"Gilets jaunes": à Paris, un défilé pacifique terni par des heurts

Partis des Champs-Elysées dans la matinée, plusieurs milliers de "gilets jaunes" ont déambulé samedi dans le calme pendant une bonne partie de la journée avant que des violences et des heurts n'éclatent avec les forces de l'ordre jusqu'en début de soirée.

Pour "l'acte VIII" de leur mobilisation, les "gilets jaunes" s'étaient retrouvés au petit matin sur les Champs-Elysées, lieu emblématique de leur contestation, pour faire entendre leurs doléances lors d'une assemblée générale improvisée.

Un mégaphone passe de main en main, sous le regard lointain des CRS. "On reviendra jusqu’à ce que Macron cède", lance Belinda, femme au foyer de 31 ans.

D'abord peu nombreux, le petit groupe grossit progressivement et tente de descendre les Champs-Elysées avant d'être freiné par un cortège de CRS. La tension retombe vite.

Désormais fort d'environ 1.500 personnes, le cortège se dirige ensuite aux sons des sifflets et des "Macron démission" vers le quartier de la gare Saint-Lazare. Une statue du baron Haussmann est recouverte d'un gilet jaune par un manifestant fier de son effet.

Simone, 84 ans, porte un manteau de fourrure et un regard bienveillant sur le mouvement. "C'est très bien mais je vais pas aller manifester avec mon manteau de vison, ils pourraient me le prendre", sourit-elle.

Après une halte place de la Bourse devant le siège de l'AFP, le cortège, qui rassemblera jusqu'à 3.500 personnes selon la préfecture, arrive à Hôtel de Ville où d'autres "gilets jaunes" se sont donné rendez-vous pour défiler jusqu'à l'Assemblée nationale.

C'est à ce moment-là qu'éclatent les premiers incidents. Vers 14H00, sur les quais de Seine, entre la place du Châtelet et l'Hôtel de Ville, des manifestants jettent des bouteilles et des pierres sur les forces de l'ordre qui répliquent par des tirs de lacrymogènes, constate un journaliste de l'AFP.

- "Il y a toujours des cons" -

Le calme revient vite mais de nouveaux accrochages éclatent quelques dizaines de mètres plus loin, sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor qui relie les deux rives de la Seine au niveau du Jardin des Tuileries.

Des "gilets jaunes" qui tentent de l'emprunter sont repoussés par les forces de l'ordre. Des coups sont échangés. Touché, un gendarme est évacué par les secours. Des manifestants sont également blessés ainsi qu'un journaliste indépendant, a constaté l'AFP.

"Il y a toujours des cons mais nous, on n'est pas là pour casser, juste manifester pour être entendus", dit "Ludo", venu de l'Indre.

"Aujourd'hui je suis surtout là pour défendre le droit de mes enfants, pour que leur travail leur permette de manger", dit Ghislaine, 58 ans, venue de la région parisienne.

Le cortège, qui déambule notamment devant le musée d'Orsay qui a prestement fermé ses portes, est désormais bloqué par les forces de l'ordre et doit renoncer à atteindre l'Assemblée, alors qu'un incendie se déclare sur une péniche restaurant amarrée non loin de là.

Plusieurs dizaines de "gilets jaunes" dévient alors du parcours en scandant "Paris, debout soulève-toi!" et se dirigent vers le boulevard Saint-Germain où de nouveaux incidents éclatent.

Plusieurs barricades de fortune sont érigées sur ce très chic boulevard. Au moins une voiture, plusieurs scooters et des poubelles sont incendiés, dégageant d'épaisses fumées noires. Les dégâts sont spectaculaires mais restent limités.

"Mettre le feu comme ça, c'est pas possible. C'est l'apocalypse. Et l'image de la France dans le monde", se désole toutefois une passante.

Arrivés en renforts, les CRS finissent disperser les manifestants.

Non loin de là, rue de Grenelle, des manifestants qui se sont emparés d'un engin de chantier défoncent l'entrée du ministère de Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, le contraignant à être évacué d'urgence.

"Ce n'est pas moi qui suis visé, c'est la République", dira-t-il plus tard à l'AFP.

Chassés du coeur de Paris, plusieurs "gilets jaunes" décident alors de revenir au point de départ de cet "acte VIII": les Champs-Elysées, où les commerces sont pour la plupart restés ouverts.

Quelques véhicules sont incendiés dans les rues adjacentes et des manifestants investissent la chaussée pour bloquer la circulation, sous l'oeil parfois amusé des touristes.

Massés en nombre, les forces de l'ordre procèdent alors à plusieurs charges et dispersent les manifestants à coups de lacrymogènes et de canon à eau. Aux alentours de 20H00, la poignée de "gilets jaunes" est noyée dans la masse des badauds.

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