Russie: les enquêteurs veulent assigner à résidence l'investisseur américain Calvey

Russie: les enquêteurs veulent assigner à résidence l'investisseur américain Calvey
Le financier Américain Michael Calvey (g), créateur et directeur du fonds d'investissement Baring Vostok, poursuivi pour fraude, comparaît devant un tribunal à Moscou, le 15 février 2019 en RussieVasily MAXIMOV
Russie

Les enquêteurs russes ont demandé mercredi de libérer l'Américain Michael Calvey, directeur du fonds d'investissement Baring Vostok, incarcéré depuis février, pour l'assigner à résidence, ouvrant la voie à un tournant dans cette affaire qui a créé un choc dans les milieux économiques.

Le Comité d'enquête, qui mène les investigations, a demandé l'assignation à résidence de M. Calvey et le tribunal devrait se prononcer jeudi, a indiqué à l'AFP une porte-parole du tribunal Basmanny.

Ce revirement, salué par plusieurs représentants influents des milieux économico-financiers, est d'autant plus inattendu que la détention préventive de l'associé français de M. Calvey, Philippe Delpal, inculpé dans la même affaire, avait été prolongée mardi jusqu'au 14 juillet.

"Bien sûr, si cela se confirme, c'est bien mieux qu'une détention", a déclaré à l'AFP Dmitri Kletochkine, l'avocat de M. Calvey.

L'Américain, qui mène ses activités en Russie depuis plus de 20 ans pour le fonds Baring Vostok, avait été arrêté le 15 février puis placé en détention préventive dans l'attente d'un éventuel procès pour fraude impliquant cinq autres personnes, dont Philippe Delpal.

Ils sont soupçonnés d'être à l'origine d'une fraude d'au moins 2,5 milliards de roubles (environ 33 millions d'euros), mais l'Américain clame que cette affaire n'est qu'une dispute commerciale entre deux actionnaires.

Le Comité d'enquête a également demandé mercredi la libération de détention préventive d'un autre collègue de M. Calvey, Alexeï Korditchev, lui aussi incarcéré.

Dans un communiqué, Baring Vostok a salué ces demandes d'assignation à résidence et espéré qu'elles deviennent effectives pour les cinq employés du fonds.

"C'est un peu étonnant que dans le cas de notre client les enquêteurs aient demandé la prolongation (de la détention). Alors que le crime dont ils sont accusés est le même", a pour sa part déclaré à l'AFP Alexandre Poretchny, un des quatre avocats de Philippe Delpal.

"Vu les arguments avancés on attendait au moins un vrai débat. On ne l'a pas eu. L'attitude des juges était très formelle. Nous maintenons que la détention provisoire est illégale et non fondée", a-t-il déclaré, indiquant avoir l'intention d'interjeter appel cette semaine.

Dans une déclaration transmise à l'AFP lundi, le Français Philippe Delpal dénonçait des "accusations honteusement mensongères" et ses conditions d'emprisonnement.

"Non seulement je suis détenu, mais je suis privé de tout contact, même téléphonique avec ma femme et mes filles de 13 et 16 ans", avait-il affirmé, ajoutant que la communication avec ses avocats était aussi "limitée".

Les arrestations ou les poursuites contre des entrepreneurs sont relativement fréquentes en Russie, souvent initiées par les autorités locales ou des concurrents, mais les investisseurs étrangers sont rarement concernés.

Ces arrestations ont provoqué de vives réactions dans les milieux économiques, où le fonds d'investissement de M. Calvey est très respecté.

L'annonce surprise des enquêteurs mercredi a été saluées par des figures influentes politiques et économiques, tel le numéro deux du gouvernement russe, Anton Silouanov: "Je pense qu'un procès rapide devrait avoir lieu devant un tribunal. J'espère une issue positive".

Vladimir Poutine a lui-même critiqué les placements en détention d'homme d'affaires pour des contentieux commerciaux.

Le représentant des entrepreneurs auprès du Kremlin, Boris Titov, qui a qualifié M. Calvey de "grand patriote" russe, avait annoncé lundi lui avoir rendu visite en prison.

"Une libération sous caution serait la solution la plus logique", avait-il affirmé sur sa page Facebook, ajoutant que la légalité de cette enquête suscitait "beaucoup de doutes".

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