et suit des cours d'éthologie (l'étude du comportement des animaux). "Mais il me fallait beaucoup plus, je voulais découvrir ce que c'était que de vraiment travailler avec les animaux, être sur le terrain". Il fait des recherches sur internet et tombe sur ce sanctuaire pour des singes Vervet en Afrique du Sud. Dans ce refuge, créé en 1993, où vivent aujourd'hui 600 singes en semi-liberté dans 14 enclos, on recueille des bébés qui ont perdu leur mère, par exemple dans un accident de la route. Ou encore parce qu'elle a été tuée volontairement. En effet ces singes Vervet qui vivent dans l'est de l'Afrique et en Afrique du Sud sont considérés par de nombreuses personnes comme des parasites car ils peuvent prendre leur nourriture.

En mars 2019, Jason prend une pause carrière et part là-bas comme volontaire pour six mois. "J'ai adoré l'expérience, j'ai appris énormément de choses", nous raconte-t-il. Tant mieux car la direction lui propose de travailler comme membre permanent du staff pendant deux ans. Jason accepte immédiatement mais il doit d'abord rentrer en Belgique. Il s'octroie aussi un voyage de deux mois en Asie, notamment en Indonésie où, très concerné par l'écologie et la protection de notre environnement, il s'aperçoit de ses propres yeux des ravages causés sur la forêt, et les orangs-outans qui y vivent, par la production d'huile de palmes. "J'avais lu beaucoup de choses. J'ai pu constater sur place. Quand on voit ça sur internet, on peut croire que c'est du fake, que c'est juste des images mais quand on le voit de ses propres yeux, ça fait peur", dit-il.

Maintenant, ma vie tient dans un petit sac à dos en quelque sorte

De retour en Belgique, Jason quitte son travail, vend sa voiture et tout ce qu'il avait à la maison. "Maintenant, ma vie tient dans un petit sac à dos", dit le Bruxellois qui doit patienter trois mois pour obtenir son visa. Il ne fallait pas que ça dure plus longtemps: deux semaines après son décollage en février 2020, l'Afrique du Sud fermait ses frontières pour un lockdown qui allait durer six mois, empêchant tout étranger d'entrer dans le territoire.

Dans le sanctuaire qui occupe dix personnes permanentes ainsi que des volontaires temporaires, Jason a en charge l'intégration de bébés singes dans une troupe d'adoption au sein d'un des enclos. Cette intégration est un processus de plusieurs semaines qui réclame beaucoup d'attention et de surveillance. "La saison des naissances s'étale d'octobre/novembre à fin janvier", dit Jason, et c'est donc durant cette période que des orphelins arrivent surtout au refuge. "Généralement on prend soin des bébés pendant plusieurs semaines jusqu'à ce qu'ils sachent se nourrir et grimper eux-mêmes", expose-t-il. Ensuite, le bébé est présenté à une maman adoptive. Il restent dans une cage avec elle, le temps que se créent des liens forts, avant d'être transféré avec sa nouvelle mère dans une troupe au sein d'un enclos. "Durant les 3 ou 4 premiers jours, on va les observer et surveiller du matin au soir sans arrêt", précise Jason.

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Je connais 200 singes par son nom et son apparence

Dans la nature, un groupe de Vervet peut varier d'une petite dizaine à plus de 70 individus. C'est un peu pareil dans le sanctuaire où on peut trouver un groupe de plus de 50 singes dans un enclos. Tous ces animaux ne retourneront jamais dans la nature, leur réintégration dans un groupe sauvage étant trop dangereuse, explique Jason. "Si on sait exactement où un singe a été retrouvé, on essaiera de retrouver ensuite sa troupe pour l'y réintégrer mais c'est très rare", dit-il. Le but du sanctuaire est justement, ajoute Jason, de recueillir davantage de dons, pour acheter des terres supplémentaires et faire en sorte que les primates vivent dans des espaces plus étendus encore qu'aujourd'hui.

Pour surveiller les singes de l'enclos et vérifier qu'ils ne sont pas malades ou blessés, de la nourriture est déposée tous les deux jours près des clôtures, de façon à pouvoir les observer facilement. Les employés du staff comme Jason ont des facultés d'identification ahurissante. Chacun est responsable de quelques groupes et en reconnait tous les membres. "Je connais 200 singes par son nom et son apparence. Juste en voyant le corps de l'animal, je sais lequel c'est. On nous apprend à les reconnaître. Puis, le cerveau fait le travail en quelque sorte", dit-il, s'amusant lui-même de cette capacité.

Outre pour leur beauté, en particulier celle des petits, Jason ne se lasse pas d'observer ces animaux et d'en découvrir des singularités de comportement. Ils nous en donnent deux exemples. "Ils ont des cris d'alarme qui sont vraiment assez impressionnants. Certains peuvent sauver la vie d'humains. Ici, on est en Afrique et il y a pas mal de serpents dangereux comme le Black Mamba ou des "spitting" cobras (NDLR: des cobras qui peuvent projeter leur venin dans les yeux de leur assaillant). Ils ont un cri propre à la vue d'un serpent dangereux. Quand on entend ce cri, on a juste à scruter dans la direction vers laquelle regarde le singe et on voit tout de suite le serpent", raconte-t-il. Autre comportement étonnant qu'il nous rapporte: "Quand une femelle d'un rang inférieur (comme de nombreuses espèces de primates, les Vervet sont des animaux sociaux qui vivent en groupe très hiérarchisé) est menacée par une femelle d'un rang supérieur, elle parvient à dévier l'agressivité de cette dernière sur une autre guenon qu'elle désigne du regard. C'est un peu comme les humains mais en moins subtil", s'amuse Jason depuis sa petite "cabane" en bois où il répond à nos questions. Si son logement n'est guère luxueux, il est toujours plus confortable que la cage métallique dans laquelle il s'apprête à entrer. Un bref intermède de captivité pour ce jeune Belge souriant qui goûte à la liberté et s'épanouit pleinement au bout du monde.

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