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Kristjan Loftsson ne voit pas la différence: "la baleine est un gros poisson comme les autres" que personne, et surtout pas la CBI, ne devrait tenter de l'empêcher de chasser.
Alors que la Commission baleinière internationale (CBI) est réunie jusqu'à vendredi à Agadir pour trouver un compromis susceptible de mettre fin à la guerre de tranchées entre pro et anti-chasse, ce pêcheur d'Islande de 67 ans n'a que mépris pour ces gesticulations.
La CBI a proposé un plan qui réduirait, sous son contrôle, les quotas des chasses islandaise, norvégienne et japonaise tout en les autorisant malgré le moratoire de 1986.
"Tout ce débat ne vise qu'à créer du chômage", lâche en ronchonnant M. Loftsson, intégré à la délégation islandaise en tant qu'un des principaux opérateurs baleiniers de son île.
"Les pires, ce sont les Etats-Unis. Et les Européens - surtout la Grande-Bretagne", qu'il n'est pas pressé de rejoindre, bien que l'Islande ait posé sa candidature d'entrée dans l'Union. "Nous avons 150 personnes liées à la chasse, sur 320.000 habitants. Rapportez-ça à la population américaine: c'est comme supprimer 15.000 jobs", s'emporte-t-il sous sa casquette.
"Tous ceux qui veulent nous faire arrêter sont d'anciens pays chasseurs qui se sentent coupables: plus de 64.000 baleines bleues ont été tuées entre 1933 et 1966, et 105.000 rorquals communs. Ils voudraient nous faire partager leur mauvaise conscience".
Quant aux histoires de baleines qui seraient si proches des humains, capables de communiquer entre elles et même de se reconnaître dans un miroir, à l'instar des dauphins et de certains primates, comme l'affirment des biologistes, il les évacue.
"Je n'y crois pas. Si elles étaient si malines que ça, elles resteraient en dehors de nos eaux territoriales".
Cette sensiblerie des "fous" ("the crazy"), comme il dit, ne l'atteint pas: premièrement, la baleine est une ressource essentielle à son pays comme toutes les ressources marines, et deuxièmement, sans contrôle, elle proliférerait "comme un nuisible": "s'il y a trop de baleines, il n'y aura plus assez à manger pour les autres poissons".
Pour autant, prévient-il, "je ne voudrais pas être celui qui attrappe la dernière".
Lui-même s'est embarqué à 13 ans, en 1956, pour un été comme deckman, un des mousses postés sur le pont du baleinier de son père pour guetter les baleines: "la saison correspond aux vacances d'été, de juin à fin septembre. C'est là qu'on les voit le mieux parce qu'il fait jour 24 heures sur 24. C'était un bon boulot - on était bien payé, assez pour boire et s'amuser - et ça l'est toujours".
Mais il n'y avait pas encore de quotas et son bateau rapportait plus d'une cinquantaine de rorquals par été. La saison dernière, l'Islande en a chassé 125 au total.
Bien sûr, il connaît Moby Dick. Pas lu le livre, mais "vu le film": "Mais c'était une chasse complètement différente alors. Je ne me serais jamais enrôlé, c'était trop dangereux. Ils avaient vraiment des tripes ces gars-là".
Aujourd'hui, on chasse avec un canon de 90mm qui propulse le harpon, perpendiculairement au flanc, équipé d'une grenade de plus de 70 kilos conçue pour exploser à l'intérieur de l'animal: "Normalement, ça les tue instantanément".
Pour lui, "la CBI ne sert à rien, elle ne profite qu'aux compagnies aériennes et aux hôtels, avec des réunions de 500 personnes chaque année" et les ONG sont "des mendiants en col blanc, toujours à réclamer de l'argent, en lutte contre tout". Et qui voudraient l'empêcher de se régaler avec un plat de baleine bouillie et marinée dans du lait fermenté pendant trois mois. "Plus ça marine, meilleur c'est", assure-t-il avec tendresse.
