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La victime avoue avoir menti vingt ans plus tard: condamné pour viol, Farid E. veut récupérer "sa dignité"

Il avait été condamné il y a près de vingt ans pour le viol d'une mineure qui a depuis reconnu avoir menti: Farid E., 41 ans, a demandé jeudi à la Cour de révision de lui "rendre sa dignité".

Voici un extrait des confessions de la victime: "Je vous confesse avoir menti, écrit Julie D. dans une lettre adressée au procureur de la République de Douai le 23 octobre 2017. Monsieur Farid E. n'est coupable de rien, je souhaite aujourd'hui rétablir la vérité. (...) J'étais enfermée dans mon propre mensonge et coincée dans l'emprise du secret familial".

Accusé à tort alors qu'il avait 17 ans

Le 15 décembre 1998, la lycéenne de quinze ans est entendue dans le cadre d'une enquête pour "agressions sexuelles" et "viol en réunion", déclenchée par le procureur de la République après le dépôt de plainte de ses parents.

Farid E. est accusé par la victime présumée d'être l'auteur d'attouchements et d'un viol commis un soir de juillet 1998 dans une petite ville du nord de la France.

Celui-ci ne cesse de clamer son innocence durant sa garde à vue, lors de la confrontation et tout au long de son procès, expliquant que: "C'est impossible! Je n'ai jamais eu de rapport sexuel!".

Présenté à un juge d'instruction, le jeune homme de 17 ans au moment des faits est incarcéré au quartier des mineurs de la maison d'arrêt de Loos, dans le nord de la France. "J'étais un enfant, j'avais 17 ans. J'ai souffert d'une manière que je vous laisse imaginer", se souvient-il aujourd'hui.

Elle affirme aujourd'hui avoir été violée plusieurs fois, mais par son frère

Durant l'enquête, les différentes expertises psychologiques et gynécologiques soutiennent les accusations de la victime, capable d'évoquer les faits d'une manière certaine.

Entre ses huit et douze ans, Julie D. est en fait victime d'"incestes répétés de la part de (son) grand frère", comme elle le dénonce dans la lettre envoyée au procureur, à laquelle elle joint une plainte pour viol contre son frère.

L'accusé est finalement reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, il est condamné à cinq ans de prison, dont quatre ans et deux mois avec sursis, de quoi couvrir sa période de détention provisoire. Ses parents, au titre de la responsabilité civile, sont condamnés à verser 17.000 euros de dommages et intérêts.

Farid E. est dès lors forcé de pointer tous les ans à la gendarmerie, et est inscrit au Fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles et violentes.

Audience "trop difficile"

Vingt-trois ans après les faits, la Cour de révision a donc étudié une possible annulation du verdict rendu en 2003 par la cour d'assises du Nord. C'est "exceptionnel car cette cour se réunit peu souvent et elle le fait aujourd'hui à l'initiative du parquet et non pas du condamné", rappelle Frank Berton, avocat de Farid E.

Détruire ma famille pour protéger la sienne, c'est ignoble

Après le résumé des faits et la lecture d'un extrait de la lettre de la victime, l'avocat général a demandé l'annulation sans renvoi de la condamnation datant de 2003 et la suppression conséquente des mentions dans le casier judiciaire de Farid E.

Lors de l'audience, l'avocat du condamné brandit une photo de son client, assis près de lui : "Je vous demande de regarder le visage de ce jeune garçon de 17 ans. Ses parents sont en soins palliatifs. Au moment où ils vont perdre la vie, je vous demande de lui rendre la sienne, sa dignité et son honneur".

"Je comprends son mal-être [celui de Julie D.] parce que personne ne doit vivre de telles choses", considère Farid E. à la sortie de l'audience. "Mais détruire ma famille pour protéger la sienne, c'est ignoble. Je ne pourrai jamais lui pardonner".

Absente durant l'audience qu'elle jugeait "trop difficile" à vivre, Julie D. était représentée par son conseil Anne-Sophie Wagnon Horiot.

Devant la cour, l'avocate se dit "consciente de la gravité, la solennité du moment qui concerne un accusé, un détenu et un condamné à tort". Mais "la justice est grande quand elle est capable de se remettre en cause et dire qu'elle s'est trompée", souligne-t-elle.

Mis en délibéré, l'arrêt de la Cour de révision sera rendu le 15 décembre. Farid E. pourrait devenir le douzième condamné aux assises reconnu comme victime d'erreur judiciaire depuis 1945.

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