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Crise avec la Chine: un éleveur de porcs québécois se dit "amer"

Crise avec la Chine: un éleveur de porcs québécois se dit
Serge Ménard, éleveur de porcs à St-Thomas de Joliette (Québec),se dit inquiet de l'embargo chinois sur la viande canadienne. Photo pris le 26 juin 2019.Sebastien St-Jean
alimentation, Chine

"Ça laisse un goût amer": Serge Ménard, éleveur québécois de porcs, s'inquiète pour l'avenir de son élevage, au lendemain de la suspension par la Chine des importations de viande canadienne.

Des centaines de porcs promis à l'abattoir dans quelques semaines s'agitent dans leur enclos au passage de M. Ménard, venu inspecter ses hangars et vérifier les réserves de nourriture de ses bêtes.

Le sexagénaire, qui a acquis en 1995 son élevage de Saint-Thomas de Joliette (à une heure de Montréal), craint que les exportateurs qui se fournissent en viande chez lui ne réduisent leur carnet de commande après cette nouvelle passe d'armes entre Pékin et Ottawa.

La Chine a suspendu mardi les importations de viande canadienne, après la découverte de faux certificats d'exportation de viande de porc du Canada, selon les autorités chinoises. Ottawa, qui soupçonne une fraude pour introduire en contrebande de la viande en Chine, a immédiat confié une enquête à la police fédérale.

Mais pour beaucoup, il s'agit surtout d'un nouvel épisode dans la crise diplomatique qui déchire les deux pays depuis plus de six mois.

"Ce qui est inquiétant, c'est qu'on livre des porcs tous les jours à l'abattoir... ils vont faire quoi avec toute cette viande qui s'en allait en Chine?", se demande M. Ménard, éleveur depuis plus de 40 ans.

L'annonce de cette interdiction par la Chine, qui achète surtout les parties pauvres du porc, difficiles à écouler, a fait vaciller l'industrie porcine et chuter les prix à la bourse de Chicago qui fait loi dans le monde agricole.

D'autant que la Chine est le troisième marché d'exportation pour le porc canadien. En 2018, les exportations canadiennes de porc se sont élevées à près de 4 milliards de dollars, dont 514 millions de dollars pour la Chine.

"Jamais, on n'aurait pensé que le prix aurait chuté aussi vite que ça. On vendait un porc 250 dollars américains (220 euros) au mois de mai, et là, ce matin (mercredi, NDLR) il était à 210-215 dollars (185-189 euros)", enrage le fermier québécois.

"Si ça continue à baisser, on va bientôt tomber à kif-kif", c'est-à-dire que les bêtes seront vendues à prix coûtant, s'inquiète-il.

- Ractopamine -

A l'origine du boycott du porc canadien: la découverte mi-juin, par les douaniers chinois, d'une cargaison de porcs contenant, selon eux, des traces de ractopamine, un additif alimentaire encore utilisé aux Etats-Unis mais interdit en Chine.

"La ractopamine est un additif alimentaire qu'on ne met plus dans nos moulées depuis déjà plusieurs années", assure M. Ménard. "Maintenant, on n'a plus le droit, on n'en met pas ... Il n'y en a plus au Québec de la ractopamine, donc je ne comprends pas la Chine, d'où elle prend ses informations ? Est-ce qu'ils en ont trouvé, je ne le sais pas. Est-ce que c'est politique? Je ne le sais pas non plus."

La Chine et le Canada traversent une grave crise depuis l'arrestation le 1er décembre à Vancouver d'une dirigeante du géant chinois des télécoms Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des Etats-Unis.

Depuis cette arrestation, le torchon brûle: les autorités chinoises ont arrêté deux Canadiens qu'elles soupçonnent d'espionnage. La Chine a également bloqué les importations des deux principaux producteurs canadiens de colza, arguant y avoir trouvé des "nuisibles".

Cette situation "va avoir des répercussions sur la vente de la viande à l'export, ça, c'est sûr", soupire l'éleveur québécois.

Inquiet pour l'avenir de sa petite exploitation indépendante, il se prépare déjà à une longue crise. "On avait d'autres projets de rénovations à faire cet été, mais on termine celui-là et on arrête. On ne sait pas ce qui s'en vient".

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