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Les tests de Mathieu: l'inventeur de la serrure veut sécuriser et connecter votre maison, que vaut Yale Home ?

Ambitieux et optimiste, Yale veut se faire une place sur un marché qui décolle lentement, celui de la maison « intelligente ». Le fabricant de serrure et de cadenas a l’intelligence de se focaliser sur l’aspect qui attire le plus de monde : la sécurité, un domaine qu’il maitrise au niveau du matériel. Mais le logiciel, si critique dans notre monde moderne ? Vous le découvrirez en parcourant mon test des nouveaux produits de l’écosystème Yale Home. 

Lentement mais sûrement, la maison intelligente, smart home en anglais, trouve un public de plus en plus large. On lui promettait pourtant un avenir miraculeux il y a 10 ans ; mais faute de facilité d'installation et configuration, force est de constater qu'à part des enceintes qui se connectent elles-mêmes à Spotify et des ampoules qu'on contrôle avec un assistant vocal, nos maisons ne sont pas vraiment smart

Ce serait oublir un secteur qui se démocratise: la sécurité. Il y a bien sûr les caméras de surveillance, relativement simples à installer, et qui ne coûtent plus que quelques dizaines d'euros. Mais si vous cherchez une solution plus globale de sécurité à domicile (à installer et gérer soi-même, donc sans abonnement ni l'intervention d'un professionnel), les acteurs se font plus rares. Et, surprise en ce début d'année 2024, Yale sort le grand jeu pour présenter quelques nouveaux produits, et surtout un nouveau slogan: Security made simple (la sécurité simplifiée). J'ai pu tester tout ça en conditions réelles, voici mon analyse. 

Le "cerveau": une application et un petit système d'alarme (349€)

Yale est optimiste, car rien n'est vraiment simple quand il faut choisir, installer et configurer 8 appareils ou capteurs dans une maison. J'ai l'habitude et, si globalement l'installation s'est bien déroulée, il faut y consacrer de la réflexion en amont (quel appareil, à quel endroit, dans quel but), et puis du temps et de l'énergie pour brancher, fixer, configurer, paramétrer…

Mais ce nouveau starter kit d'alarme Yale (349,99€) est le meilleur point de départ du fabricant pour débuter votre maison intelligente, car il se différencie des propositions isolées de la concurrence. Il contient: 

  • Une centrale qui intègre une sirène et de quoi communiquer avec tous les capteurs ou commandes
  • Un détecteur de mouvement
  • Un capteur d'ouverture porte/fenêtre
  • Un clavier de commande à fixer à l'intérieur
  • Un porte-clé de commande rapide à garder sur soi
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Avantage pour l'installation: à part la centrale d'alarme, tous ces appareils sont sans fil et fonctionnent sur pile. Difficile d'estimer actuellement leur durée de vie, tout dépend de l'usage, mais il faudra rester vigilant et s'approvisionner en piles au format pas très courant (CR2 de 3V, notamment). 

Il ne m'aura fallu que 45 minutes pour tout installer, en suivant les recommandations et explications (avec vidéo) de l'application Yale Home, cerveau logiciel de votre maison connectée et sécurisée. La base est là: à partir de cette appli sécurisée (authentification à double facteur, numéro de téléphone obligatoire), du clavier ou de la télécommande, vous pouvez basculer l'état de l'alarme en :

  • Désarmé: les capteurs sont au repos
  • Absent: les capteurs se réveillent et déclenchent la sirène en cas d'ouverture de la porte ou de détection de mouvement
  • A la maison: à vous de décider ce qui est surveillé (mal traduit Accueil par Yale) :
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En réalité, pour ces trois modes, via l'application, vous pouvez décider du processus d'alarme. Un capteur qui détecte (une ouverture, un mouvement) peut, selon l'état de l'alarme:

  • Déclencher directement la sirène intérieure de la centrale (maximum 100 db, de quoi vous réveiller, mais pas de quoi alerter toute la rue)
  • Déclencher un délai d'entrée (un bruit de minuteur d'une dizaine de secondes précède le déclenchement de la sirène)
  • Envoyer simplement une notification sur le smartphone ayant l'application Yale Home
  • Ne rien faire du tout. 

Une bonne petite base pour sécuriser sa maison. En accessoire, il y a une sirène extérieure bien visible et plus puissante, qui peut même afficher un peu de lumière. Et bien entendu, libre à vous d’ajouter autant de capteurs de mouvements ou d’ouverture de porte/fenêtre que vous souhaitez. 

Une nouvelle serrure, plus pertinente (229€)

Qui dit sécurité, dit accès. Et quoi de plus logique pour l’inventeur de la serrure d’en proposer une version moderne ? Il y a deux ans, j’avais testé la première proposition de Yale, baptisée Linus, en hommage à Linus Yale, inventeur du cylindre de porte au 20e siècle ; elle ne m’avait pas laissé une très bonne impression.

La 2e version est, heureusement, nettement meilleure. Plus petite, elle intègre désormais une batterie rechargeable promettant 6 mois d’autonomie en usage normal. Après une semaine d’utilisation (plusieurs fois par jour), elle indique que le niveau de la batterie est encore « élevé », ce qui est donc bien normal. 

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Avec son module Wi-Fi intégré (il ne faut donc plus de ‘bridge’ encombrant), la Linus 2 se connecte directement au réseau, lui permettant d’être commandée à distance, pour ouvrir la porte à un ami, par exemple. La serrure peut se connecter directement au smartphone en Bluetooth, si vous préférez ne pas la connecter à Internet (ce qui semble prudent, mais ça vous prive de facto d'une ouverture à distance). 

Son principe n’a pas changé : c’est un boîtier motorisé que l’on fixe à l’intérieur d’une porte d’entrée, au niveau du cylindre (avec sa clé insérée). La Linus 2 est équipée d’une encoche qui « pince » la clé et la tourne dans un sens ou dans l’autre. Elle est donc compatible avec toutes les portes belges « normales », mais il faut que votre cylindre soit double, c’est-à-dire qu’il accepte qu’une clé tourne même si une deuxième clé est insérée à son autre extrémité. 

Yale innove sur un autre point avec cette deuxième version, grâce à son Dot (fourni avec la serrure). Il s’agit d’un petit badge NFC à scanner avec un smartphone. Je l’ai fixé sur mon portail qui se trouve à 5 mètres de la porte d'entrée: quand je rentre chez moi, je passe mon smartphone (déverrouillé) sur le Dot, l’application s’ouvre et l’action « ouverture » s’enclenche dans la foulée. Le temps que j’arrive à ma porte d’entrée, celle-ci est ouverte. Pratique :

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Des caméras basiques, une sonnette qui méritait une meilleure image

La serrure et l’alarme sont les éléments essentiels et différenciants de la proposition ‘maison connectée’ de Yale. Mais pour avoir une approche plus globale de la sécurité, Yale commercialise également des caméras de surveillance, même si ça n’est pas du tout son domaine d’expertise. J’ai installé la version « intérieure » qui est assez élémentaire (prix léger, heureusement: 59€). Elle vous permet de voir votre salon en direct via l’application, et de communiquer avec un éventuel interlocuteur (il y a un micro et un petit haut-parleur). Activée, elle va enregistrer une séquence de quelques secondes dès qu’elle détectera un mouvement. Ces clips vidéo ne peuvent pas être stockées localement, ils le sont donc sur les serveurs de Yale, qui a la gentillesse d’offrir environ deux jours d’historique (pour avoir 30 jours, il faut passer à l’abonnement payant de 4€ par mois). 

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Le principe est parfaitement le même pour la caméra extérieure. Pour la sonnette de Yale (159€), il y a bien entendu, en surplus, le bouton qui « appellera » votre smartphone, vous permettant de converser avec celui qui l’a appuyé. Le délai peut être conséquent (parfois 5 secondes), et l'écran de conversation nécessite d'activer le micro et le haut-parleur sinon vous n'entendrez rien. Améliorable, donc. En accessoire, un carillon existe, à brancher dans une prise de courant. Cette sonnette, paramétrable au niveau de la zone à surveiller, est assez réactive. Je regrette simplement son format 16/9 qui est nettement moins adapté qu’un format carré. Quand une personne sonne, on préfère la voir entièrement que de voir le trottoir à gauche et à droite :

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Le principal: de l'intelligence !

Nous sommes en 2024 et il faut donc aller un peu plus pour attirer les utilisateurs dans la laborieuse tâche d’installation et configuration d’une maison connectée (et sécurisée). Il faut un peu d’intelligence et d’automatisme pour qu’une somme d’appareils d’une même marque devienne un écosystème transparent et intuitif. Yale a fait de gros effort d’intégration avec son application Yale Home et, même si celle-ci n’est pas très agréable à utiliser (elle mériterait un coup de modernité et de design), elle est fonctionnelle et relativement efficace. 

C’est via cette application que vous pourrez créer des ponts intelligents entre vos appareils. Exemple très simple mais très pertinent : lorsque vous déverrouillez la porte d’entrée, la caméra de surveillance se coupe et l’alarme se désarme. Et comme ça se fait tout simplement en passant son smartphone déverrouillé devant le Yale Dot placé devant la maison, on tient là une routine très pratique qui vous encouragera à utiliser tout le potentiel de votre nouvelle maison connectée.

Il est également possible de relier la sonnette Yale à la serrure : quelqu’un sonne, vous « décrochez » et apparaît alors sur l'écran de conversation un bouton permettant d’ouvrir la porte à distance sur le même écran. Malin (voir photo ci-dessus). 

Si vous aimez vraiment ça, vous pouvez, via le menu Fonctionne avec de Yale Home, faire des ponts plus grands vers Google Home et Philipps Hue, par exemple. Ma serrure peut donc fonctionner avec l’assistant Google (ouverture/fermeture avec code PIN), le flux direct des caméras Yale pourra être diffusé sur un Google Nest Hub, et vos ampoules se mettront en vert ou en rouge lorsque vous désactiverez ou activerez votre alarme. Ça va peut-être un peu loin pour certains, mais sachez que c’est possible.  

Encore du travail sur le logiciel

Yale doit encore consacrer beaucoup de ressources et de temps pour peaufiner cette partie logicielle, et la rendre plus aboutie, plus conviviale, plus riche. Mais ça n'est pas son core business, donc il faut être indulgent pour le moment. Il est par exemple dommage qu’il soit impossible de faire surveiller une caméra selon un planning à définir. Vos caméras intérieures ou extérieures sont ON ou OFF, or il est rare de vouloir enregistrer en permanence tous les mouvements, surtout à l'intérieur d'une maison. Tout au mieux, ces caméras s’éteignent avec le déverrouillage de la porte si vous avez activé cette intégration. 

Il est également impossible d’activer automatiquement l’alarme selon un certain planning, ou selon une règle (exemple : si je verrouille ma porte en sortant de chez moi). Il faut le faire à l’ancienne, à la main donc. Dans le meilleur des cas, l’application Yale Home peut vous rappeler d’armer l’alarme si vous activez le geofencing (l’appli sait que vous quittez la zone géographique de votre maison). 

Quant aux traductions françaises de l'application, elles sont assez indigestes car très approximatives, aléatoires et présentes dès l'écran d'accueil (voir les encadrés oranges):

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Conclusions

Yale met les petits plats dans les grands pour son nouveau concept de maison connectée et sécurisée, et le pari est globalement réussi. Yale Home propose une approche complète et intégrée pour sécuriser votre domicile, tout en simplifiant son utilisation. Le kit d'alarme est une base solide pour protéger votre maison, tandis que la serrure Yale Linus 2 représente une avancée significative en termes de praticité et de connectivité (par rapport à la génération précédente). Bien que les caméras et la sonnette présentent des fonctionnalités basiques, l'intégration intelligente de l'ensemble des dispositifs via l'application Yale Home ouvre la voie à une expérience utilisateur plus fluide et sécurisée. Mais on ne devient pas un pro de l’application en quelques mois : logiciellement parlant, Yale a encore des efforts à faire pour rendre son appli plus conviviale, pour y proposer des fonctionnalités de planification ou de communication plus abouties entre ses appareils. Il faudrait également mieux la traduire en français, et corriger quelques petits retards de traitement ou bugs techniques. Enfin, il devra élargir la disponibilité de tous ces produits, actuellement limitée, même en ligne. 

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