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BD: Le retour des "Passagers du vent" de François Bourgeon

BD: Le retour des
L'auteur français de bandes dessinées François Bourgeon à Paris, le 1er octobre 2018.Joël SAGET

Presque 40 ans après sa création le dessinateur et scénariste François Bourgeon publie mercredi le 8e tome d'une des plus grandes sagas de la BD historique francophone: "Les passagers du vent", "œuvre d'une vie".

"En commençant la série en 1979, j'espérais faire quelques albums mais je ne savais absolument pas que cela me suivrait toute ma vie", affirme François Bourgeon, 73 ans, interrogé par l'AFP.

Chaque titre de la saga s'est écoulé à environ un million d'exemplaires. La série est traduite dans une vingtaine de langues.

"Les choses se sont enchaînées doucement avec de grandes périodes d'interruption. En fait, explique le dessinateur, j'attends vraiment d'avoir quelque chose à dire pour reprendre".

Intitulé "Le sang des cerises" (Delcourt), ce nouvel épisode se situe à Montmartre quelques années après l'écrasement de la Commune de Paris. L'histoire débute au moment de l'enterrement de Jules Vallès en 1885.

Dans le Paris populaire qui vit comme un affront l'érection de "Notre-Dame des briques", le surnom méprisant donné à la basilique du Sacré Cœur, le souvenir de la Commune et de la Semaine sanglante est toujours vivant et douloureux.

Auteur qu'on peut qualifier de féministe tant les femmes, toujours libres et insoumises, occupent un rôle central et essentiel dans son œuvre, François Bourgeon explique avoir choisi au début des personnages féminins "presque par hasard" car il avait commencé sa carrière en BD au début des années 1970 dans des magazines "destinés aux petites filles".

Ce goût pour les héroïnes "est devenu ensuite une habitude et presque un besoin".

"Cela permet la complémentarité, d'aller vers la différence et d'exprimer aussi la part de féminin qu'il y a en moi".

- Planches rédigées en breton -

Dans "Le sang des cerises", on retrouve Zabo, arrière petite-fille d'Isa, l'héroïne des premiers albums, rencontrée pour la première fois dans "La petite fille Bois-Caïman" (les deux précédents épisodes parus en 2009 et 2010). On découvre surtout un nouveau personnage féminin, une jeune Bretonne prénommée Klervi, narratrice de cet épisode un peu occulté de l'histoire de France.

La Commune de Paris est une période "passionnante et qui a des tas de choses à dire mais c'est une histoire qui a été mise sous cloche. On a entendu nos grands-mères chanter +Le temps des cerises+ mais personne ne sait plus pourquoi", regrette-t-il.

"Mon but était de faire découvrir aux lecteurs une période à travers des gens qui l'ont vécue", souligne le dessinateur qui reconnaît que son objectivité "n'est pas celle de l'historien mais celle de ses personnages".

Perfectionniste de la BD, connu pour la précision de son trait, François Bourgeon a reconstitué dans son atelier de Quimper une maquette "au centième" du quartier de Montmartre où se situe son histoire. "Cela m'a pris un ou deux mois" mais cet exercice rend le dessin d'un réalisme saisissant.

Quand on s'étonne de ce perfectionnisme pour une œuvre de fiction, François Bourgeon réplique qu'il a besoin "que son histoire soit dans un lieu pas nécessairement vrai mais vraisemblable".

Comme dans "La petit fille Bois-Caïman" où le créole se mêlait au français, des planches entières du "Sang des cerises" sont rédigées en breton et en argot parisien. Ce parti pris réaliste y compris dans la langue ne freine pas la lecteur du récit mais un glossaire bienvenu est placé en fin de volume.

"J'avais à cœur que le personnage de Klervi ne sache pas un mot de français en débarquant à Paris car c'était le cas de toutes ces petites paysannes, filles de marins-pêcheurs, qui venaient chercher du boulot" dans la capitale.

Pourtant, reconnaît François Bourgeon, "je ne parle pas breton même si j'habite en Bretagne depuis une trentaine d'années". "Pour parler bien breton il faut le pratiquer tous les jours. Comme j'ai un métier de solitaire, ce n'est pas possible", ajoute-t-il en riant.

Les textes en breton ont été rédigés "par un ami (Robert Gouzien, ndlr), enseignant de breton".

Pour l'argot parisien, "langue inventive et amusante", François Bourgeon a ressorti "ses souvenirs d'enfance" à Paname.

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