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Affaire Ghosn: deux magistrats français à Tokyo pour des interrogatoires

Affaire Ghosn: deux magistrats français à Tokyo pour des interrogatoires
L'ancien patron de l'alliance Renault Nissan Carlos Ghosn lors d'une conférence de presse à Jounieh (Liban), le 29 septembre 2020 ANWAR AMRO
 
 

Nouvelle étape dans l'instruction visant Carlos Ghosn à Nanterre: deux magistrats et un enquêteur français sont arrivés samedi à Tokyo pour mener des interrogatoires au sujet des flux financiers qui auraient été ordonnés par l'ancien patron de Renault-Nissan au détriment de Renault.

Visé par un mandat d'arrêt de la justice française, l'ancien patron de Renault-Nissan est soupçonné d'avoir mis au point, entre 2012 et 2017, un schéma de blanchiment en bande organisée et de corruption, avec quatre responsables du distributeur automobile omanais Suhail Bahwan Automobiles (SBA). Il conteste ces accusations.

Les deux magistrats de Nanterre - un juge d'instruction et une procureure du pôle éco-financier du parquet - et l'enquêteur de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) doivent rester jusqu'à vendredi à Tokyo pour mener des interrogatoires, a confirmé le parquet de Nanterre.

L'objectif est de savoir si ces personnes interrogées étaient "informées" des flux avec SBA considérés suspects, voire les avaient "validés", a précisé le parquet à l'AFP.

Ces flux sont évalués, a minima, à 15 millions d'euros, d'après une source proche de l'enquête.

Selon cette même source, des indices graves ou concordants permettent de soupçonner Carlos Ghosn d'avoir ordonné le versement de primes de Renault au distributeur SBA, "maquillées par un certain nombre d'écritures comptables tels que des bonus, des reprises sur stock", et dont une partie était ensuite envoyée sur des sociétés écrans appartenant à l'entourage de Carlos Ghosn.

La relation entre Carlos Ghosn et le fondateur de SBA, Suhail Bahwan - qui conteste les accusations - est au coeur de l'affaire: le cheikh a notamment prêté "25 millions d'euros" à M. Ghosn dans le contexte de "la crise financière de 2008", un prêt dont le remboursement n'est "pas demandé", selon deux sources proches du dossier.

La défense de M. Ghosn n'était pas joignable samedi. Renault, partie civile dans ce dossier, et ses avocats n'ont pas souhaité commenter.

- Mandats d'arrêt -

Ouverte en février 2020, l'information judiciaire a donné lieu le 21 avril dernier à l'émission d'un mandat d'arrêt international contre Carlos Ghosn pour corruption passive, abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment en bande organisée.

Des mandats d'arrêt visent aussi les quatre responsables de SBA.

Si celui à l'encontre de Carlos Ghosn est exécuté, l'ex-PDG sera présenté à un juge d'instruction à Nanterre, qui lui notifiera sa mise en examen.

L'ancien magnat de l'automobile, âgé de 68 ans, est également visé par un mandat d'arrêt de la justice japonaise, pays où il devait être jugé pour malversations financières avant sa fuite rocambolesque fin 2019 pour le Liban.

Le Franco-Libano-Brésilien y a trouvé refuge, le Liban n'extradant pas ses ressortissants. Il est également contraint d'y rester, le Liban lui ayant interdit de voyager en raison des poursuites japonaises.

Cette situation géographique, loin de la France, a compliqué le travail des enquêteurs à Nanterre.

Après avoir dû se rendre à Beyrouth pour l'entendre en juin 2021, le juge d'instruction de Nanterre a essayé, à plusieurs reprises, de notifier ses charges à M. Ghosn, notamment en le convoquant. Mais celui-ci a opposé son interdiction de sortir du Liban, le contraignant à émettre un mandat d'arrêt.

Depuis, la justice libanaise a interrogé Carlos Ghosn, sans l'interpeller. Une source au parquet libanais a indiqué à l'AFP avoir plutôt demandé à la France de lui transmettre le dossier concernant M. Ghosn.

L'ancien PDG est aussi visé, en France, par une information judiciaire à Paris portant sur les contrats passés par une filiale de Renault Nissan, RNBV.

La juge chargée de cette enquête l'a convoqué le 19 mai dernier pour un interrogatoire de première comparution, mais ce dernier a justifié, une nouvelle fois, son absence par son interdiction de quitter le Liban.


 

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