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Italie: Paolo Savona, un économiste anti-euro, aux Affaires européennes

Italie: Paolo Savona, un économiste anti-euro, aux Affaires européennes
L'économiste Paolo Savona lors d'une réunion à Rome le 10 décembre 2007Fabio FRUSTACI
Italie

Paolo Savona, dont le nom a été refusé par le président italien pour diriger les Finances, en raison de son euroscepticisme affiché, a finalement été nommé aux ... Affaires européennes, au sein du premier gouvernement populiste en Italie.

Economiste reconnu, il avait été désigné par la Ligue (extrême droite) et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) au poste stratégique de ministre de l'Economie et des Finances. Mais ses critiques de l'euro et de l'Allemagne lui ont valu le veto spectaculaire du président italien Sergio Mattarella, qui avait ainsi ouvert une crise politique sans précédent.

Jeudi, le chef de l'Etat n'a pas cette fois sourcillé quand le nouveau chef du gouvernement Giuseppe Conte a annoncé qu'il souhaitait nommer M. Savona ministre sans portefeuille avec délégation aux Affaires européennes.

M. Savona, 81 ans, qui a qualifié l'euro dans son dernier livre à paraître de "prison allemande" sera donc bien ministre dans le 65e gouvernement italien depuis 1946.

Paolo Savona a derrière lui un demi-siècle d'expérience, dans les coulisses et sur le devant de la scène politique et économique. Il a aussi été ministre du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement indépendant de Carlo Azeglio Ciampi (1993-1994).

M. Savona est "une personnalité éminente, reconnue, appréciée", avait martelé M. Salvini en défendant son choix de lui confier le portefeuille de l'Economie. Et d'ajouter qu'il comptait alors sur lui pour aller, "fort de son autorité et de sa connaissance, aux rendez-vous européens non pas pour tout mettre sens dessus dessous mais pour reconstruire, pour remettre en marche un moteur qui sinon reste à l'arrêt".

- "Finir comme la Grèce" -

Dans son livre, cité par la presse italienne, M. Savona va cependant plus loin: "Taper du poing sur la table ne sert maintenant à rien. Il faut préparer un plan B pour sortir de l'euro si on y est contraint, de gré ou de force. L'autre alternative est de finir comme la Grèce".

Ses attaques visent les responsables italiens ayant décidé l'entrée de l'Italie dans l'euro, la Banque centrale européenne (BCE) et son président Mario Draghi, et surtout l'Allemagne.

"L'Allemagne n'a pas changé de point de vue sur son rôle en Europe après la fin du nazisme, tout en ayant abandonné l'idée de l'imposer militairement", écrit-il ainsi, tout en se défendant d'être europhobe.

"Je passe pour un des rares économistes institutionnels anti-européen mais ce n'est pas vrai. Je serais en faveur de l'Europe unie, c'est pour ça que je dis le pire de ce que je vois aujourd'hui à Bruxelles", expliquait-il récemment selon le quotidien catholique Avvenire.

Ses positions "sont de manière radicale et suicidaire anti-allemandes", selon Vincenzo Visco, ancien ministre italien des Finances, "cela peut lui créer et nous créer des problèmes".

"Les difficultés de l'Europe sont dues aux élites qui la dirigent: elles disent s'occuper du peuple mais elles ne s'occupent que d'elles-mêmes", explique de son côté M. Savona, sur un ton familier aux sympathisants du M5S comme de la Ligue.

Né à Cagliari, en Sardaigne, en octobre 1936, Paolo Savona a entamé sa carrière à la Banque d'Italie après une maîtrise en économie et commerce en 1961.

Il s'est ensuite spécialisé en économie monétaire au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) et en 1976, il a quitté la Banque d'Italie pour devenir professeur de Politique économique à l'université de Cagliari.

Il a été directeur général de la Confindustria, le patronat italien, président d'une petite banque sarde puis patron d'une importante banque, la Banca Nazionale del Lavoro (BNL). Il a aussi été membre et parfois président de nombreux conseils d'administration, dont celui d'Aéroports de Rome ou de Telecom Italia.

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