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Panthère tuée: malgré l'interdiction du bourgmestre, Wolf Eyes sera devant le parc d'Aywaille

 
 

Le tribunal des référés de Liège a rendu sa décision vendredi après-midi dans le cadre du conflit qui oppose le Monde Sauvage d'Aywaille et la commune d'Aywaille aux organisateurs de la manifestation "Morgi", Jean-Michel Stasse et l'asbl Wolf Eyes. Le juge a constaté que l'interdiction de manifester signifiée par la commune n'est pas illégale. Cependant, il a laissé la possibilité aux associations de protection des animaux de quand même manifester. Explications.

Jean-Michel Stasse et l'Asbl Wolf Eyes souhaitent rassembler le plus grand nombre de personnes afin de manifester devant le Monde Sauvage d'Aywaille le 15 mars prochain lors de l'ouverture officielle du parc. Objectif: protester contre le sort réservé à "Morgi", la panthère des neiges abattue après s'être échappée de son enclos dans le parc et, plus généralement, dénoncer la détention d'animaux sauvages en captivité. Selon ce défenseur des droits des animaux, cette pratique devrait cesser: "Enfermer des animaux sauvages qui ne viennent pas de chez nous n'a aucun sens, estime-t-il. Il est illogique de sauver un éléphant d'Afrique à Aywaille, alors que la loutre est en voie de disparition chez nous. Il faut maintenir les animaux dans leur biotope naturel. La reproduction d'animaux dont l'espèce est menacée est intéressante, mais parmi les animaux que l'on trouve dans nos parcs, seuls 2% sont sur la liste rouge. C'est du bluff! S'il y a tant d'animaux exotiques dans nos parcs, enfermés, c'est uniquement dans un but commercial. On pourrait faire de l'élevage de loutres pour les sauver. A la place, on prend des pandas! ".

Le bourgmestre n'autorise pas la manifestation: "Elle n'est pas bonne pour l'image du parc qui a déjà souffert"

Le défenseur de la cause animale a prévu ce rassemblement le 15 mars prochain, jour de l'ouverture du Monde Sauvage d'Aywaille. Seulement voilà, la commune a interdit la manifestation le 6 février dernier. "Une manifestation le jour de l'ouverture n'est pas bonne pour l'image du parc, qui a déjà souffert d'une mauvaise publicité avec la mort de la panthère des neiges, estime le bourgmestre Philippe Dodrimont. Il est inapproprié de mettre en péril la sécurité publique: si un membre du personnel s'interpose, cela pourrait dégénérer en bagarre. Que se passerait-il si un touriste était agressé? On a tous vu ces images de militants qui s'enchaînent aux barrières, je n'ai pas envie de ça sur ma commune".

Jean-Michel refuse le débat proposé par le bourgmestre

Cet argument ne tient pas selon Jean-Michel. "Nous avons toujours été clairs, affirme-t-il. Nous nous serions placés à 500 mètres de l'entrée, sur la route qui y mène, pour distribuer des tracts et informer les visiteurs. Derrière le discours des parcs animaliers, qui se présentent bien souvent comme des arches de Noé, il y a une réalité commerciale qu'ils doivent connaître". Le bourgmestre a proposé, à la place de la manifestation, un débat au sein de l'administration communale en présence de responsables du bien-être animal et de décideurs politiques en date du 15 mars. Mais Jean-Michel l'a refusé: "Je l'ai pris comme une forme de chantage: 'On fait un débat si tu arrêtes la manifestation'. Je ne suis pas d'accord. Je suis pour le débat, mais certainement pas amené de cette façon-là, c'est grotesque".

Le bourgmestre, lui, ne comprend pas ce refus: "J'ai immédiatement proposé autre chose de plus constructif pour le bien-être des animaux, plutôt que les esprits ne s'échauffent devant le parc. J'ai proposé un endroit neutre avec de la sérénité et l'ambition réelle de faire avancer les choses".

L'interdiction de manifester a-t-elle fait gonfler le nombre de manifestants potentiels?

Le fait de voir une manifestation pacifique interdite par les autorités locales semble avoir renforcé certains appuis de Jean-Michel. Depuis cette annonce, d'autres associations se sont jointes à sa cause, dont Animaux en Péril. "Oui, nous serons là pour manifester dans le calme, en délégation de 20 personnes, affirme Jean-Marc Montegnies, président de l'association de défense animale. C'est l'interdiction du bourgmestre qui nous a décidés. Nous sommes les avocats des animaux. Le public peut parfois être naïf, et c'est notre rôle de l'informer. Notre objectif est que les gens se questionnent, qu'ils s'informent et qu'ils boycottent les zoos, cirques et corridas qui exploitent des animaux".

"Un animal sauvage se contemple en images, pas dans un enclos"

Le bourgmestre prend la défense du parc animalier. "80 personnes y travaillent, je pense qu'il faut ouvrir le parc dans de bonnes conditions, dit-il. Le personnel est relativement agacé sur ce qu'il entend dire sur la manière gérer le parc. Les animaux y sont bien entretenus. Nous contrôlons et interpellons régulièrement le vétérinaire compétant en bien-être animal, tout est en ordre".

Pour Jean-Michel, un animal sauvage se contemple en images, par respect pour lui. "On ne met pas de baleine dans un parc aquatique parce que c'est trop gros, eh bien on peut faire le même rapprochement avec un lion. Je pense que c'est plus beau de voir un reportage sur les baleines et les lions dans leur environnement fait par le National Geographic, plutôt que de les voir enfermés et malheureux dans un enclos", dit ce convaincu.

"Non, je n'agis pas par vengeance"

Jean-Michel est un grand défenseur de la cause animale. Il est passionné par les loups. Mais il est aussi un ancien employé du Monde Sauvage d'Aywaille. Dès lors certains le soupçonnent de s'acharner sur ce parc animalier, afin de lui porter préjudice. "Non, je n'agis pas par vengeance, se défend-il. Nous nous concentrons sur le Monde Sauvage d'Aywaille car il y a eu le décès de la panthère des neiges Morgi. Nous voulons prouver l'amateurisme de ce parc, mais ne nous limitons pas à lui. Nous avons des opérations ailleurs".

"C'est avec les anciens braconniers qu'on fait les meilleurs gardes-chasse, renchérit le président d'Animaux en Péril. C'est un atout: il connait les animaux et le milieu des zoos. Vous savez, le meilleur adversaire des delphinariums, est Richard O'Barry, l'ancien dresseur de Fipper le dauphin! Il a été complice des delphinariums pendant des années avant de les combattre. Il n'est jamais trop tard pour basculer du 'bon côté''.

La manifestation aura bel et bien lieu

Le juge des référés a constaté que l'interdiction de manifester décidée par la commune d'Aywaille n'est pas illégale. La commune d'Aywaille pourra donc prendre toutes les mesures pour intervenir et faire respecter sa décision. Mais, d'une certaine manière, le juge a laissé la porte ouverte au maintien de la manifestation. Le tribunal des référés de Liège a rejeté les demandes de la commune et du Monde Sauvage qui visaient à obliger l’ASBL Wolf Eyes à diffuser un communiqué annulant la manifestation. Mais surtout, le tribunal a indiqué ceci: "La manifestation est sans doute interdite par la Commune d’Aywaille mais chacun reste libre, sous sa responsabilité, de contester cette interdiction et de considérer que la défense des animaux permet de passer outre".

Jean-Michel a indiqué à la rédaction de RTLinfo.be que la manifestation n'aura pas lieu et qu'il se destituait de toute son organisation. Cependant, il sera bien présent le 15 mars prochain pour dit-il "accueillir les gens" et "éviter tout débordement" . "Je vais envoyer un rectificatif pour que les gens sachent que je n'ai plus rien à voir avec l'organisation. Ce rassemblement n'est organisé par personne, mais du monde, il y en aura." On se dirige donc vers une inévitable confrontation entre manifestants et forces de police. Jean-Michel Stasse a tenu à rappeler que les défenses de protection des animaux manifestaient toujours pacifiquement et que, du moins de leur côté, il n'y aurait pas aucun débordement. .

 




 

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