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Chanel à l'honneur au musée Pouchkine de Moscou

Petite robe noire et toile avant-gardiste de Rodtchenko, lamé d'or et vieilles icônes russes: l'histoire de Chanel et de ses créations rime avec peintures, sculptures et photos dans une exposition qui lui est consacrée au musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou.

L'exposition intitulée "Chanel. L'art comme Univers" qui s'ouvre jeudi jusqu'au 21 novembre invite les visiteurs dans un labyrinthe réunissant cinq univers thématiques: les Noirs, le Rouge, le lamé or ("les Venises"), le jersey ("Sables") et le Tweed.

"Nous avons accepté sans hésiter la proposition de la maison Chanel d'accueillir cette exposition. Chanel est un phénomène de mode, un phénomène d'art", a déclaré la conservatrice du prestigieux musée russe, Irina Antonova, lors d'une conférence de presse mercredi.

La conception de l'exposition revient au Français Jean-Louis Froment, créateur du musée d'art contemporain de Bordeaux.

"Elle est proche de celle de Chanel et marie une étonnante liberté, indépendance, avec la rigueur et énormément d'imagination", estime Mme Antonova.

"Dans un musée tout est possible", a déclaré M. Froment sur fond d'une célèbre photo de Man Ray de 1935 présentant une Chanel de noir vêtue, parée de perles, une cigarette aux lèvres.

Une légère odeur de Chanel n°5 flotte dans le labyrinthe.

"Ce parfum m'a accompagné toute ma vie. J'ai un souvenir qui m'est très cher et a été très important pour la préparation de cette exposition", a confié Irina Antonova, 85 ans, qui parle un français parfait.

"J'étais toute petite, mon père a apporté d'une mission en France un petit flacon de ce parfum. Quand les parents étaient au théâtre, j'ouvrais le placard pour sentir ce parfum dont étaient imprégnées les robes de maman".

D'un concept inédit pour le musée Pouchkine, l'exposition réserve cependant quelque déceptions: les "Baigneuses" de Picasso et "Femme au col blanc" de Modigliani promises avant l'ouverture de la manifestation font figure de grands absents, les musées occidentaux ayant refusé de les prêter au dernier moment, selon les organisateurs.

Les espaces offrent les associations les plus inattendues. Petite robe noire créée en 1926, devenue incontournable pour toute femme élégante, peintures de l'avant-gardiste Alexandre Rodtchenko, une photo, de dos, de soeur Yvette par Andres Serrano dans l'univers des Noirs.

Dans le Rouge, une peinture intitulée "Un mètre carré de rouge à lèvre" de Fabrice Hyber, inspirée de carrés de Malevitch et de la couleur culte que Mademoiselle ne portait elle-même que sur les lèvres.

"Pourquoi tout ce que je fais devient byzantin ?", ne cessait de répéter Gabrielle Chanel. Dans l'espace "Les Venises", on trouvera des robes du soir dorées mais aussi une icône russe du XVI siècle de Notre-Dame de Vladimir.

La présence d'oeuvres d'art dans cette exposition "porte cette idée de temps, d'un temps qui se dépasse lui-même", a expliqué M. Froment.

"Le labyrinthe va donner l'impression d'un coffret tout simple où l'on retrouve des bijoux précieux ou d'une coquille qui cache une perle", a pour sa part commenté Vitali Michine, le commissaire russe de l'exposition.

Ce dédale artistique mène vers la toile "Filles en noir" de Renoir peinte en 1881, deux ans avant la naissance de la Grande Dame de la mode, qui résume l'esprit de l'exposition.

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