Le Venezuela mettra "au moins une décennie" à se remettre de la crise

Le Venezuela mettra
Le directeur du FMI pour l'Amérique latine, Alejandro Werner, le 12 avril 2019 à WashingtonAlina DIESTE

"Au moins une décennie": c'est le temps qu'il faudra au Venezuela pour se remettre de la profonde crise économique qu'il traverse actuellement, a prévenu le directeur du FMI pour l'Amérique latine, Alejandro Werner, dans un entretien accordé à l'AFP.

"Nous constatons une implosion économique plus importante que ce que nous avions anticipé", a admis le responsable du Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit une chute du PIB de 25% cette année au Venezuela, ainsi qu'une hyper-inflation de 10.000.000% et un taux de chômage de 44,3%.

En outre, la production de pétrole, la principale ressource du pays, pourrait "connaître une chute vertigineuse à 600.000 barils par jour", privant ainsi le pays sud-américain des avantages du rebond des cours du brut de ces derniers mois.

"Le problème est humanitaire, le système économique est détruit, il y aussi un problème de production, de distribution des biens et, bien sûr, d'endettement", a observé M. Werner, en marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

"Le FMI a certes été confronté dans le passé à ce genre de problèmes, mais probablement pas tous en même temps", a-t-il admis.

Selon lui, le Venezuela mettra "au moins une décennie" à s'en remettre. "En nous fondant sur les expériences des pays qui ont subi des crises similaires (...), nous constatons que la majorité d'entre eux ont mis une décennie voire plusieurs avant de retrouver un niveau de vie équivalent à celui d'avant l'effondrement de leur économie".

- Efforts de reconstruction -

Face à cette situation, le Fonds prépare d'ores et déjà "les composantes de la politique économique pour le jour où le Venezuela disposera d'un gouvernement qui demandera de l'aide à la communauté internationale, afin de contribuer aux efforts de reconstruction", a souligné le responsable du Fonds.

"Le premier pas serait l'aide humanitaire pour faire face aux principales carences dans le domaine de la santé, l'approvisionnement en eau potable et en électricité", a expliqué M. Werner. "Ensuite, il y aurait un grand effort à faire pour la reconstruction de l'économie".

M. Werner a estimé que le pays sud-américain dispose toutefois d'un avantage pour se redresser: "la richesse" du pétrole. "Dans la mesure où le Venezuela parviendrait à rétablir son secteur pétrolier, il disposerait d'un atout que d'autres pays en crise n'ont pas eu".

Le responsable du FMI pour l'Amérique latine a refusé de chiffrer le montant du programme qui serait nécessaire pour secourir l'économie vénézuélienne, ne confirmant pas le montant de 80 milliards de dollars souvent évoqué.

"Il y a des gens qui donnent ces chiffres, mais je crois qu'il ne faut pas anticiper", a-t-il répondu. "Créer des attentes sur des montants qui ne seraient pas soutenables n'est pas adéquat", a-t-il assuré.

Pour lui, la "destruction du système économique, du système de production et des institutions a fait que l'économie est entrée ces dernières années dans un processus d'implosion, indépendamment de la chute du cours du pétrole en 2014".

"Cette chute du brut a certes accéléré l'effondrement, mais l'économie a cessé de croître et l'inflation a commencé à grimper bien avant", a expliqué M. Werner. Selon lui, "d'autres pays qui dépendent du pétrole ont mieux géré la situation".

Aux yeux du responsable du FMI, l'Amérique latine en général fait face à "d'importants défis" depuis que les cours des matières matières ont cessé de grimper, essentiellement dans les pays qui ont subi des "déséquilibres économiques" pendant cette période qui a favorisé les exportations et soutenu fortement la croissance dans la région.

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